Jacques Jacobus © William Gignac

Stop ou encore ?

Moitié de Radio Radio, le rappeur de Nouvelle Écosse a entamé il y a deux ans une brillante carrière solo. Il la poursuit aujourd’hui avec un deuxième opus particulièrement réussi, Caviar, avant le grand retour de Radio Radio programmé pour l’an prochain.

On n’imagine guère un rappeur parler dans ses textes du temps qu’il fait. La thématique météo est pourtant celle qui domine le dernier album de Jacobus, Caviar. Comme le dit fort justement l’artiste : « On parle de ce que l’on connaît. Ici, au Canada, on parle sans arrêt du temps qu’il fait. Avec nos hivers très longs, la météo nous obsède. C’est pour cela que j’écris un morceau comme “La Neige”. Je parle de ce qui m’entoure et ce qui m’entoure, c’est cela. En fait, ce n’est qu’une fois l’enregistrement du disque terminé que je me suis rendu compte que j’avais écrit un concept album sur les quatre saisons. Ce n’était pas pensé à la base. “Stimulant” est également un morceau sur l’hiver. Il parle de quand tu es bloqué par la neige et que tu regardes Netflix en mangeant du pop-corn. »

 

 

Pour ce nouvel album, il s’est entouré de nouveaux acolytes, DJ Unpier et Kenan Belzner rencontrés à Toronto avec lesquels il a travaillé sur la production du disque. Ces artistes viennent de l’univers électro et non du hip-hop. Ils amènent une coloration nouvelle à la musique de Jacobus. « C’est sans doute l’album sur lequel j’ai le plus bossé de toute ma carrière. Cela m’avait énervé que l’on parle encore de Radio Radio à propos de mon premier album solo. Certaines radios passaient même des titres en disant “Voilà le nouveau Radio Radio”. C’était frustrant. Du coup, pour ce disque, j’ai voulu totalement me démarquer de ce que j’avais pu faire avec ce groupe. Et je suis très content du résultat. » Les beats s’avèrent ici particulièrement efficaces et le phrasé impressionne tant l’artiste sait jouer avec les mots. Les textes sont souvent hilarants comme sur “Faire la fête ”, “F la plage ” ou “One Stop Shop ”. Un disque tout à la fois original, novateur, bien écrit et intelligent.

C’est d’ailleurs le deuxième album d’une trilogie inaugurée avec Le Retour de Jacobus, sorti il y a deux ans. Il porte sur le thème de la luxure et le dernier album portera sur celui du déclin, de la fin. Cette idée de fin hante Jacobus qui pense que son prochain opus solo sera, avec celui de Radio Radio prévu pour 2020, les derniers de sa longue et riche carrière. « Ce sera mes treizième et quatorzième disques. J’ai beaucoup produit et j’estime qu’il est devenu très difficile de faire des albums dans l’industrie musicale d’aujourd’hui. Je n’arrêterai pas de faire de la musique, mais je pense vouloir me consacrer à ne sortir que des singles. »

Avec Caviar, Jacobus continue d’avoir ce ton ironique et mordant qui a fait sa fortune. Le dialecte de Nouvelle Écosse qu’il utilise rend ces textes particulièrement caustiques. D’ailleurs, le rappeur aime utiliser dans sa prose le second degré. « Je n’ai pas envie d’écrire sur la politique parce que la politique ne reste pas. Un texte politique n’aurait plus d’intérêt deux ans après son écriture. Et puis, je ne me sens pas engagé par quoi que ce soit sauf la cause LGBT. Je refuse toutes les causes, politique, environnementale. Je laisse chacun avoir son opinion, je ne veux pas imposer la mienne aux autres. » Il n’appartient pas non plus à la caste des bling-bling, chaînes autour du cou (« Dans le clip de “La Neige”, je me moque gentiment d’eux ») avec son look de dandy, hors des codes du hip-hop. C’est peut être ce look qui le fait aimer un certain luxe, apprécier les cigares, les montres et vénérer le personnage de James Bond auquel il consacre un titre dans son nouvel album : « J’attends le prochain qui sort en novembre avec une grande impatience. »

Rappeur atypique, Jacobus l’est définitivement par ses goûts musicaux ; lui qui dit ne jamais écouter de hip-hop mais seulement de la country et du metal. Vingt ans après ses débuts, il est toujours au sommet. Toutes les récompenses récoltées au cours de sa carrière ne l’ont pas blasé : « Être nominé pour un prix me fait plaisir parce que cela signifie que je suis dans les meilleurs de l’année. En revanche, la récompense en elle-même, je m’en fous. »

PIERRE-ARNAUD JONARD

Photo : WILLIAM GIGNAC

Caviar Indica records

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