Leopard da Vinci

Animal indomptable

Ne vous retournez pas trop les méninges pour comprendre ce nom de scène énigmatique, il n’y a ici de sens que pour ceux qui veulent en voir un. Botté en touche par une industrie terrorisée devant tant de liberté artistique, bien des codes et des logiques de création s’affaissent pour celui qui fait du groove une quête perpétuelle.

À vrai dire, on avait un peu oublié l’existence de Leopard Da Vinci dans cette jungle musicale qui ne connaît pas la déforestation. D’une part, parce que cet avatar créé de toute pièce a dix mille projets, une force et une faiblesse, et en outre, car ce dernier ne fait pas de la diffusion médiatique de sa musique, une priorité. « Je pensais qu’être éclectique était vendeur, mais en fait non. Cela angoisse l’industrie plutôt. Cette dernière t’ordonne d’avoir une étiquette, une identité bien définie. De plus on te dirige dans l’élaboration de ta musique ; ce n’est pas ce que je recherche. Je suis intermittent et je me sens libre ainsi. » Le principe actif de ce savant fou est donc d’être touché par la même curiosité que le penseur multivers de la Renaissance à qui il rend hommage.

C’est alors sur une couleur discoïde et glacée, mais toujours autant funky, que s’est révélé , sur son dernier disque, ce titre imparable “C’est donc ça”, rappelant par son atmosphère, le cynisme et la vanité d’un Bernard Lavilliers sur son mythique “Night bird”  sorti sur l’album Nuit d’Amour. Une chanson dont la parenté se comprend mieux avec ces explications : « À la base de ce titre, il s’agissait d’évoquer une musique d’ascenseur entre la vie et la mort. Le lieu du clip est une boîte de karaoké à Strasbourg dans le quartier de la gare, “Le bar atteint”, où vont beaucoup de cas sociaux, souvent des mecs seuls accoudés au bar. J’aime cette ambiance, car il s’y passe souvent des choses qui n’arrivent pas ailleurs. Parfois, c’est de la baston, d’autre fois, une quinquagénaire qui vient chanter du Dalida en robe échancrée comme si c’était le moment le plus important de sa vie. » De là à s’engager dans une musique “sérieuse” qui se comprendrait telle une analyse du mille-feuille sociologique, l’intéressé balaye l’idée d’un revers de main : « Quand t’es un blanc-bec en 2019 qui fait du funk, mieux vaut ne pas se prendre au sérieux vu l’héritage de ce courant sonore. Dans le clip “Ma voiture du futur”, je me tourne en dérision par le fait qu’un gamin me pique ma meuf. La vanité est là, mais je la retranscris de manière naïve. »

Difficile donc de caser ce phénomène, de mettre en cage cette sensibilité créatrice débordante, dont la palpitation vitale est mue par l’idée, rien que l’idée. Un concept à toute épreuve comme lors de cette vidéo où on le voit en surf à Avoriaz équipé de plusieurs enceintes portables et de mini synthétiseurs crachant des rythmes disco endiablés sur les pistes. Oser, créer et innover, tel est le triptyque de cet individu qui ne semble avoir aucune limite comme le suggère sa dernière expérience musicale en date. « Avec mon colocataire syrien, on a commencé à faire du rock dance chanté en arabe. On en a même fait un concert alors qu’aucun de nous n’était rodé à ce style ; c’est ce qui me plaît aujourd’hui. Tu te lèves le matin, tu écoutes du blues touareg sur YouTube puis tu passes à Kendrick Lammar. On écoute de tout, tout le temps, c’est un des rares effets positifs de la mondialisation. »

 

Leopard da Vinci

 

The Fat Badgers

Premier projet musical de l’animal et durant lequel Leopard Da Vinci n’était encore qu’un amuseur de dancefloor pour after, The Fat Badgers fait toujours fondre les graisses ou les neiges par une énergie solaire dévorante, comme l’attestent leurs shows effrénés. Une réputation qui n’est plus à faire à Strasbourg, là où le groupe est installé. « J’aime le souffle créatif de cette ville, la musique y est hétérogène. Il y a des collaborations et une bonne émulsion entre les artistes. » Pour amateur de funk endiablé…

 

Texte : JULIEN NAÏT-BOUDA
Photos :  LAURA SIFI

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