JORAN LE CORRE

Tourneur au grand cœur

Quand il apparaît dans les médias, Joran Le Corre le fait presque tout le temps avec sa casquette de programmateur du festival breton Panoramas. Pourtant avec son organisation Wart, ils s’occupent aussi de faire tourner de nombreux artistes qu’il chouchoute comme Salut c’est Cool, Léonie Pernet ou Jeanne Added.

La rencontre avec Joran Le Corre se fait à Paris dans les nouveaux locaux de Wart. Basé entre Morlaix et Paris, la majeure partie de son travail de tourneur se fait à la capitale. L’activité de l’association en Bretagne se tourne vers le festival et bientôt le projet Sew*. Il reste l’un des rares tourneurs à ne pas être maintenant complètement à Paris : « On n’est vraiment plus nombreux à rester en région, la plupart ont déménagés ou sont en train de le faire ».

Wart est intimement lié à Morlaix. Tout y a commencé là-bas avec une soirée ratée en 1997. « La soirée s’appelait Wart 00 pour War for Art (Rires). Et l’on s’est fait refuser parce que l’on n’était pas organisé. On a donc créé l’association au nom de la soirée ! » se souvient Joran. Après cet insuccès, ils organisent le premier Panoramas en 1998 dans les bars de la ville. Le festival connaît le succès et très vite, ils décident de monter la tournée d’Abstrack Keal Agram dont fait partie Lionel Fortune, qui a aussi monté Wart : « Les labels étaient très intéressés par ce qu’ils faisaient. On s’est rendu compte qu’ils devaient tourner pour exister donc on a décidé de s’en charger. »

A la recherche des nouvelles perles

C’est ainsi que naît la partie “tournée” de Wart. Les groupes s’agrègent au projet au fur et à mesure des rencontres. Maintenant, après plus d’une quinzaine d’années à organiser des tournées, la mécanique est rodée. Pas question de prendre un projet sans l’avoir vu sur scène et avoir rencontré le groupe : « Il faut que je sente que l’on puisse développer vraiment le projet avec eux. Il y a certains projets que j’adore musicalement, mais je sais que l’on n’arrivera pas à passer un cap pour qu’ils soient mieux chez nous que chez quelqu’un d’autre ». Et pour savoir si un artiste est capable de passer ce cap d’un artiste prometteur à un artiste capable d’intéresser les salles, c’est beaucoup de feeling, mais aussi quelques petits points importants. La présence sur les réseaux sociaux notamment, mais aussi les retours du public sur Internet.

Pour Joran, le musicien ne peut plus se permettre d’être talentueux, il lui faut aussi savoir vendre sa musique : « Une fille comme Cléa Vincent, elle m’épate parce qu’elle n’arrête pas du matin au soir. Elle travaille sa musique, ses clips. Elle est sur les réseaux sociaux. Elle aide à faire des collages pour ses concerts à Paris. C’est une warrior ! Quand tu arrives sur de tels profils, tu te dis : “Bah, je veux t’aider !” »

Label, tourneur, manager : tous unis pour l’artiste

C’est  à ce moment-là que Joran rentre en jeu dans les projets des artistes. Pour la plupart, ils ont déjà un manager et un label derrière. Pour d’autres, il faut un peu plus de suivi : « Ça m’arrive sur certains projets émergents de faire plein de rendez-vous avec des labels pour les accompagner ». Plus que de juste faire tourner le groupe, il faut savoir fédérer d’autres acteurs du milieu autour du projet et qu’ils y croient eux aussi. Le tourneur a besoin de ce réseau pour le développement de l’artiste. Cela nécessite aussi donc de bien s’entendre avec tout le monde pour le bien de l’artiste.

Pour autant même si tout le monde est derrière le groupe, il peut y avoir des passes moins bonnes, notamment le fameux deuxième album. Là aussi, le rôle du tourneur est d’être présent pour valoriser les artistes dans lesquels il croit. « Ce n’est pas parce que ça ne marche pas au deuxième que ça ne marche pas au troisième. Les Naïve New Beaters en sont l’exemple parfait. Le premier album cartonne. Le second moins bien, mais on fait une bonne tournée. Et au troisième, ça repart bien direct. »

La bienveillance envers les artistes, c’est ce qui ressort durant tout l’entretien, et visiblement la recette marche. Doucement, le catalogue d’artiste augmente. La fierté de l’équipe, c’est Acid Arab qui a cartonné à l’étranger en 2017 (64 dates, 26 pays). Et la saison actuelle est bien remplie puisqu’à peine les dates de Jeanne Added sont calées qu’il faut déjà plancher sur Arnaud Rebotini, sacré aux Césars 2018 ou Rebeka Warrior. Un programme chargé, mais Joran sait relativiser face à la tâche : « S’ils se décidaient tous à sortir des albums la même année, là on n’arriverait plus à gérer (Rires) ».

>> Site de Wart

Yann LE NY

Photo : David POULAIN

* Le projet Sew date maintenant de huit ans. Wart accompagné de la Salamandre (cinéma) et l’Entresort veulent rénover l’ancienne Manufacture de Tabacs de la ville. L’idée ? En faire un espace culturel avec notamment une salle de spectacle. Après un changement d’architecte, voilà que le projet repart de plus belle. L’équipe Wart a organisé durant le mois d’août dernier, les rendez-vous Baluche Disco Club dans l’espace du futur restaurant, avec notamment Étienne de Crécy, Acid Arab, Arnaud Rebotini. Même si le lieu est encore en travaux, Joran pense déjà en faire le lieu des clôtures de Panoramas.


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