CANINE

Le 28 février 2019, Centre Pompidou, Paris.

Saviez-vous qu’il existe une salle de concert au Centre Pompidou de Paris ? Elle se situe au sous-sol du célèbre musée d’art moderne. Et c’est là qu’avaient rendez-vous les adeptes de Canine ce jeudi 28 février.

Il est 20 heures 30 lorsque la foule prend place dans les fauteuils de cet espace à la configuration assise. Avant le début de la performance, il n’en restera plus un seul de disponible. La nouvelle du concert de ce beau projet, qui plus est dans cette salle atypique, s’est répandue à toute vitesse. Topo: il n’a fallu que très peu de temps pour garantir aux femmes de Canine, une performance en grand comité.

Il est 21 heures lorsque le rideau s’ouvre sur la magnifique scénographie et le titre « Saturday ». Au centre de la scène, un podium accueille Magali, la chanteuse et leader du collectif ; une coiffe de plumes noires qui recouvre ses yeux. Vêtue de noir, ses bras sont couverts de manches dorées, seule couleur de sa tenue en dehors de ses lèvres rouges. Autour d’elle, quatre choristes, elles aussi vêtues de jeans, baskets et imperméables noirs ainsi que de bandeaux en forme de triangles pailletés qui recouvrent leurs yeux.

 

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L’acte 1 sonne comme un éveil. La chorégraphie prend alors vie. Les chœurs répondent au timbre puissant de Magali. Les gestes saccadés perpétrés à l’unisson offrent une dimension magistrale au spectacle. Puisque c’est bien ce dont il s’agit, loin du concert classique porté par la sueur de ces interprètes et les échanges plus ou moins nombreux avec le public. Les membres de Canine, elles, choisissent d’offrir une performance entière aidée par une mise en scène rodée et répétée à la seconde près. Les mouvements répondent au son alors que la sobriété est de mise. Souvent, il est de bon ton de comparer un artiste à un autre pour mieux comprendre les tenants et les aboutissants d’un projet. Voilà un travail bien compliqué face à l’OVNI Canine qui offre une prestation complètement hors normes.

 

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Musicalement la troupe offre un savant mélange de rock, de musiques lyriques, de touche française et même de hip-hop. Ce dernier registre va d’ailleurs particulièrement bien au timbre de Magali qui exécute militairement, en anglais, un flow puissant. Il y a de la noirceur dans ce show, une touche de Black Swan tel que dépeint par Darren Aronofsky, ou un quelque chose des scènes finales de Silent Hill peut-être. Mais surtout alors que la voix rauque et dominante répond à des chœurs cristallins parfaitement organisés, la sensation d’être face à une meute forte, puissante et ensorcelante.

Dans un premier temps, la peur de la répétition du spectacle pouvait effrayer. Et si la formation ne faisait que proposer la même mise en scène tout au long du show, perdant ainsi la beauté de sa proposition ? Et si l’ensemble, trop rodé, qui ne laissait aucune place à l’improvisation et finissait par lasser ? Il n’en est rien. Après l’éveil, vient l’extase. Les sonorités sont si variées, tout comme les mouvements ou les jeux avec le podium, que chaque moment est à part. Une histoire se construit à mesure que les minutes défilent. Chaque titre (« Sweet sway », « Laughing », « Glow », « Could we » et bien entendu le célèbre « Twin shadow ») entraîne un tonnerre d’applaudissements et malgré son masque impassible, Magali ne peut s’empêcher d’afficher un rapide sourire.

 

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Le dernier acte arrive et il est temps de laisser tomber les masques. Les parkas noirs s’ouvrent, les masques sont enlevés. De façon cérémonieuse pour la chanteuse qui maintient le suspense de dos avant de prendre le temps de dévoiler ses traits. L’impassibilité des visages et la noirceur s’amenuisent alors pour laisser place à des expressions plus légères. Les choristes jouent avec de petits projecteurs pour agrémenter les chorégraphies, de même qu’avec le podium sur lequel elles s’installent en escalier. Elles illuminent tour à tour leurs visages et l’assistance. Des lumières psychédéliques font alors leur apparition au grès de la musique qui s’enflamme. La montée en puissance du live qui prend des accents quasi électro n’est pas sans rappeler une autre prodige de la scène actuelle : Jeanne Added et ses concerts tout en ascension. Quelques notes de clavier pour Magali signent la fin de cette performance sublime. L’heure a passé à une allure folle. Acclamations du public. En attendant le prochain concert, reste à écouter en boucle Dune, leur premier album, paru le mois dernier.

 

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JULIA ESCUDERO
Photos PATRICK AUFFRET


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