Ponteix @ Claire Bribet

Il était une fois dans l’Ouest

Saint-Denis, petit village francophone des prairies de l’Ouest canadien qui résiste encore et toujours à l’envahisseur anglo. Au milieu des plaines de la Saskatchewan, le combat des Canadiens-français retentit dans un “rock-psychédélique-indie-électro”.

Si le rock a su être un moyen de revendication sous toutes ses formes, les Francophones de l’Ouest canadien lui attribuent des airs identitaires. C’est là qu’est né le groupe Ponteix, grâce à un jeune homme, musicien autodidacte : Mario Lepage. Son identité et ses racines lui inspirent le nom de son premier album, sorti en avril dernier : « Je voulais appeler mon album Bastion, parce qu’un bastion pour moi, c’est quelque chose qui lutte. C’est comme le village des Gaulois d’Astérix. » Inspiré du projet collaboratif de Gorillaz et du rock psyché de Radiohead, Ponteix est également le fruit du travail de nombreux collaborateurs tous aussi talentueux les uns les autres : « Moi je joue de tout, mais très mal, déclare-t-il. Je fais la composition des accords, le groove et le feeling général. Mais ce sont des musiciens capables de faire vivre un instrument qui viennent donner leurs idées et contribuer au morceau pour mettre la viande sur les os. » Ici, les producteurs et les performeurs ne sont pas les mêmes, créant ainsi une complexité musicale dont l’album ne peut que s’enrichir. Sur scène, le multi-instrumentiste n’hésite pas à jouer du piano et de la guitare en même temps. Avec ses deux musiciens et leurs guitares endiablées, le groupe crée une atmosphère mystique lors des concerts : « On arrive à reproduire l’album qui est quand même très dense, profond, à trois seulement. Et ça sonne comme si on était cinq ou six. » En effet, ce voyage futuriste doit son succès à la qualité et à la diversité de la production musicale en live.

Particulier et unique en son genre, l’album a d’abord été pensé en Saskatchewan, puis enregistré en Ontario, et complété à Montréal. Selon Mario, il est donc entièrement canadien. Néanmoins, les racines du projet viennent tout droit de son petit village : Saint-Denis. L’artiste doit son inspiration principalement à ses terres natales, aux plaines et à leurs sublimes couchers de soleil : « Je voulais faire un album qui était le produit de mon environnement, du francophone rural, de la musique qui a de l’espace, qui respire. Quand on pense à la Saskatchewan, on pense à des banjos et guitares country, mais pour moi c’est l’espace. J’aime penser que ma musique est vaste, très large, qu’elle voyage. Et c’est ça mon pays. » Plus profondément encore, il désire exprimer à travers Bastion son appartenance à une communauté francophone minoritaire dans une province agricole anglophone, en hommage à sa grand-mère et ses ancêtres : « Je voulais parler de mon identité qui n’est pas vraiment québécoise, qui n’est pas anglophone non plus. Je suis un peu un “mat”, je suis “aucun”. Je suis métis. J’ai du sang amérindien, je suis Français, puis je suis Québécois. Je me sens comme venu de nulle part ; je suis dans un No Man’s Land disons… Aujourd’hui, être francophone dans une province de l’Ouest revient à faire partie d’une communauté très restreinte, issue des ancêtres français et québécois qui se sont exilés. Il est donc parfois difficile d’exister. »

 

Ponteix @ Marie Le Gac

Ponteix

 

L’album délivre finalement un message fort et touchant. Inspirant à la réflexion multiculturelle, Mario se fait porte-parole d’un héritage culturel et jeune représentant de sa communauté. Ambitieux et convaincu, il conclut : « Bastion est un album qui rend hommage à ma terre, à la source de ma francophonie. Qui fait que mon village est un bastion, et que moi je suis moi-même un bastion ! »

 

Bastion

Bastion

Le projet francophone de Mario Lepage brise le silence et fait crier guitares et claviers. Ici, il transforme le rock en voyage atmosphérique. Grâce aux effets sonores mystiques qui prouvent que le rock franco se renouvelle partout, il propose un univers futuriste qui se détache de ses premiers morceaux pop. La recherche sonore et rythmique de cet album traverse les dimensions ; l’identité du projet s’entend dans les voix trafiquées et une mélodie planante, transcendante. Ainsi, ses morceaux expriment à la perfection la complexité du contraste entre calme et explosion.

“Bastion” Autoproduit

MARIE LE GAC
Photos : CLAIRE BRIBET MARIE LE GAC

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