Couverture du livre Faces of sound

Faces of sound

« Photographier des musiciens a toujours été une évidence. J’aime infiniment la musique, elle fait partie de ma vie, m’accompagne chaque jour » écrit Delphine Ghosarossian. Des centaines d’entre eux ont posé pour la photographe-portraitiste au fil des ans et dans différents pays, des séances qui lui ont offert de fabuleux voyages intérieurs. « Je suis à la fois un violoniste, un vieux rocker, une chanteuse… Je me projette complètement dans l’autre, tel un alter ego » confie-t-elle encore dans l’ouvrage. Son premier livre Faces of sound est un partage de ces moments intimistes et précieux.

Philippe Katerine © Delphine Ghosarossian

Longueur d’Ondes : Comment est né ce projet de livre ?

Delphine Ghosarossian : En 2017, j’ai eu la chance d’exposer mes photographies au Carreau du Temple grâce à mon ami Benoit Defamie qui lançait sa box musicale Dr Groov’. Lors de cette soirée, de nombreuses personnes m’ont demandé si j’​avais un livre qui regroupait toutes mes images. Ça m’a donné l’envie. J’ai réuni mes images mais je voulais aller plus loin en rencontrant des artistes que j’écoute depuis toujours et qui me font rêver. J’ai essayé de les contacter, ça ​n’a pas toujours été simple mais j’ai réussi pour un grand nombre.

Je pense par exemple à Étienne Daho ou Warren Ellis qui font partie de mes artistes favoris. Et puis, le projet a grandi car j’avais envie de laisser la parole aux artistes, comme sur un carnet de route où ils pouvaient participer en m’écrivant des textes, des dessins… Je voulais qu’ils se sentent libres, qu’ils me répondent à leur façon. Le titre du livre est Faces of sound, rendez-vous photographiques car j’aime l’idée de rencontres, d’échanges. C’est un dialogue, un face-à-face où chaque rencontre est un rendez-vous, un voyage poétique qui, je l’espère, donnera envie d’écouter de la musique et d’acheter des disques.

 

Rachid Taha @ Delphine Ghosarossian

portrait de Rachid Taha en 2013

 

Les artistes photographiés, issus de la scène francophone et internationale, ont des univers très divers. Il ressort néanmoins de l’ensemble une très grande cohérence…

Le lien est principalement la musique indépendante des trente dernières années plutôt rock, mais il y a des exceptions car j’aime ouvrir mes choix aux découvertes. Mon amie Aude Chagnon-Caumet, qui travaille dans le milieu de la musique, depuis longtemps m’a beaucoup aidé, elle s’est occupée de toute la partie direction artistique musicale. C’était merveilleux de pouvoir échanger et de découvrir des nouveaux artistes avec elle.

 

Françoise Hardy © Delphine Ghosarossian

Portrait de Françoise Hardy

 

Ton livre met en lumière, à travers ton regard, des caractéristiques communes à tous ces artistes. Quelles sont-elles, et pourquoi t’on t’elles donné envie de les rencontrer et de les photographier ?

Tous les artistes de ce livre ont, à mes yeux, un immense talent, une grande sensibilité qui me touche. J’aime leur musique, j’avais envie de mêler leur univers au mien. C’est un choix purement subjectif, je ne saurais trop l’expliquer.

 

François and the atlas mountains @ Delphine Ghosarossian

Portrait de François Marry, chanteur du groupe François and the atlas mountains

 

Une paire de lunettes, une cigarette d’où s’échappe des volutes de fumée, des fleurs anciennes en tissu, un chapeau, des bijoux, un fruit… Si le cadre de tes photographies est très épuré, souvent un accessoire vient appuyer l’histoire qui est racontée, que ce soit en apportant un grain de folie, de la sensualité, du romantisme ou une élégance particulière. Comment ceux-ci ont-ils été choisis ?

Le décor est assez peu présent dans mon travail, car j’aime beaucoup isoler mes modèles sur un fond neutre afin de pouvoir me concentrer uniquement sur eux, sur des micro détails : une fragilité dans le regard, une mèche de cheveux rebelle… Il y a quelques années j’ai eu la chance de photographier Philippe Katerine. Je savais que mon ami graphiste Michael, alias Le Grand Garçon, l’aimait beaucoup, du coup je lui ai proposé de m’assister sur la séance. Michael est un graphiste très talentueux, c’est lui qui a fait tout le graphisme du livre. C’était l’époque de la chanson « La banane ».

Avant la séance, pour rigoler, on avait récupéré une banane et on s’était dit qu’on verrait ce qu’on en ferait une fois sur place, sans trop de conviction. Mais au final, on a fait avec Katerine une image en hommage à Warhol et au Velvet Underground. L’image est argentique, mais la banane est colorisée numériquement par Michael. J’aime beaucoup cette image car c’est la première fois que la couleur s’est introduite dans mes portraits noir et blanc. J’aime l’importance que prend cet accessoire dans l’image.

 

Chloe Mons @ Delphine Ghosarossian

Chloe Mons

 

Qu’ils aient été réalisés en intérieur ou en extérieur, il y a beaucoup de douceur et d’intimité dans ces portraits. Comment as-tu procédé pour créer – parfois en quelques minutes seulement – ce lien avec les artistes que tu as photographiés ?

Mes séances photos sont toujours très rapides car j’aime la spontanéité, le lâcher-prise. Réussir à amener les artistes dans mon univers en quelques minutes est toujours un petit challenge personnel. Cela n’est jamais simple car on se rencontre souvent le jour de la séance photo et les artistes ont déjà fait des centaines de photos avec d’autres photographes, soit ils ont été déçus ou ravis. Ils savent ce qu’ils aiment ou pas d’eux-mêmes. Je dois réussir à les rassurer tout en essayant d’exprimer par l’image un point de vue personnel.

Je me souviens par exemple d’une séance photo à Londres chez Laetitia Sadier, j’étais vraiment heureuse de la rencontrer car pour moi c’est une icône de la musique. Je la trouve merveilleuse. C’était le matin dans sa cuisine, et quand je suis arrivée, je crois qu’elle n’avait plus trop envie à ce moment-là de faire des photos. Je me suis assise et on a parlé de tout et de rien, de la vie de nos enfants et on a fait quelques images puis d’autres. Au final, j’ai plusieurs portraits de Laetitia que j’aime beaucoup. Je suis heureuse d’avoir réussi à la convaincre car c’était une très belle rencontre.

 

Laetitia Sadier @ Delphine Ghosarossian

Laetitia Sadier

 

Au cours de ta carrière, que ce soit pour des projets personnels ou des magazines, tu as observé, côtoyé et photographié des centaines d’artistes et personnalités. Comment définirais-tu le charisme ? À quoi cela tient-t-il, d’après toi ?

C’est assez impalpable en fait, c’est plus une évidence. On voir au premier coup d’œil, une gentillesse, une simplicité, un talent qui jaillit à fleur de peau et que l’on retrouve sur le grain de l’image.

 

France de Griessen © delphine ghosarossian

France de Griessen

Delphine Ghosarossian “Faces of sound”

Mediapop Editions, 30 euros

Disponible en librairie à partir du 22 novembre 2019.

Et en prévente (exemplaires dédicacés) sur son site.

 

Delphine Ghosarossian, auteure du livre Faces of Sound

© Mathieu Zazzo


Publié le