Aloise Sauvage

Dance, dance, dance !

 

Issue du monde de la danse et très influencée par le hip-hop des années 2000, la jeune Aloïse Sauvage sort un premier album qui pourrait cristalliser sa notoriété naissante. Rencontre à quelques jours du mix final.

Ça va très vite, en même temps c’est assez lent et c’est peut-être toute l’histoire des artistes débutants que les maisons de disques classent dans la catégorie “développement”.
Récapitulons : Aloïse Sauvage démarre sur YouTube en septembre 2017 avec quelques clips artisanaux suivis de concerts. Elle est déjà comédienne, on peut la voir successivement dans le sur-césarisé 120 battements par minute  de Robin Campillo puis dans  Les fauves  de Vincent Mariette. Deux beaux seconds rôles bien habités qui la poussent vers la lumière. « J’ai eu quelques propositions pour des rôles plus importants mais je ne le sentais pas. Je ne veux pas faire les choses “à tout prix”. Jamais. » De formation, elle est acrodanseuse, une discipline qui combine l’acrobatie et la danse qu’elle apprend à l’Académie des arts du cirque après avoir pratiqué assidûment le break dans les rues de Seine-et-Marne où elle a grandi tranquille, bonne élève et parfaitement heureuse. « J’essaie de faire entrer le maximum de trucs dans une journée. Le reste du temps, je suis assez popote. »

C’est le genre de gamine qui, à 11 ans, écrit de ténébreux poèmes qu’elle chante sur les musiques de Yann Tiersen ou d’Hans Zimmer. Plus émotionnel que romantique, son goût de la scansion et du hip-hop lui évitera toutefois de se perdre dans une énième Star Ac. Même si les maisons de disques ne tiltent pas, son énergie en live et son look unisexe attirent déjà l’attention de quelques bonnes fées : les demoiselles d’Ibeyi lui offrent deux premières parties dont une à l’Olympia. Attachée de presse en vue, Melissa Phulpin lui trouve une place dans sa collection de filles brillantes et décalées. Héloïse “Chris” Letissier capte très vite l’ambitieuse assurance de sa petite sœur de dance-floor. L’entourage prend forme.

En juillet dernier, on la retrouve sur la première compilation de Deezer pour ce qui est certainement la meilleure reprise de ces Souvenirs d’été : “Voyage, voyage”, le tube de Desireless, dont elle étire délicatement le phrasé après avoir kiffé sur la version lyrique d’Anja Franziska alias Soap&Skin, plus ampoulée. C’est le début de la visibilité et du vertige qui va avec. « Je suis loin d’être connue, mais je me sens déjà un peu plus seule, un peu moins comprise. » Souvenirs de bouffées de mélancolie et d’épisodes d’insomnie qui donnent parfois à ses textes un parfum d’étouffement. Derrière le CV de battante, on aperçoit alors le grain discret d’un cafard qui peut soudain refroidir l’enthousiasme chaleureux de la bonne élève.

Signée sur un label d’Universal (Initial), elle rejoint les Clara Luciani, Eddy de Pretto, Columbine, la fine fleur d’une musique urbaine avec textes en français sur fond de nouvelle variété. Pop ou hip-hop ? Le débat agace celle qui a grandi avec Diam’s, MC Solaar, Disiz la Peste et a porté le rap en bandoulière, faisant clairement le nécessaire pour ne pas entrer dans une (seule) case. « Je ne veux pas crouler sur l’or, juste rouler sur l’art », chante-t-elle dans “Altaïr”. Mais tout va très vite. En septembre dernier, Aloïse a juste oublié de fêter son anniversaire, rien d’autre peut-être qu’un jour ordinaire dans sa vie parfaite de jeune fille de 25 ans.

 

ANTOINE COUDER
Photo : CLÉMENCE ROUGETET

 

>> Site d’Aloïse Sauvage


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