ROUGE CONGO

L’île enchantée

Après deux EP, dont un excellent White Stairz sorti en 2016, les Rémois nous reviennent aujourd’hui avec un premier album, L’île noire. Un disque très réussi, que l’on peut considérer comme le chaînon manquant entre une new wave 80’s à la OMD et une variété française de qualité à la Michel Berger.

Lorsque l’on découvre la pochette du premier album de Rouge Congo, on a un peu peur : avec ces couleurs criardes, on pense à un possible album d’inédits de la Compagnie Créole. Le groupe le reconnait lui-même : « On aime être sur le fil, que les gens puissent se dire c’est peut être too much. » Mais si l’Ile Noire possède effectivement un côté ensoleillé, ce n’est qu’en apparence. La thématique du disque s’avère en effet plutôt sombre. Elle raconte l’histoire d’un homme plongé dans le coma sur une ile volcanique déserte. Un concept album donc, ce qui s’avère assez rare dans la pop. « Mais la pop n’est pas qu’une musique qui s’écoute en fond sonore. Elle n’est pas forcément l’équivalent musical de bonbons sucrés. Notre propos est assez audacieux à ce niveau-là. »

ROUGE CONGO

Rouge Congo aime manier le double sens, les métaphores. Leur disque oscille ainsi entre joyeusetés pop et écriture mélancolique. Le groupe écrit des titres comme ce “Monde inversé”, tube pour dance-floor mais dont les paroles s’avèrent infiniment tristes. « Peut être que peu de gens feront attention au texte, mais nous avons vraiment envie qu’ils y prêtent attention. Ils sont aussi importants que l’est notre musique. » L’ile Noire renvoie évidemment aussi à Hergé. Une évidence tant le combo semble être un digne représentant de la ligne claire. « On aime vraiment la BD : Tintin, Corto Maltese, les collages et le côté enfantin des choses. On avait même le projet d’accompagner le disque d’une bande dessinée ce qui malheureusement n’a pas pu se faire. »

ROUGE CONGO

 

ROUGE CONGO

On sait à quel point Reims a produit depuis nombre d’années des groupes pop de qualité, des Shoes à The Bewitched Hands, combos qui les ont influencés : « Il y a une vraie scène à Reims. Ces groupes sont un peu comme des grands frères pour nous. Il y a une culture musicale intéressante dans cette ville. Peut être aussi que Reims compte de nombreux groupes parce qu’il n’y a pas grand-chose à y faire à part de la musique. » Rouge Congo a grandi à l’ombre de ces groupes certes, mais ils ne sont pas leur seule influence. La new wave des années 80 de Depeche Mode à Human League en passant par Orchestral Manœuvre in The Dark fait aussi partie de leur ADN : « On est aussi très fans de chanson française. Nous n’avons pas honte de dire que nous adorons Joe Dassin, Michel Delpech ou Michel Berger. Un disque comme Beauséjour de Berger est parfait au niveau production. Il est l’une de nos influences majeures. »


ROUGE CONGO

Un pied dans la new-wave, un autre dans la variété française, le pari pourrait être risqué mais il donne au contraire toute sa saveur au groupe. Cet assemblage atypique nous offre ainsi une musique inspirée et enchanteresse, pour un album qui a su s’affranchir de l’image, pourtant positive, que leur avait donné les médias à la sortie de leur premier EP. On sent un groupe qui fait ce qui lui plaît sans se soucier des retours. Un pari ambitieux mais qui s’avère réussi.

PIERRE-ARNAUD JONARD

Photos : ROMU DUCROS 
Dessins : MANON PAINTAUX

>> Site de Rouge Congo

 

L’île noire

ROUGE CONGODes années déjà que le combo brille sur la scène pop-indé rémoise, à coups de mélopées pétillantes et franchement colorées, bien décidé à répandre au-delà des frontières champenoises ses ondes solaires et chaleureuses. Après un premier EP remarqué en 2014, le groupe revient avec un nouvel album, dans lequel la langue de Shakespeare est définitivement abandonnée au profit de celle de Molière. Choix habile soit dit en passant en ces temps d’ode à la francophonie et de retour en force de la pop made in hexagone. Et si les compositions de ces cinq amis gardent ces parfums d’été et de voyage si reconnaissables, les influences anglo-saxonnes font désormais place à celle des Daho, Biolay ou autres Daniel Darc, le temps d’une série d’hommages synthétiques et percutants à toute une tradition d’écorchés magnifiques. Une poignée de danses électriques et hallucinées dans l’air du temps ? Oui, complètement. Et après tout, quand c’est bien fait, il n’y a pas beaucoup plus de questions à se poser.

À écouter en priorité : « La fille aux couleurs éternelles », « Monde inversé », « Rives après rêves » et « Le message ».

XAVIER LELIEVRE


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