Illustre © David Poulain

Une question de temporalité

Déboulant sans prévenir au cœur d’une scène rap française en pleine effervescence, la jeune rappeuse clermontoise se distingue à travers une singularité propre, loin d’être calculée. Positive et réfléchie, elle installe son personnage comme une sorte de double temporel. « Illustre, c’est Claire 2.0. L’une ne va pas sans l’autre. Avec elle, j’incarne ce que je ne peux pas être dans la vie de tous les jours, mais tout en gardant les valeurs et les principes qui sont les miens. » Assurément tournée vers l’avenir, elle savoure le présent et saisit sa chance quand elle se présente, comme cette première partie de Casey dernièrement, au 109 à Montluçon. Le rap est devenu progressivement son mode d’expression, elle qui a commencé par la poésie et le slam. Si l’évocation pourrait paraître clichée, elle parle fièrement de sa découverte déterminante, enfant, de Diam’s sur scène. Mais le véritable déclic se produit lors de sa participation à End of the weak en 2016 (la compétition de MC’s la plus connue dans le milieu du rap en France), où elle se mesure à la scène auvergnate. Elle fait le grand saut, alors que ses premières démos ne sont que rarement sorties de son ordinateur. Elle prend conscience de son potentiel et construit, non sans mal, de nouvelles ambitions. « J’ai eu une période très difficile, mais maintenant, je suis très confiante, car je travaille avec beaucoup plus de maturité et je suis bien entourée. » Son premier EP Les mains bleues, sorti cette année, marque une étape importante mais nullement décisive. Elle le regarde en effet avec le recul nécessaire, tout en en lui reconnaissant un sens très particulier, symbolisé par son titre inspiré par le livre de Man Ray et Paul Éluard Les Mains Libres et la B.D. Le bleu est une couleur chaude de Julie Maroh. « Les mains c’est le faire. Ce qu’on lit sur les mains des gens, c’est ce qu’ils ont fait. Cela interroge notre temporalité : la vie qui passe et ce qu’on en fait. » Sans attendre, elle projette déjà en 2020 un album dans « un délire futuriste », où de nouvelles envies musicales plus percutantes se profilent, consécutives à une collaboration fructueuse avec le DJ-producteur électro et dubstep, Lowerz, qui l’accompagne aussi désormais en live.

LAURENT THORE 

Photo : DAVID POULAIN

Les mains bleues / Flowercoast.

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