Erevan Tusk

Les nouveaux orfèvres pop

Erevan Tusk est un groupe rare, bien trop rare. Il donne rarement des nouvelles, mais lorsqu’il en donne, elles s’avèrent toujours magnifiques. C’est encore le cas aujourd’hui avec son dernier album, un Foreign Lines qui illuminera notre été.

 

Foreign Lines

 

À l’heure où tout va vite, beaucoup trop vite, Erevan Tusk semble être d’un autre temps. De celui où si l’on ressent l’envie de ne sortir un disque que tous les sept ans, on le fait sans se soucier d’une industrie musicale qui demande de la nouveauté tous les deux mois. Alors, certes, on avait eu des nouvelles du groupe depuis son premier album Fortify Your Innocence mais son EP Growing commence à dater : 2015. Une éternité dans le monde musical d’aujourd’hui. Est-ce à dire que Erevan Tusk sont paresseux ? À l’écoute de leur majestueux Foreign Lines, on imagine plutôt des musiciens surdoués enfermés dans leur studio des années durant, à la recherche du son parfait. Des petits génies musicaux, des descendants de Brian Wilson en quête de la pop la plus pure. Le groupe le reconnaît d’ailleurs volontiers : « Il s’est passé beaucoup de temps car on avait à cœur de faire les choses bien. Et pour ça, il faut du temps. Nous n’avions aucun impératif à part celui de faire un disque qui nous ressemble et qui nous plaît. On a étalé les séances de travail sur plusieurs mois en prenant soin de toujours prendre du plaisir. Rien n’a été fait dans la précipitation. Dire que nous sommes à la recherche du son parfait n’est peut être pas le bon adjectif car trop absolu. Nous voulons créer le son qui nous caractérise et qui nous qualifie le mieux au moment où on le crée. Nous sommes en quête d’une pop articulée autour des voix et les références aux Beach Boys font bien sûr extrêmement plaisir. »

 

Erevan Tusk

 

Erevan Tusk vient de créer une œuvre rare, de celle qui restera dans les décennies à venir. Il n’est pas étonnant de ce fait que le groupe ait été étiqueté comme faisant de la pop érudite tant l’agencement musical révèle une intelligence et un maniérisme rares. Il y a assurément du Talk Talk chez eux, dans cette façon de composer qui rappelle celle de Mark Hollis, avec cette recherche d’une pop planante et éthérée. Il est assez rare qu’un groupe amène l’auditeur à une telle émotion. Le combo reconnaît que là est son ambition : « Ce qui nous plaît en tant qu’auditeurs lorsque nous écoutons de la musique, c’est d’être pris dans un univers, s’identifier et plonger dans une narration. Du coup, lorsque nous devenons créateurs, on espère pouvoir susciter de l’émotion chez l’auditeur que ce soit au travers des sons, des textes, des mélodies. Cela fait clairement partie des objectifs d’un disque. » Objectif atteint. Sans doute au-delà des plus hautes espérances du groupe.

 

 

Voilà un disque de pop planante et atmosphérique qui fleure bon les années 70, celles où l’on pouvait passer des heures en studio à la recherche du son parfait. Tels de petits Brian Wilson des années 2020, Erevan Tusk est ressorti du studio avec la potion magique. Ce disque est un album d’amoureux de la musique fait pour les amoureux de la musique. On y sent un niveau d’exigence rare dans la production actuelle. Sur plusieurs titres, Erevan Tusk flirte avec les sommets et bouleverse littéralement l’auditeur. Un disque rare, d’une très grande qualité musicale et qui rend heureux.

 

Erevan Tusk

 

PIERRE-ARNAUD JONARD

Photo : ROMAIN CARCIOFO

>> Site de Erevan Tusk 


Publié le