CHLOE MONS

L’enjoleuse

Insaisissable Chloé ! Toujours en train de surprendre son auditeur. Elle s’est cette fois attachée les services de Chris Eckman, le leader de The Walkabouts, pour réaliser ce qui s’avère être son album le plus accessible, Hôtel de l’univers.

« J’étais allée voir Chris en Slovénie pour réaliser Alectrona, mon album précédent. Il était très intéressé, mais très pris. On avait alors décidé de faire le suivant ensemble. » Un espoir concrétisé au-delà des espérances. Non seulement Chris Eckman a accepté de produire artistiquement cet Hôtel, mais en plus il chante en duo sur la très jolie chanson “Antisite”. « Cela a été un rêve. Il m’a apporté toute cette approche électro qui était un monde pour moi. Je suis venue avec mes mélodies et nous avons travaillé ensemble. J’avais envie de défricher le territoire de l’électro, ce qui est nouveau pour moi. Il voyait bien où je voulais aller, tout en étant très élégant. »

Claviers, ordinateurs, machines, Chloé a appris, avec l’aide précieuse de Chris, à maîtriser de nouveaux instruments, de nouveaux sons. « Avant je composais juste en chantant, comme la majorité des musiciens. Je travaille désormais le piano avec un professeur, j’ai appris le solfège. » Une manière de maîtriser l’aspect formel de la chose. Cela n’a rien enlevé à sa liberté de composition. Mieux, elle a cette fois parfaitement et quasiment entièrement écrit son disque en français. « Je suis heureuse comme ça. »

Ainsi est né Hôtel de l’univers, du nom d’un établissement implanté à proximité de Barbès, à Paris, dans le quartier où elle habite. Une invitation au rêve et au voyage citée dans la chanson “Au bord de nous”. La galette regroupe dix perles blanches. Quelques titres se détachent, comme “Voiture volée” : « La chanson la plus importante, celle qui me raconte vraiment. La recherche de l’inconnu, d’émotions fortes, cela me parle vraiment, à une époque où l’inconnu fait peur. Cela résonne en moi : j’ai besoin d’imprévu, d’être surprise. Et j’adore cela ! »

CHLOE MONS

Borderline et à la marge, « toujours au bord d’un naufrage » comme elle le chante, Chloé Mons s’assume comme elle est, libre : « Je vis un peu dans une bulle, avec ma musique, ma fille. J’ai créé une espèce d’auto-système dans lequel je vis quand même un peu en autarcie, même si je vois beaucoup d’amis. Je fais juste ce qu’il faut pour exister et cela me va bien, mais c’est étrange de vivre comme cela, c’est même finalement devenu un luxe. »

Débarrassée de toutes contingences matérielles, Chloé Mons a réussi à prendre sa vie à bras-le-corps. Elle produit seule un album tous les deux ans. « Un disque me rend avant tout heureuse. C’est vital qu’il vienne au monde. Après il va avoir sa propre vie. J’espère le plus d’audience possible, bien sûr. » Une mission délicate, car Madame Bashung, malgré un carnet d’adresses que l’on imagine sans fin, s’est résolue à sortir ses productions sur son propre label : « Je n’ai aucun moyen d’être dans une maison de disques. Tout le monde dans le milieu sait que je fais de la musique, mais on ne m’a jamais rien proposé. J’ai rencontré la terre entière avant de créer mon label. De toute façon, c’est compliqué aujourd’hui. Plein d’artistes font comme moi. Je fais tout : j’appelle l’usine, le graphiste. C’est un boulot de dingue et tout l’argent qui rentre, même si je n’ai pas trop de problèmes d’argent, ressort pour cela. J’ai la chance d’avoir la liberté de faire ce que je veux comme je le veux. Après c’est la jungle… C’est dur le marché du disque, mais je ne me plains pas. Ma notoriété est à la mesure de la musique que je fais. »

Très inspirée, parfois quasi religieuse, la musique de Chloé Mons n’est pas effectivement formatée pour les médias mainstream. À la fois apaisée et tout en retenue, la belle blonde pose le plus souvent des mots choisis avec une vraie sensualité sur une musique captivante et souvent cinématographique. « Je retiens les chiens à max ! Je suis bien consciente de ne pas faire du rap qui passe à 14 h sur M6. Ma musique trouve sa place dans les interstices, avec des gens curieux. C’est peut-être avec ces gens-là que je peux dialoguer. On n’est pas obligé d’être sur l’autoroute, c’est bien aussi qu’il y ait des contre-allées. » Libre au-delà de toutes apparences, elle a pris l’habitude de casser les carcans et en accepte les contraintes. « J’existe vraiment, je suis respectée, je travaille avec des gens exceptionnels et en même temps, je n’ai pas de support, pas d’aide. Je fais avec, comme une guerrière. »

CHLOE MONS

 

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PATRICK AUFFRET

 photo : JACK TORRANCE

 

Hôtel de l’univers

La Baleine

CHLOE MONSChloé Mons se dévoile en français. Dès le magnifique “Ego”, les mots claquent avec douceur et sans tabou. Héroïne des plus romantiques, elle séduit en jouant les bad girls sur “Voiture volée”. “Cathédrale” résonne comme une prière subversive. Anna Mouglalis et son timbre grave, Helena Noguerra avec sa voix douce, chantent sur “Here comes the rain again”, de Eurythmics. Autre titre en anglais, “Orbital love”, séduit par ses langueurs. Jean-Louis Murat se mêle au casting : “3 minutes” est la rencontre de deux univers qui se ressemblent. “Antisite”, chanté en duo avec Chris Eckman, et “Hiatus” clôturent avec élégance ce beau recueil de 10 chansons.


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