DIMONE @ Jack Torrance

Le grand retour du démon catalan

Si Dimoné avait pris son temps depuis 2014 et son dernier album en date, il nous revient plus en forme que jamais avec deux projets parallèles : Bancal Chéri et Dimoné & Kursed. Sans aucun doute la plus belle des façons de fêter en fanfare ses vingt ans de carrière.

En deux décennies, Dimoné aura abordé tous les styles musicaux. Si on le connaît principalement pour sa carrière solo qui possède une nette coloration chanson, l’artiste a grandi dans le rock et le punk. On ne s’étonne donc pas de le retrouver aujourd’hui dans un projet avec les rockers montpelliérains de Kursed. Pour le public, la carrière de Dimoné débute en 1999 avec Effets pervers, mais avant ce disque, il avait joué dans deux groupes qui n’avaient sorti aucun album : les Sulfateurs Espagnols, aux relents punk prononcés, puis les Faunes, aux accents pop-folk et au sein desquels évoluait un autre talent montpelliérain, Florian Brinker, futur guitariste de Rinôçérôse.
« C’est OTH qui m’a donné envie de faire de la musique. C’était important pour ma génération d’avoir un groupe comme eux dans ma ville, un groupe totalement indépendant avec cette énergie. C’est comme cela que j’ai débuté les Sulfateurs Espagnols qui correspondaient bien à l’esprit de l’époque, celle du mouvement indé de groupes comme Ludwig Von 88 ou les Bérurier Noir et des révoltes étudiantes de 1986. Les Faunes faisaient référence à Nijinski et plus précisément à ce ballet, L’après-midi d’un faune. J’ai commencé ma carrière avec des groupes. Et, la cinquantaine arrivant, j’ai eu envie de retrouver cela et de revenir au rock. Sortir de ma zone de confort chanson que j’avais avec Jean-Christophe Sirven, car je commençais à trop bien connaître la formule. J’ai ressenti le besoin de revenir à la contre-culture qu’a toujours représenté le rock. »

 

DIMONE @ Jack Torrance

 

Pourtant, l’artiste avait su se faire une place dans la chanson. Il en était même devenu l’une des références incontournables. D’ailleurs, “Un homme libre”, le premier single extrait de son dernier album en date, Bien hommé, mal femmé, avait fait les belles heures de nombre de radios françaises, tout comme des années auparavant le titre “Les Narcisses”. Mais pour lui, cette distinction que l’on fait trop souvent entre chanson et rock n’a pas lieu d’être : « On a souvent ce besoin de catégoriser en France. Parce que j’ai ce côté chanson, on cite souvent Bashung à mon égard. Après Gainsbourg, c’est difficile de tuer le père, car il était le meilleur pour faire l’alliage avec cet art dit mineur. Il y a plein de gens en France qui évoluent entre chanson et rock : Feu! Chatterton, Radio Elvis, Messiah. Quand j’ai joué au Festival de Barjac qui est très chanson, on m’a pris pour Sid Vicious. C’est très français ce besoin de faire des catégories musicales. Elles n’existent pas au Québec. La manière de produire est très différente d’ici. En France, on va te parler de Baudelaire, d’Hugo, de Rimbaud pour l’écriture. Il y a un côté très poussiéreux dans la référence. Au Canada, on est dans le présent et c’est très inspirant. Je trouve du cousinage avec Louis-Jean Cormier, Richard Desjardins, Fred Fortin avec une certaine pudeur au mystère intéressant. » Dimoné a d’ailleurs enregistré là-bas son EP, Épris dans la glace, au studio Le Nil de Saint-Adrien avant d’y tourner plusieurs semaines. L’artiste reconnaît être assez oisif puisqu’il n’a finalement sorti que quatre albums en quinze ans de carrière : « J’aime prendre mon temps ». Mais aujourd’hui, avec Bancal Chéri et Kursed-Dimoné, voilà deux albums sortis en moins d’un an.

 

 Bancal Cheri  @ Marc Ginot

Bancal Cheri @ Marc Ginot

 

Bancal Chéri, c’est la rencontre avec plusieurs autres talents de sa génération : Imbert Imbert, Nicolas Jules et Roland Bourbon. Des musiciens venus d’horizons musicaux différents avec qui, des années durant, il donnera sur scène un spectacle autour des morceaux de Bobby Lapointe : Comprend qui peut / Boby Lapointe repiqué. Le succès est au rendez-vous, mais ce n’est pas celui-ci qui décidera les comparses à poursuivre l’aventure. Simplement, le fait que cette expérience humaine fut tellement belle qu’ils ne voulaient plus se quitter. Bien leur en a pris, car leur album sorti l’an dernier se révèle d’une intelligence rare, pour un mix particulièrement réussi entre rock, pop et chanson…
Avec Kursed, c’est l’association de deux générations de la scène montpelliéraine. Les textes sont ciselés, merveilleusement bien écrits et toujours empreints d’une grande poésie. Leur album s’avère être du pur Dimoné comme on l’aime. On y retrouve sa folie, son sens de l’humour et son phrasé si particulier, mais l’apport de ce backing band de luxe est précieux, car il donne un souffle nouveau et précieux à l’artiste. Quelque part entre rock, pop et blues. « J’avais besoin à nouveau de faire partie d’un gang. Il y avait quelque chose de l’ordre d’une démarche nostalgique afin de retrouver mes bases. J’ai sous les yeux avec eux quelque chose qui me donne envie de lendemains que je ne connais pas. Je les avais vu plusieurs fois en concert, mais nous ne nous étions jamais parlé. J’ai une démarche plus pop qu’eux et je trouve que le mélange entre nos deux univers fonctionne bien. Je faisais de la pop d’appartement jusqu’ici et j’ai ressenti le besoin de changer de rituel. Avec Kursed, tout est limpide. »

 

Dimoné Kursed @ Marc Ginot

Dimoné Kursed @Marc Ginot

 

KURSED À PROPOS DE DIMONÉ

« On ne connaissait pas Dimoné personnellement. On l’avait juste vu en concert à Montpellier. Il nous a contactés pour faire un album ensemble et nous a invités chez lui. Il nous a joué des trucs à la guitare. On a été bluffés. Le mec possède une culture rock immense et une élégance rare. On a beaucoup appris à travailler avec lui notamment au niveau de l’écriture et du son. C’est un artiste qui a une manière de travailler non dirigiste ; il nous a laissés libres pour les arrangements. On est très fiers d’avoir fait cet album avec lui. C’est totalement Kursed et totalement Dimoné. C’est ce qui fait toute l’originalité de cet opus. »

PIERRE – ARNAUD JONARD
photos JACK TORRANCE

>> Site de Dimoné


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