ANOMALIE

Quand la ville s’illumine

Entre musiques d’hier et d’aujourd’hui, le jeune Montréalais Nicolas Dupuis peut croire en l’avenir. Adoubé par tout un pan de la scène jazz et électronique, son destin semble déjà tracé alors que sa carrière commence à peine. La naissance d’un futur grand.

Nombreux sont les musiciens qui aimeraient avoir une reconnaissance aussi fulgurante que ce Canadien de 25 ans, dont le projet Anomalie a débuté en 2012 dans une ville alors en prise à une révolte étudiante. Le piano, son moyen d’expression, il l’a découvert grâce à des parents mélomanes, une mère professeure de musique et un père programmateur dans une radio de classique. Logiquement initié à cet instrument, il optera pour le jazz fusion dans un souci « d’être à la fois dans la performance et l’émotion ». Seul dans sa chambre, il réalisera alors des cours de jam-session, dont une à partir d’un titre de Gramatik qu’il diffusera sur Internet. Une initiative qui marquera un avant et un après, puisque le groupe lui demandera ses services pour assurer le clavier lors d’une tournée. Une rampe de lancement idéale dont se souvient l’intéressé. « Ce groupe m’a permis d’élargir mon audimat. Mes jams sont alors devenus viraux sur Facebook, certains ont d’ailleurs servi à la création de mon premier disque, Métropole I. »
L’histoire était en marche et d’autres artistes à l’influence internationale s’adjugeront les services de cet étudiant en musique. Du chanteur Charlie Puth au saxophoniste Kamasi Washington dont il assura les premières parties en passant par le bassiste Thundercat du label californien Brainfeeder (excusez du peu), le talent de Nicolas aura touché toutes les couches de l’industrie musicale, mainstream, indépendantes et expérimentales. Des rencontres qui auront permis à cette âme plutôt solitaire d’apprendre et de se réaliser. « Charlie Puth produit tout lui-même et fait ses propres arrangements, c’est un grand bosseur qui est très inspirant. Je suis solitaire lors de mes phases de création. La collaboration permet d’élargir mon spectre d’idées. J’aime aussi avoir un retour de mes proches sur ma musique, c’est même essentiel. »
Alors qu’il vient de terminer une première tournée mondiale qui l’aura vu passer en France par l’Olympia et le New Morning pour présenter son disque Métropole II, le claviériste ne sait pas encore de quelle matière sera faite sa prochaine création. « Mes deux premiers disques ont évolué stylistiquement au cours de leur élaboration. Une musique sans paroles fait passer des images ou des états d’âmes, mais pas vraiment de message spécifique. Tout cela est très inspiré par ma ville natale, Montréal, d’ailleurs chaque morceau que j’ai composé correspond à un quartier de cette cité ». Un lieu donc déterminant pour ce garçon à la sensibilité aiguë et pour qui la musique est avant tout une respiration. « Faire de la musique est un besoin vital. Je ne pense pas qu’une société puisse vivre sans. Le jam est culturel à Montréal, il faut absolument aller voir Vincent Stephen-Ong au « Bootlegger l’authentique » qui organise des sessions du genre. La scène underground de la ville est en effervescence constante. Le disque 99.9% de Kaytranada a été essentiel pour la musique québécoise et son essor à l’international. » Métropolitain devant l’éternel, Nicolas puise ainsi logiquement dans la musique urbaine. « Je me sers du R’n’B pour créer des lignes rythmiques. Le hip-hop se retrouve dans ma musique au niveau des drums et des syncopes (note attaquée sur un temps faible). Et puis quand je crée, cela commence par de l’improvisation, c’est après que le tout se structure. Il m’est d’ailleurs souvent difficile de terminer un morceau. »

 

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METROPOLE PART II

Dox Records

Metropole IIHommage au jazz moderne et fusion, la suite de Métropole I entend créer un univers où les atomes ne cessent de rebondir les uns contre les autres, qu’il s’agisse d’un beat électronique ou d’une série de notes de piano égrainées d’une main de maître. Tout en rythmique donc, le Canadien veut saisir l’oreille par l’émotion et non par l’intellect. « Ma musique n’est pas savante, je privilégie le groove avant tout. Le piano est ici en avant et les synthétiseurs en accompagnement. La couverture électronique que j’incorpore à une matière organique permet plus de rythme ». Un disque dont la virtuosité du doigté répond à une réelle envie de gambader sur le béton.

 

JULIEN NAÏT-BOUDA
photo GUENDALINA FLAMINI


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