My Concubine

Un genre très singulier

De la pop en français, mais dans un enrobage rock, Eric Falce marche sur les traces de Gainsbourg et Bashung. Sa musique, à son image, traverse les époques en mêlant habilement une voix masculine à une voix féminine.
Quelqu’un dans son genre, le quatrième album du concept My concubine en impose d’emblée par sa maturité. Confirmation par une fin journée pluvieuse de février dans un café branché pas loin de Bastille. Pour le coup, il est seul. Sa concubine musicale actuelle, Lizzy Ling, est repartie dans le Sud. Pas grave tant My concubine est bien le projet d’un seul homme. « J’écris, je compose, je fais les arrangements et j’interprète. Mais quand je suis avec des gens, comme Lizzy ou d’autres musiciens, j’aime bien qu’ils apportent aussi leur propre univers. Cependant oui, cela reste le projet d’Eric Falce. »

Cet ancien musicien punk des années new wave ? il avait à l’époque fait la première partie de Marquis de Sade et participé avec les Tango Lüger aux Transmusicales de 1982 est de retour avec des textes en français sur une musique très rock, soutenue par une guitare imposante. Ces paroles sont inspirées par la plus grande tradition, de Brel à Ferré en passant par Brassens et Barbara, « des incontournables quand on s’intéresse à la langue ». Aujourd’hui Eric a 50 ans passés. Il a été ébéniste, avocat ; il a longtemps mis la musique de côté avant d’y revenir. « Une passion, cela ne te quitte pas comme ça. Je suis plutôt un coureur de fond. »
Musicalement, le projet a tout de celui d’un groupe. Eric est au chant et à la guitare, mais derrière, des musiciens amis, « pas des requins de studios », apportent leur savoir-faire. Le tout séduit également par l’apport de la part féminine, ce qui pourrait faire penser à un duo. Pascale Kendall était présente sur les deux premiers albums, puis Lizzy Ling remplit désormais cette fonction avec talent. « Au tout début, je ne devais pas chanter, question de timidité, mais je me suis souvent retrouvé à le faire. » Le couple musical tourne désormais à plein régime.
De la chanson française à deux voix certes, mais dans laquelle s’expriment surtout les pensées de son auteur. « Mes chansons parlent de moi, car je prends mon cas pour une généralité. Je fais un cross-over où les textes tiennent debout, associé à une musique très souple. Il faut tordre la langue française pour qu’elle s’adapte. C’est ce qui prend du temps. »
Jamais en retard d’un bon mot, Eric a tenté avec la chanson titre une introspection très réussie de « ce qu’il est vraiment ». Finalement ni bon genre, ni mauvais genre, il affirme se moquer du qu’en-dira-t-on et des modes. Cela rend sa musique intemporelle, à la manière d’Alain Bashung. « Lui a fait le lien entre la new wave et la chanson française. Réussir à faire passer une chanson d’une époque à une autre, c’est très difficile. Je serais très honoré que l’on dise de moi que je suis dans sa continuité. »

Des clips de luxe

« Plutôt que jouer à droite à gauche et faire de mauvais concerts dans de mauvaises conditions, j’ai préféré faire des clips ! » Cela fonctionne à merveille. “Dragon”, en hommage à Bruce Lee, est une véritable pépite. Denis Lavant y apporte une touche quasi-surréaliste. Un joli coup pour Eric Falce, bientôt suivi d’un second : Brigitte Fontaine, dont le titre “Ah que la vie est belle” est repris avec brio sur le disque. Elle n’a pas voulu poser sa voix sur le disque, mais a accepté de participer au tournage du clip. « Elle est juste là en image » confie Eric Falce, heureux d’avoir quand même pu convaincre l’égérie de la chanson française décalée de rejoindre le projet. « Elle a été adorable, elle est adorable. J’étais très ému. » Un rêve éveillé pour Éric qui prépare déjà une troisième vidéo…

 

My concubine et Brigitte fontaine @DR

PATRICK AUFFRET

photo : NICOLAS RUANN

Quelqu’un dans mon genre, Happy home records

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