Feu! Chatterton - © Clémence Rougetet

30 janvier 2019 au Théâtre Alexandre Dumas, St-Germain-en-Laye (78)

Steve Amber en première partie de Feu! Chatterton au TAD, qui fête ses trente ans cette année. L’incursion psyché indie rock de ces Brestois basés à Paris a vraiment su transporter les spectateurs aux sons de leur nouvel EP From The Temple On the Hill.

Steve Amber ce sont quatre membres d’un même hydre en scène. Mais ils sont si alchimiquement liés que le public embarque dès le premier morceau. Le chant rappelle la voix écorchée d’Asaf Avidan, version atténuée sur « At Road’s End », qui contrebalance avec cette impression doucement lancinante de complainte vocale onirique, particulièrement réussie sur le morceau suivant « Dust » quelque peu folk psychédélique.

Steve Amber - © Clémence Rougetet

Vient le troisième titre, pas encore sorti, qui rivalise d’intensité avec un chant baleinier ensorcelant. Tout en frénésie, le batteur change de baguettes et de maillets en envoyant valser en l’air ceux dont ils ne veut plus en mains, ça vole dans tous les sens et renforce la puissance et la violence du morceau. (Il nous a appris en fin de concert que la valse des baguettes ne faisait pas partie de la scénographie, mais qu’en fait elles finissaient par se casser.) On est conquis par ce groupe qui nous donne plus qu’envie de les revoir en scène prochainement.

Aux premières notes de « Ginger » le public du théâtre ne peut s’empêcher de faire écho à Arthur Teboul, chanteur des Feu! Chatterton en scène pour un sublime set. « Bonsoir, nous allons mettre l’été au milieu de l’hiver…« . Le titre « Côte Concorde » amorce une graduelle montée vers une mélancolie suave qui s’empare du public bougeant beaucoup moins…

Feu! Chatterton - © Clémence Rougetet

Derrière le groupe en scène, de grands miroirs reflètent spots, silhouettes ainsi qu’une certaine communication des sens entre spectateurs et artistes. Les yeux pétillent à la vue des explosions de projecteurs et les oreilles frétillent des ondulations sonores ! La magie du remarquable set de lumières opère en projetant à merveille les intermèdes poétiques et philosophiques du chanteur qui égrainent le concert (« Nous allons rester comme cela dans cette philosophie érectile !« ). Le public se lève à l’unisson sur « L’Oiseau », puis continue de planer, danser et chanter sur « L’Ivresse« , dont les paroles enveloppent le comédien-chanteur ivre dans sa poésie ! La chanson « Souvenir » frappe par le soudain silence qui semble mettre tous les spectateurs en accord avec ce qui est chanté, le ukulele ne faisant que rehausser les autres instruments par petites touches saisissantes. « Troublés par ce silence délicieux, je vais profiter d’un peu d’audace pour lancer dans un premier temps l’idée de faire l’amour… mais nous allons le faire en dansant ! Ô théâtre veux-tu vraiment faire l’amour maintenant… et danser l’amour maintenant ?« . Nous l’avons deviné c’est au tour de « La Mort dans la pinède » de susciter des crépitements de projecteurs explosifs démultipliés par les miroitements scéniques afin d’accompagner artistes et salle survoltés à la manière d’une phase pré-coïtienne ! Le mot est lâché !

Feu! Chatterton - © Clémence Rougetet

Se poursuit la phase ascensionnelle sur « Boeing » où la voix prend son envol non stationnaire ni statique, comme les projecteurs qui strient alors les murs de la salle en caisse de résonance d’une piste d’alunissage direction le septième ciel. « Passagers êtes vous toujours là ? » questionne Arthur Teboul en pleine chanson. Puis il entonne le titre du premier rappel « Syracuse » reprise d’Henri Salvador sur laquelle la voix seule élève des flots de vagues relents électro d’abord, puis des incises berçantes de batterie, guitares, basse et synthé. En une infinitude où la voix se fond dans l’instrumentation jusqu’à ne faire plus qu’une, commence un deuxième rappel de guitares aériennes sur « La Malinche » et tout concoure a nous faire croire à un défilé hirsute et désordonné.

Après une feinte de départ comme ils savent le faire, ils reviennent : « On est contents de vous savoir triste mais on va s’en aller, et on savoure différemment lorsqu’on sait que ce sont les derniers instants« . La grâce s’est posée en scène ce soir.

VANESSA MAURY-DUBOIS

Photos : CLÉMENCE ROUGETET


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