Balthazar

Prescription rock

Quatre ans, c’est le temps qu’il a fallu aux acolytes de Balthazar pour se retrouver et créer à nouveau ensemble. Ce temps de pause, Maarten Devoldere et Jinte Deprez l’ont utilisé pour s’épanouir en solo. Le premier dans une ambiance art-jazz avec Warhaus, le second jouant du R&B avec J. Bernard. Aujourd’hui, les deux musiciens de Courtrai (Belgique) n’ont rien perdu de leur complicité qui musicalement fait des étincelles. Une amitié prolifique qui saute aux yeux.

Fever, le nouvel opus né de cette alliance rencontrera un public qui l’attend de pied ferme. « C’est le nouveau chapitre de Balthazar, explique Jinte. Après des années de tournées, nous avions besoin de nous échapper à travers nos projets solos pour faire quelque chose de nouveau. Écrire seul est toujours plus intime, mais nos retrouvailles étaient très excitantes. » Plus lumineux, plus groove, emprunt d’un tempo plus fort, moins mélancolique, le nouvel opus reflète cette ambiance créatrice et cette détermination commune. « Cette séparation a créé une urgence pour nous : composer à deux. Se retrouver a été une forme de décompression », poursuit Maarten. Pour le public en revanche, friand des mélodies rock des Flamands, l’attente était longue. « On a découvert que certains de nos fans avaient peur qu’on ne fasse plus jamais d’album. Pourtant, notre retour était prévu depuis toujours », s’amuse Jinte. Maarten continue : « Nos projets solos, leur succès et les tournées qui ont suivi, ont pris plus de temps que l’année initialement prévue. »

Thin Walls, leur précédent album, avait été écrit en tournée, avec ses aléas, l’incapacité de se retrouver seul pour écrire, dans un brouhaha et une excitation constants. Cette fois, les règles ont changé. Les coupures entre deux tournées solos, les retrouvailles dans les mêmes villes belges étaient alors des moments précieux pour composer. « On a loué une maison où nous avons travaillé en nous focalisant uniquement sur notre musique, se remémore Maarten. Nous échangions de manière plus fluide et instantanée que sur nos précédents essais. J’écrivais un couplet, je le transmettais à Jinte qui y ajoutait ses idées. » La suite se fait à toute allure, l’écriture continue d’être développée en studio, entre deux concerts. « S’il a fallu écrire 273 morceaux pour choisir ceux qui figureraient sur le précédent album, cette fois une centaine a suffi. C’est là que l’on voit que vieillir est une bonne chose, tu connais ton sujet et tu comprends plus rapidement ce qui est une bonne et une mauvaise idée. Pourtant, nous avons dû beaucoup écrire, ne sachant pas du tout ce à quoi l’album allait ressembler. Le titre “Fever” a été la première pièce du puzzle, celle qui donne le ton global. »

Formé au conservatoire, le duo pourrait définir à lui seul la vaste notion de ce qu’est l’artiste amoureux de son art. Mais l’actualité riche des derniers mois pourrait être une source d’inspiration pour ces pointilleux musiciens. Est-ce une optique qui les intéresse ? « Pas du tout ; on veut écrire sur l’amour ou son absence, il n’y aura jamais assez de morceaux qui en parlent, surtout de nos jours. On ne va pas gâcher une chanson pour ce putain de Donald Trump. Il ne le mérite pas. » Si la politique ne l’inspire pas, c’est aussi parce que « ce n’est pas aussi intemporel que peuvent l’être les émotions humaines. L’amour ne lasse pas depuis 3000 ans. » L’album, lui, n’en offre pas une seule vision. Direct dans ses propos, il ne cherche pas à être définitif sur une émotion. « Il n’y a pas qu’une seule vérité, à la colère d’une rupture succède l’apaisement. On change régulièrement d’avis et de ressenti au cours des morceaux, mais c’est très humain et c’est ce à quoi sert la musique. »

 

JULIA ESCUDERO

photo : MARYLENE EYTIER

 

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