Damien Saez ©Patrick Auffret

Le mardi 3 décembre 2019, AccorHôtels Arena (Paris)

Pour la première fois de sa carrière, Damien Saez investissait avec ses musiciens l’Arena. La date est particulière et le public dans l’expectative : samedi, en Auvergne, à l’occasion d’un concert dans le Zénith de Clermont-Ferrand, le chanteur a dû quitter la scène après avoir joué quelques morceaux seulement. Le concert a été annulé. Très vite, il a affirmé via les réseaux sociaux qu’il « serait sur scène » ce mardi.

Effectivement, 20 h 30 à peine passées et Saez apparaît sur la majestueuse scène, parfaitement mise en valeur par des bougies. Il débute le concert seul, en acoustique, assis dans un beau fauteuil d’époque. Ambiance intimiste.

“L’humanité”, joué dans une version très longue, donne le temps de s’imprégner des belles notes du musicien libertaire. Le public est captif, l’artiste se montre comme à son habitude bien en voix, mais a visiblement du mal… Il a, il le confie, passé une sale journée et même lorsque les musiciens, dont le guitariste gaucher Alice Botté ou l’accordéoniste Johann Riche, prennent position sur scène pour entamer la partie électrique, Damien a du mal à se tenir debout. Il enquille whisky sur whisky et fume à discrétion. “Betty”, majestueuse chanson, donne encore plus de poigne à l’instant.

“Ma religieuse” lance les hostilités électriques toutes guitares dehors ; ils sont trois à l’accompagner de cet instrument. Un batteur, un accordéoniste, un clavier complètent la formation dirigée d’une main de maître, presque dictatoriale, et si Damien a du mal à se mouvoir (il a aussi fortement grossi), la voix est restée intacte. “Des p’tits sous”, “P’tite pute” et “Burqa” enflamment une assistance emportée par un gigantesque pogo.

 

Alice Botté © Patrick Auffret

Alice Botté

 

Poing levé malgré tout, “J’accuse” puis “Pilule” enfoncent le clou. Le chanteur est le plus souvent assis mais qu’importe, le public est réceptif et répond avec conviction aux invectives. “Marianne” et surtout “Rue d’la soif” rendent le pogo encore plus gigantesque dans une ambiance irlandaise que ne renieraient sûrement pas Les ramoneurs de menhirs ! Casser le tempo et passer d’un riff à la Noir Désir à une chaloupe celtique, c’est aussi cela le talent de cet artiste hors norme.

Une courte pause plus tard, le groupe est de retour pour un moment plus politique. L’occasion pour Damien de jouer “Manu dans l’cul”, l’une de ses dernières chansons. À peine sortie, elle est déjà plébiscitée par la foule qui en redemande. Saez se veut incantatoire. Sous une lumière tamisée, il fait claquer sa guitare en lui donnant des intonations blues avant de remercier son public. La fosse réagit poing levé alors que les trois guitares font hurler leurs cordes dans un déluge sonique.

Le set a duré presque trois heures, sans doute une éternité pour Damien Saez qui apparaît néanmoins heureux d’avoir fait chavirer l’Arena malgré un état de santé un peu limite.

On espère revoir très vite celui qui s’apparente de plus en plus comme le dernier des vrais rockeurs en activité, une bête de scène et un compositeur hors norme, rebelle et intransigeant. Il a réussi à émouvoir une assistance conquise et fidèle. Et au bout de l’effort, il a prouvé, si besoin était, qu’il n’avait ni Dieu ni maître comme l’indique, son dernier album à peine sorti. Une œuvre monumentale de quatre disques, dont dix-neuf nouveaux morceaux.

 

Damien Saez © Patrick Auffret

Damien Saez

 

Damien Saez © Patrick Auffret

Damien Saez

 

Damien Saez © Patrick Auffret

Damien Saez

 

Damien Saez © Patrick Auffret

Damien Saez

 

Damien Saez © Patrick Auffret

Damien Saez

 

Damien Saez © Patrick Auffret

Damien Saez

 

Damien Saez © Patrick Auffret

Damien Saez

 

Johann Riche © Patrick Auffret

Johann Riche

 

Texte et Photos : PATRICK AUFFRET


Publié le