Jim Younger Spirit
Austin en Provence

Depuis plusieurs années, la scène psychédélique française est devenue l’une des plus intéressantes d’Europe. Jim Younger’s Spirit prouve avec son troisième album que le phénomène n’est pas près de s’arrêter.

C’est parfois par un voyage que tout naît. À l’été 2012, Polar Younger et Diego Lopez sont à Austin pour le fameux festival psychédélique, Austin Psych Fest. Cette année-là, on trouve à l’affiche certains des grands noms du genre comme les Black Angels, Thee Oh Sees ou The Brian Jonestown Massacre. Le couple découvre alors le Texas et toute une scène musicale. Trois ans auparavant, le futur groupe avait rencontré Alex Mas, le leader des Black Angels à Paris et l’idée de monter un combo psyché a germé dans leur esprit. Avant ces deux moments fondateurs, le duo compte déjà une expérience musicale, mais leur projet Plastic Bag évoluait dans un univers fort éloigné des sixties puisqu’il s’agissait de post-punk. Le festival agit à la fois comme une révélation et un accélérateur pour eux. Diego se souvient qu’en entendant le “You’re gonna miss me” des légendaires 13th Floor Elevators sur la sono, il s’est dit « C’est vraiment cela que je veux faire ».

L’aventure débute à deux avant qu’un guitariste marseillais, Kino Frontera, ne les rejoigne. Le combo sort un premier album en 2014, Missouri woods suivi d’un second en 2016, Watonwan river, sorti sur le label toulousain Pop Sisters. Avec ces deux disques, ils deviennent l’un des fers de lance de la vague néo-psyché qui envahit alors le globe. Le groupe joue avec nombre de groupes internationaux comme Night Beats, les Warlocks ou les Mystery Lights. Leur notoriété explose lorsqu’Alex Mas les cite, à cette époque, comme l’un des meilleurs groupes français en activité.

Si Jim Younger’s fait partie de cette vague musicale néo 1960’s, il ne s’interdit cependant pas d’élargir son champ vers d’autres registres musicaux. Polar et Diego étant très fans de Cure ou de Wire, le groupe s’aventure parfois vers des sphères inédites pour un combo de ce genre avec un son assez sombre, vestige de leurs amours new wave et post-punk. Diego dit avoir d’abord été influencé par les groupes de la West Coast : « Neil Young, Quicksilver Messenger Service, le Jefferson Airplane… à un moment, dans les années 80, où ce n’était pas du tout à la mode. »
En 2018, les Aixois sortent un troisième opus, No human tongue can tell, sur le mythique label Closer Records, qui fut au début des années 80 l’un des plus prestigieux labels indépendants. Un disque qui, sans être un concept-album, évoque la guerre de Sécession et les guerres amérindiennes. Pour Diego, « l’idée était de partir d’un personnage pour parler du racisme, de l’esclavagisme, de l’histoire américaine. Même si nous ne sommes pas un groupe engagé, faire du psyché est déjà un engagement en soi. »

Aujourd’hui, le combo tourne beaucoup et pas seulement dans la sphère psychédélique. « Nous sommes un groupe à guitares. Nous n’aimons pas les chapelles et ne sommes pas sectaires. Récemment, nous avons joué en première partie de Preoccupations, un groupe canadien de post-punk. Nous avons une palette musicale très large. Live, notre son peut même parfois sonner à la Jesus and Mary Chain. » Vérification sous peu, sur scène !

No Human Tongue Can Tell

Closer Records

jim youngers spirit no human tongue can tellCette galette est un concept autour de la figure de Jim Younger, partenaire de braquage de Jesse James durant la guerre de Sécession. Il finira sa vie avec des idées humanistes avant de se suicider. On retrouve tout au long du disque l’amour immodéré du groupe pour le rock psychédélique avec des embardées West Coast ou americana. La fuzz est de mise et la voix de Polar Younger envoûte l’auditeur avec un timbre qui rappelle fortement celui de Grace Slick du Jefferson Airplane. Avec ce nouvel opus des Provençaux, c’est un peu comme si Aix-en-Provence avait un goût d’Austin.

 

>> Site de Jim Younger’s Spirit

 

PIERRE-ARNAUD JONARD
photo : VINCENT BESSON 


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