Joulik

L’amour de Babel

Ils sont trois musiciens instinctifs, travaillant les sons quelle que soit la région dont ils proviennent. Mélissa Zantman, chanteuse et accordéoniste, s’attaque aux imaginaires. Elle délie les langues et s’éprend des étrangères, de l’italien au wolof, sans oublier le français. « Je ne parle pas forcément les langues que je chante. Je travaille à l’oreille. Je change ainsi de peau, depuis mon enfance, » dit-elle. Dans sa bouche, le mot est un son, un tas d’onomatopées. Ses cordes vocales sont sœurs de celles de la guitare et de l’oud de Robin Celse et de celles du violoncelle de Claire Menguy, arrivée dans le groupe il y a deux ans. Ces trois jeunes personnes marchent comme des funambules, se laissant porter par les quatre vents et par leur souffle intérieur, par leurs intuitions. Ils s’embarquent alors dans une expédition polyphonique reliant les Balkans et le nord de l’Afrique, établissant une frontière commune entre le Brésil et la Méditerranée, qu’ils s’empressent d’abolir : « Nous n’avons plus de référence géographique précise, notre création musicale ne provient plus d’une origine unique. Nous nous extrayons des classifications. Nous nous amusons à nous déguiser. » Ces travestis sont des va-nu-pieds, comme le signifie le mot russe joulik. Dans les sacs qu’ils portent sur leur dos, des babioles et des instruments qui forment un attirail composite. Dans la chanson  »Malgré moi », Mélissa chante ainsi : « Malgré moi, je trimballe des choses qui ne m’appartiennent pas. » Ils sont trois grandes éponges, qui se baladent dans leur baignoire musicale, leur terrain de jeu, revendiquant leur liberté complète et rejetant l’étiquette usée de world music. Des éponges que l’on passe pour oublier le lieu où l’on est.

VALENTIN CHOMIENNE
Photo : FABIEN TIJOU

 

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