Steve Amber @David Poulain

 

Le 12 octobre 2018, à Mains d’Œuvres, Saint-Ouen.

En ce vendredi soir, Mains d’Œuvres nous offre une bien belle affiche dans des styles musicaux fort différents, mais toujours intéressants.

 

Yvonne la Nuit, qui ouvre la soirée, vient de sortir un bien joli EP, Bright Stars. On ne sait si l’artiste tire son nom du superbe mélodrame italien de Giuseppe Amato, mais on trouve dans sa musique la même belle tension que dans ce classique du cinéma transalpin. On connaissait la musicienne pour ses participations aux chœurs sur des albums signés Nicolas Godin, Jean-Baptiste Dunckel ou Dionysos, il était temps qu’elle se lance dans le grand bain et nous offre ses propres compositions. Son univers se situe à mi-chemin de la chanson et de la pop atmosphérique. Elle possède un univers bien à elle et si l’on peut y sentir les influences de Tori Amos ou Agnes Obel, celles-ci ne s’avèrent jamais envahissantes. Au fur et à mesure que son set progresse, on est de plus en plus charmé par sa musique, tout en finesse et subtilité. Elle a de plus une très jolie voix. On passe dès lors un excellent moment en sa compagnie.

Mr Hanky qui suit joue un rock’n’roll puissant et fiévreux. Leur musique est un mélange de rock 60’s à la Doors mêlé à la noise contemporaine de Sonic Youth avec ça et là quelques pincées de post-rock. La plupart des morceaux sont longs ce qui permet au groupe d’installer un climat tendu à l’extrême. Le guitariste-chanteur possède un vrai charisme et se met ainsi instantanément le public dans la poche. Mr Hanky a déjà beaucoup tourné depuis sa formation en 2012. Cette expérience de la scène se ressent avec un combo qui maîtrise déjà parfaitement son sujet. Les Parisiens font preuve d’un grand éclectisme en matière de goûts musicaux, mais leurs influences fort variées forme un ensemble néanmoins cohérent. Une belle découverte.

Steve Amber qui conclue la soirée a déjà deux EP à son actif dont le récent et remarquable From a temple on the Hill. Les Brestois font partie du renouveau psychédélique, mais on ne saurait les réduire à cela tant leur musique est riche et foisonnante. Les éléments folk et garage y ont également une part non négligeable. Dès le début de leur concert, on est pris dans un tourbillon musical qui nous fait chavirer. On pense à Neil Young, mais pas à celui campagnard de Harvest, plutôt à l’électrique, avec guitares rageuses et saturées. Les morceaux s’étirent, pour notre plus grand plaisir, sur de longues, longues minutes qui amènent l’auditeur à une sorte d’hypnose. La musique des Bretons puise dans ce que la scène garage a produit de mieux. On y trouve pêle-mêle la folie des Oh Sees et la puissance de Ty Segall. Le public semble conquis. Bien longtemps que l’on n’avait pas assisté à un concert d’une telle intensité. Steve Amber nous offre un set en tous points remarquables et électrisant de bout en bout. Le quatuor s’impose définitivement comme l’un des grands espoirs de la scène française. On attend leur album avec impatience.

Texte : Pierre-Arnaud Jonard

Photos : David Poulain


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