Numérobé © Salvador Bano

Le hasard n’existe pas

Faire contre mauvaise fortune bon cœur, s’accrocher à ses idéaux et sa passion, voilà le sort de bon nombre d’artistes musicaux en herbe. Le garçon en présence, Baptiste Regor, fait partie de cette catégorie.

Originaire d’une ville laissée en pâture à un contexte géopolitique mondial mortifère, Calais, ce dernier témoigne d’une aire qui a tout du désert culturel. « Dans ma ville, les aides n’existent pas. C’est grâce à la métropole de Lille qui propose un programme pour aider les artistes musicaux de la région, que j’ai pu faire avancer mon projet. Ainsi durant une année, un budget m’a été alloué pour mon matériel et la partie promotionnelle. Boulogne-sur-Mer développe aussi des programmes culturels importants mais Calais reste dans la marge. » C’est dans ce terreau humain nébuleux qu’a pourtant pris racine cette house ensoleillée et teintée de dub, convoquant une lumière pleine de chaleur. Au-delà, c’est un aspect fonctionnel de la musique que Baptiste découvre : « J’ai collaboré à un projet audiovisuel sur la jungle de Calais avec l’artiste Loup Blaster. On a ainsi été à la rencontre des migrants et c’est la musique qui nous a affranchis des barrières du langage et permis de communiquer avec eux. » Plus humaniste que politique, Baptiste ne veut pas se dire militant bien que son travail ait suscité des réactions de l’extrême droite locale, celle-ci qualifiant sa musique de « son mou pour gauchistes »… Une telle reconnaissance en dit long et atteste de la répétition des affres d’une nature humaine hasardeuse. Du hasard, il en est pourtant question, comme le dit ce trentenaire, lucide sur ses capacités : « Je n’ai pas de formation musicale, je compose au feeling. Je joue donc sur la spontanéité et l’accident pour créer. » À la providence de faire maintenant son travail…

Velvet – Autoprod

JULIEN NAÏT-BOUDA 
Photo : SALVADOR BANO

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