Penelope Antena ©David Poulain

Sortir du bois

S’échapper du monde urbain, de ses tourments, de sa vitesse et de ses jugements précipités. Voilà quel fut le leitmotiv de Penelope durant ses deux dernières années, fatiguée du regard de l’autre et de son poids écrasant toute forme d’épanouissement individuel. La liberté, plus qu’un droit, est un choix…

Du haut de ses trente et un ans, la jeune femme contemple le paysage dans cette forêt de l’Hérault, réceptacle de son premier long format. Un espace qui lui aura permis de refaire surface après des années de tumultes artistiques. Le choix de cette destination, après avoir quitté Londres et Bruxelles coule de source : une ancienne bâtisse familiale abritant un studio d’enregistrement laissé à l’abandon. Penelope raconte : « Cette maison est nichée sur une falaise qui donne sur une vallée de laquelle on peut contempler à perte de vue le paysage qui s’étend jusqu’à Sète. Se retrouver seule dans ce lieu fut une expérience mystique. La solitude m’a permis de retrouver un souffle intérieur. »

 

Penelope Antena © David Poulain

Penelope Antena

 

Et quelle respiration à entendre cette voix de velours d’une lumière éblouissante. Car ce qui marque l’oreille aux premiers échos de la musique de la jeune femme, c’est ce timbre soul hérité de temps plus anciens. D’une justesse sans faille, généreuse dans l’expression sonore, la voix de Penelope est un don qui s’est cultivé dans un environnement familial de grand mélomanes et musiciens. Grand-père, mère et père, autant d’éléments d’un arbre généalogique aux fruits sacrés. C’est d’ailleurs en retombant sur des cassettes de son grand-père que l’artiste eu l’idée de mélanger ces bandes audio à sa propre matière, comme elle le résume : « J’ai utilisé la musique de mon grand-père sur cette K7 via un vieil enregistreur pour reprendre le son qui en était issu. J’écoute en outre de la musique dite d’antan et cela se ressent dans ce que je fais, Brian Eno, Peter Gabriel ou Tom Waits ne sont jamais loin. » Mais pas que, citant allègrement des influences tels que Stevie Wonder ou India.Arie, le répertoire de cette femme accomplie est d’une cohérence totale.

C’est ainsi par son intuition artistique qu’elle aura pu résister à la tempête des avis mécréants, quittant de la sorte plusieurs groupes, avant de refaire corps avec elle-même. « Cette volonté d’enregistrer seule, elle vient surtout du fait de vouloir agir et sans attendre les autres. Cela faisait dix ans que mes choix étaient remis en cause. Je devais me prouver que je pouvais enregistrer et produire seule un disque. Ma mère fut une productrice qui ne se laissait pas faire, elle m’a sûrement transmise cette énergie. » Libérée et délivrée, Penelope regarde maintenant vers l’avenir, se préparant déjà à sortir la suite d’un premier disque unique en son genre, Antelope. Cette jeune étoile est partie pour briller…

 

Yamaha © David Poulain

Yamaha

 

Secret de Polichinelle : deux synthétiseurs auront servi durant l’enregistrement du disque, le Roland SH-09 (celui de sa mère) et le Yamaha DX7 (celui de son père). C’est par ce dernier et une rencontre avec le producteur Deheb (avec qui elle fonda d’ailleurs le groupe de hip-hop Honey Drips) que Penelope apprit l’art du sample, une révolution dans la manière de composer pour l’intéressée. « Avec le sample, j’ai pu jouer des accords de DX7 en les incorporant dans une machine qui les transforme et les remet dans un ordre hasardeux. Le hasard fait bien les choses car il en sort des combinaisons de sons auxquelles on n’aurait jamais pensé. Le sample te permet d’autres associations d’accords que ce qui est fait sur une gamme classique, ce fut pour moi une grande source d’inspiration. »

JULIEN NAÏT-BOUDA

Photos : DAVID POULAIN


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