Rencontre avec La PieTà pour la sortie de son EP

Démasquée

 

Claque musicale du moment, La PieTà s’apprête à sortir un nouvel EP. Slam et textes crus sont au rendez-vous d’une pasionaria qui ose désormais (presque) se montrer à visage découvert. C’est clair : ses chapitres 5 et 6 sont une tuerie !

La PieTà s’est vite fait une réputation sulfureuse dans le petit monde de l’électro-rock français. Avec ses mots crus scandés avec ferveur sur des boucles électroniques, mais aussi avec ses masques de chat, cette auteure-compositrice-interprète a su en quelques titres bien sentis et une poignée de concerts flamboyants faire la différence. Un pont glissant entre la musique et la littérature. « La base de mon projet, c’est un livre. J’en avais gros sur la patate lorsque j’ai commencé à écrire, mais la musique, pour moi, c’est viscéral. J’ai donc eu envie de mettre en musique certains chapitres de mon livre. »  Rattrapée par l’enthousiasme provoqué par son premier EP, sur lequel figurait notamment l’excellent “La moyenne”, La PieTà a mis son ouvrage manuscrit de côté pour finalement replonger à fond dans la musique. « J’espère quand même sortir ce livre d’ici deux ans… » Il y aura forcément un peu de Virginie Despentes ou de Coralie Trinh Thi chez elle. Le livre en construction sera logiquement un événement littéraire subversif à souhait…

Rencontre avec La PieTà pour la sortie de son EP ® Bice Bourgois

En cet automne 2018, elle est fin prête à livrer une nouvelle cargaison de chansons provocatrices et insolentes, en fait les Chapitres 5 et 6 de sa déjà flamboyante histoire musicale. Le nouvel EP est prévu pour novembre : « Un avant-goût de l’album en préparation pour 2019, qui comprendra une boîte noire avec des dessins, des vidéos et des extraits du livre… L’idée de La PieTà est d’être un espace de création et de liberté. Pourquoi pas un jour n’avoir que du texte ou que des dessins, et pas de musique ? » On n’en est pas là. La PieTà s’est fait connaître avec ses chansons slammées pour pouvoir placer un maximum de mots, mais c’est encore la musique qu’elle défend actuellement en prenant bien soin de toujours brouiller les cartes.

D’ailleurs, dans ses chansons, elle ne s’affiche surtout pas à la première personne : « C’est compliqué quand tu es artiste, car les gens confondent le narrateur et l’auteur, l’artiste et la personne. D’où ce besoin d’avoir un nom d’artiste différent de mon nom à moi. Si je mets un masque, c’est aussi pour mettre une distance. »

Évidemment, ses textes vengeurs sont inspirés, influencés par ce qu’elle a vécu, mais elle revendique surtout le droit de mettre en musique des scènes de vie sans que cela soit forcément son histoire. Et musicalement, on s’inscrit dans la filiation féminine d’un genre jusqu’alors fièrement porté par des groupes comme Diabologum, ou plus récemment Summer. En clair, il s’agit de faire claquer des mots sur des lignes musicales plus ou moins répétitives. Une posture dont elle semble prendre ses distances : deux nouveaux titres sont en fait joués au piano, sans batterie. « Le piano-voix, je vais le faire de plus en plus… »

Rencontre avec La PieTà pour la sortie de son EP ® Bice Bourgois

Sur scène, elle fait clairement la différence en proposant une vraie théâtralité. Dès le début de l’expérience, la barrière protectrice du masque s’est naturellement imposée en réaction à un vécu précédent très dur dans le milieu de la musique. « J’étais vraiment dégoûtée, j’ai quitté Paris et je me suis installée dans le sud de la France. J’ai annoncé que j’arrêtais ma carrière, car on m’imposait trop des choses. J’ai fait un autre métier, mais en parallèle, j’avais mon petit projet pour moi. Mes démons musicaux m’ont rattrapée, mais j’essaie chaque jour de ne pas me refaire bouffer par l’industrie musicale et par tous ces gens qui te trouvent super, mais qui veulent toujours t’imposer des choses. Avec La PieTà, je voulais avoir le droit à une page blanche, à ne pas être jugée sur ce que j’avais fait auparavant. Le masque permettait cela, en plus de bien coller au premier titre, “La moyenne”. L’idée était de parler d’une masse de gens perdus. Le masque, c’était pour que tout le monde puisse s’identifier au projet. »

Ce masque, elle ne se cache plus totalement derrière sur scène aujourd’hui, mais elle garde secret son vrai nom. « Je continue à jouer sur ce registre. J’essaye de préserver cela.  Il y a  quelque chose de théâtral. Je ne pourrais pas monter sur scène sans masque même si, quand je le retire, cela me rapproche des gens, et cela leur permet de voir mon regard. Mais c’est bien aussi que cela ne soit pas tout le temps. » Le démasquage intégral est prévu plus tard, avec une mise en scène : « Nous allons faire de La PieTà masquée un personnage d’animation. Il apparaîtra en vidéo à ce moment-là. » Ce qui ne l’empêchera pas de tomber le masque dès ses prochaines prestations scéniques. Une nouvelle tournée est en cours pour soutenir le nouvel EP, ne la manquez pas !

Patrick Auffret

>> Site de La Pietà

 

Chapitres 5 et 6

Autoproduction

La PieTà son EP "Chapitres 5 et 6"“Maintenant ou jamais” ou “Défoncer le cœur” constituent la colonne vertébrale de cet EP. Ces deux chansons sont deux uppercuts. Paroles crues, verbes agressifs, scènes de sexe, la chanteuse ne recule devant aucune provocation verbale pour faire passer son message. “La fille la moins féministe de la terre”, un titre à contre-courant sorti le 8 mars dernier, jour des droits de la femme, ne déroge pas à la règle. Le dansant “On s’en fout” non plus, mais deux titres acoustiques empreints d’une douceur mélancolique surprennent : “La salle d’attente » et  “Manger ta douleur”. La PieTà sait aussi être calme.

 


Publié le