L'épée © Jack Torrance

Un pour tous. Tous pour un.

Le moment est idéal – leur premier album Diabolique vient de sortir ­– pour croiser le fer avec les Épéistes Marie, Lionel Limiñana et Emmanuelle Seigner, le temps d’une interview sans fard à laquelle le Malin s’est invité…

Vous êtes plutôt “Sympathy for the devil” ou “Highway to hell” ?

Lionel : « Plutôt “Sympathy for the devil” mais j’adore également “Highway to hell”. J’aime les Stones depuis l’enfance, mais vers 16-17 ans j’ai acheté “Highway to hell” dans un magasin de disques d’occasion. C’était un peu la honte, ce qui est débile car on était tous fans de Slade et Motörhead. J’ai trouvé le disque mortel dès que je l’ai mis sur la platine. Mais par dessus tout, c’est “Sympathy” pour plein de raisons : c’est une chanson envoûtante, c’est tout ce que j’aime dans le rock avec ce riff répétitif. C’est une histoire de transe, exactement ce que l’on essaie de reproduire depuis 20 ans. »

Emmanuelle : « Moi c’est plutôt “Sympathy” également, AC/DC c’est moins mon truc. »

Marie : « Pareil qu’Emmanuelle, en fait on est super raccords ! (Rires) »

On pourrait voir L’Épée au Hellfest un jour?

Lionel : « On adorerait jouer à ce festival, ça nous plairait beaucoup, les fans de metal sont bien plus ouverts que la majorité des autres rockeurs ! »

Marie : « On est potes avec les Wampas qui viennent d’y jouer, ils ont adoré ça ! »

Sex Pistols ou Richard Hell ?

Lionel : « Je suis fan de Richard Hell. Je préfère le punk new-yorkais au punk anglais. Le vrai groupe punk anglais c’était les Damned et pas les Pistols qui à mon avis étaient un boys band, même si j’aime beaucoup leur disque Never Mind The Bollocks. On s’est beaucoup intéressés à la scène anglaise de cette époque, écouté des tonnes de disques, dévoré des bouquins comme England’s dreaming, mais pour le punk, les rois c’est les Ramones. Pour moi le punk c’est un truc américain. »

L’ange Debbie Harry ou Nico et ses démons ?

Emmanuelle : « Les deux sont très inspirantes. Nico c’est beaucoup plus dark, elle est Allemande donc en cela plus proche de moi, mais j’adore Debbie Harry, son énergie, sa beauté et son style surtout. Impossible de choisir. »

L’œuvre du Velvet est-elle importante dans votre inspiration et pour vos compositions ?

Emmanuelle : « C’est la première musique que j’ai découverte quand j’avais 11 ans, le Velvet et Lou Reed c’est mon premier amour de musique. »

Lionel : « Je ne me pose pas la question des influences quand on compose, les choses viennent toutes seules, mais à force d’écouter le Velvet, les Stooges, les albums de Gainsbourg, la musique de Pascal Comelade, le punk américain… de manière fantomatique, ça imbibe ce que tu joues et je serais bien embarrassé de faire une autre musique. On aime tous les 3 les chansons à 4 accords comme celles du Velvet, mais aussi les mêmes films, les mêmes atmosphères. Idem pour Anton. C’est pour ça que le disque a été si facile à faire. »

The Jesus and Mary Chain ou My Bloody Valentine ?

Lionel : « Jesus ! Mes frangins écoutaient ça, j’ai vraiment grandi avec eux. »
Emmanuelle et Marie : « Nous aussi ! »

Lionel : « Quand tu allais chez le disquaire Lolita dans un quartier populaire à Perpignan, tu savais quand tu y arrivais parce que sur les murs il y avait des pochoirs de Darkland et de Psychocandy. Les mecs étaient fans, ils faisaient venir les vinyles à tirage limité d’Angleterre. On a été à la bonne école. »

Lords of the New Church ou les New York Dolls ?

Marie et Emmanuelle : « Les deux. Impossible de choisir. »

Lionel : « Je pense que le meilleur groupe des deux ce sont les New York Dolls. Si on parle de chanson, c’est quand même les Lords of The New Church qui ont fait “Russian roulette”, mais si on parle d’album, c’est les New York Dolls… Que c’est compliqué ! »

Les rythmes endiablés du Golf Drouot ou ceux des Bains-Douches ?

Emmanuelle : « Bains-Douches à fond ! J’y passais ma vie, j’ai commencé à y aller à 15 ans… même si je ne devrais pas le dire. C’est là qu’on a tourné Frantic, j’y allais beaucoup avant et après, c’était l’époque. »

Lionel : « Le Golf Drouot, j’aurais adoré y aller boire des pintes avec Dick Rivers ! Plein de mecs que j’adore ont joué là-bas, dont Ronnie Bird. »

Gainsbourg ou Gainsbarre ?

Réponse collégiale : « Gainsbourg ! »

Lionel : « Le coté dark, il l’a toujours eu, mais à la fin c’était pas facile. Quand on était mômes on attendait ses apparitions à la télé chez Drucker parce qu’on savait qu’il allait se passer quelque chose. Avec le recul, pour lui ça devait être super dur et glauque. Je l’aime tellement que j’évite désormais de regarder des vidéos de cette époque. »

Question difficile : Brian Jonestown Massacre ou Dandy Warhols ?

Emmanuelle : « Brian Jonestown Massacre… et pas seulement parce qu’il y a Anton ! »

Lionel : « Oui, mais les premiers albums des Dandy Warhols étaient mortels aussi ! »

Anton Newcombe est un sorcier du son, mais plutôt ange ou démon ?

Emmanuelle : « C’est les deux ! Mais avec moi, il a été merveilleux. »

Lionel : « Avec Marie et moi, ça a été bien plus un ange qu’un démon. Il est devenu plus sociable qu’à la période du film Dig ! ; c’est quelqu’un d’extrêmement généreux, intelligent et altruiste. Ce qu’il a fait pour nous a changé la vie des Limiñanas, il nous a prêté du matériel, ouvert les portes du studio. À chaque fois, il s’est vraiment investi, il n’est pas là pour faire le cake, il aime vraiment la musique. »

La batterie a un rôle sous-estimé mais diabolique, il y a eu un travail de prod particulier ?

Marie : « C’est le superbe travail d’Andrea Wright qui a réenregistré la batterie quand on est arrivés à Berlin, elle est super douée, elle a fait vraiment ressortir le son. »

Lionel : « Ça reste quand même vraiment le jeu de Marie, avec juste de la reverb et le compresseur à lampes d’Anton. »

Que ça soit avec les Limiñanas ou avec l’Épée, vous fonctionnez de manière assez grégaire. L’enfer c’est les autres ?

Lionel : « On a commencé à inviter des gens en regardant travailler Pascal Comelade après qu’il m’a lui-même invité sur l’un de ses disques. On m’a donné un micro, fait tourner la bande et j’ai enregistré des prises comme ça. En rentrant à la maison, avec Marie on venait d’essuyer le 74ème split de groupe, je me suis dit pourquoi continuer à essayer de monter des groupes avec des gens qui n’ont pas la même motivation ? On a commencé à travailler, à inviter des proches, des personnes qui passaient, puis sur le même principe en partant en tournée on a croisé Bertrand Belin, Emmanuelle… donc l’enfer c’est tout sauf les autres ! »

Ennio Morricone ou Michel Legrand ? Ça vous brancherait de faire une B.O. ?

Emmanuelle : « Ennio Morricone à mort ! Je l’ai connu parce qu’il a fait la musique de Frantic, je suis allée à Rome, je l’ai vu enregistrer, il est incroyable. »

Lionel : « On a fait trois B.O. déjà cette année pour des films qui ne sont pas encore sortis. Il y a Le bel été de Pierre Creton qui va sortir en novembre et qui contient un track avec Etienne Daho. On a fait un film anglais The world we knew, un huis clos assez dark et enfin un film assez violent d’Olivier Mégaton, The last day of american crime qui va sortir sur Netflix. »

Ce diable d’Iggy Pop revient avec un nouvel album à 72 ans. C’est le moment ou jamais pour une collab’, non ?

Lionel : « C’est dans les tuyaux ! On a été le voir à Miami il y a 3 mois, on lui a amené de la musique et il a dit OK pour qu’on bosse sur des titres. Si tout se passe bien, on devrait y retourner cet hiver. Avec Marie on lui avait envoyé une démo, il a écrit un texte et chanté par-dessus. Ainsi, quoiqu’il arrive on a déjà une démo avec Iggy enregistrée. Donc moi, personnellement je peux mourir tranquille ! »

Du cinéma et du rock, lequel est le plus diabolique ?

Emmanuelle : « Ils le sont pour des raisons différentes. Dans le rock il y a plus de pureté parce qu’il y a moins d’argent. La musique rend diabolique mais un bon diable ! »

Cabestany c’est vraiment le paradis ?

Emmanuelle : « Je confirme, c’est merveilleux ! J’aimerais bien me trouver quelque chose dans le coin. »

Marie : « Emmanuelle est tombée amoureuse de la plage au Canet. »

Lionel : « Ce qui est super dans notre situation c’est que l’on peut rester dans un endroit où l’on a grandi. C’est aussi la possibilité de ne pas avoir de pression parce que l’on est dans un coin où tu peux vivre avec peu. Mais on adore les grandes villes et voyager, grâce au groupe on bouge pas mal, on rencontre des gens. Un jour on est à Manchester ou à Londres et le lendemain, une fois revenus, on croise les voisins chez la bouchère. Ça aide à garder les pieds sur terre. »

Diabolique, Because Music

Diabolique, Because Music

Si le rock se nourrit de légendes, alors cette Épée, née d’un rêve prémonitoire d’Anton Newcombe auquel les Limiñanas avaient confié la production d’un disque initialement pensé pour Emmanuelle Seigner, est assurément destinée à la postérité. Certains verront là la main du destin, d’autres celle du diable, mais quoiqu’il en soit, l’on est touché au cœur, le coup étant parfait. Dix pistes comme autant d’hommages rendus à ce rock qui a bercé les jeunesses des Catalans et de leurs amis (mais aussi et surtout les nôtres), et qui, pendant qu’il contribuera à détruire des vies, en aura malgré sauvé quelques-unes. Autant de références aux plus grands, les Lou Reed, Pink Floyd, New York Dolls, Françoise Hardy et bien d’autres que chacun pourra reconnaître, dont les sons viennent chatouiller nos cortex pour en réveiller les meilleurs souvenirs. L’Épée crée avec ce premier album un hapax dans le paysage du rock, une œuvre unique et rare qui traversera le temps aussi bien qu’elle a su merveilleusement l’explorer.

 

L'épée en live © Patrick Auffret

 

L'épée en live © Patrick Auffret

Xavier-Antoine MARTIN
Photo : JACK TORRANCE
Photos live : PATRICK AUFFRET

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