Thylacine

Sur la route

Thylacine, musicien électronique a l’âme voyageuse lorsqu’il s’agit de composer. En 2016, il était parti en train pour une traversée de la Russie avec le Transsibérien. Il renouvelle l’aventure sous une autre forme pour son nouvel album : cette fois-ci, il est sur les routes argentines.

Tout commence à la fin de sa première expédition. Il a parcouru une bonne partie de la Russie dans le célèbre Transsibérien et en sort un disque. Le pari est réussi. S’enchaînent ensuite les tournées qui sont l’occasion de remettre le couvert sur les voyages comme l’Indonésie, la Nouvelle-Calédonie ou la Chine. Mais très vite, il y a l’envie de retrouver quelque chose d’aussi stimulant que sa traversée en train. « Comment pousser ce concept-là un peu loin ? J’ai pris le train le plus long du monde… je n’allais pas faire d’autres trains. Je voulais sortir de ça et en plus avoir une liberté encore plus grande notamment sur la destination. » Dans le même temps, il a besoin de son propre studio, mais il ne souhaite pas non plus s’enfermer sur un lieu : « J’ai commencé à me demander comment je pourrais faire un vrai studio que je pourrais déplacer avec moi si je veux ».

Une caravane-studio mobile

Après avoir opté pour un voyage sur route, il recherche un lieu à aller découvrir. Les États-Unis sont rapidement éliminés : déjà vu. « L’Amérique du Sud me tentait, je n’y avais jamais mis un pied. Et l’Argentine m’a intéressé parce qu’il y a des routes un peu mythiques comme la 40 qui traverse le pays du nord au sud. »

Dans le même temps, il rénove totalement une caravane futuriste, une Airstream de 1972. Il en fait un studio mobile avec lieu de vie. En plus de ça, il veut être totalement autonome et décide donc de modifier encore plus son nouveau studio : « Je voulais rajouter des panneaux solaires pour être autonome en électricité. Et en trois mois, j’ai eu besoin de me brancher qu’une seule fois parce que je m’étais parqué à l’ombre ».

L’exil musical en Argentine

Arrivé à Buenos Aires en cargo, c’est le top départ. Pendant un mois, il trace son chemin à travers l’immensité de l’Argentine : des étendues désertiques, des montagnes et des centaines de paysages différents. Le titre et le clip “The Road” sont le témoignage de ces kilomètres avalés à toute vitesse dans une nature tantôt luxuriante, tantôt aride. De ces contacts, seul avec la nature, il lui reste une expérience particulière, celle qui figure sur le morceau “4500m”. Il en compose la musique lors d’une nuit où il est bloqué vers la frontière argentino-chilienne en plein désert. En face de lui, passe un gigantesque orage : « Il n’y avait pas un seul arbre donc si l’éclair tombait, c’était pour ma gueule. Toute la région était verrouillée. C’était un climat assez extrême ! » C’est cette ambiance qu’il retranscrit dans ce morceau tendu où le rappeur américain J. Medeiros pose sa voix.

Pourtant, ce n’est peut-être pas là que se joue la force de l’album, mais dans les expériences humaines. Son studio mobile lui permet d’enregistrer des gens qui jouent de la guitare ou encore de collaborer avec des personnes sur place comme Clara Truco figurant sur “El Alba”. En discutant sur la route, c’est aussi l’occasion pour lui de dégoter des perles musicales : « Sur “Purmamarca”, il y a un sample d’un vieux morceau d’un chanteur qui s’appelle José Larraldé ».

Après ce long voyage, il décide finalement de se poser à Santa Barbara, un village perdu dans la Cordillère des Andes où il y découvre une petite communauté. Il y reste d’abord quelques jours et la connexion se fait entre lui et les habitants. Après un rapide détour, il revient et son arrêt va durer un mois : « Il s’est passé une relation hyper-cool avec ce village. On a partagé beaucoup de choses. On mangeait ensemble, on pêchait ensemble, on a fait des ascensions dans les montagnes. J’avais vu énormément de paysages. J’avais besoin de créer quelque chose humainement. » C’est notamment dans ce lieu qu’il va créer les morceaux “Santa Barbara” et “30” qui montrent une certaine douceur et une tendresse pour conclure l’opus. “30” utilise la voix d’une femme du village en train d’apprendre à parler français avec Thylacine.

 

Thylacine-2

 

Le disque est aussi le reflet de toute une aventure pleine de rencontres. Cette histoire se déroulant au fil des titres est un premier volume. Même s’il se concentre tout d’abord sur les concerts et sa tournée, de nouvelles routes à explorer sont déjà dans sa tête.

RoadsRoads Vol. 1

Intuitive Records

Beaucoup plus acoustique que ses compositions habituelles, ce disque est pour Thylacine une évasion du tout électronique. Même s’il reste les nappes vaporeuses et les montées synthétiques, il n’hésite pas à ajouter des morceaux de saxophone, son instrument fétiche (“Volver”, “Sal y tierra”). On y entend aussi beaucoup d’enregistrements de voix, de sons pêchés lors de son voyage sur les routes d’Argentine. Il fait aussi venir des invités comme Juana Molina sur le morceau d’ouverture “Murga”. En somme, en plus d’explorer de nouveaux territoires, il renouvelle son écriture et sa musique.

 YANN LE NY
Photos : GWENDALINA FLAMINI

>> Site de Thylacine


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