MONDKOPF

Mondkopf au Visions Festival

 

Dans le paysage des festivals français estivaux, rares sont les évènements parvenant à s’émanciper de la grande logique économique, porteuse de programmations jouant d’un effet de miroir qui commence sérieusement à devenir pénible.

 

Heureusement, il y aura toujours des fous pour penser un autre avenir, et ainsi offrir une place à des artistes dont le talent se doit de jaillir au-delà des limbes dans lesquels ils se terrent. On nous vend un paysage musical mille-feuille où la thune, la représentation médiatique façonnent des musiciens plus produit qu’artiste, selon une logique détestable où la forme prend le dessus sur le fond. On se régalera ainsi de cette vidéo du désormais célèbre et malfamé Tomorrowland, grand cirque devant l’éternel, durant lequel la musique électronique (enfin l’Electronic Dance Music) devient un prétexte pour se faire voir, sourires azimutés à la blancheur immaculée, portés sur des mines toutes plus formatées par le pognon les unes que les autres. Ici donc un condensé du set de Salvatore Ganacci, quatre minutes de pure misère artistique…

 

Qu’en est-il donc du Visions Festival initié par les Disques Anonymes, label indépendant qui comme son nom l’indique, n’est pas là pour mettre en lumière les éternels amuseurs de galeries, ceux-là mêmes qui font grimper le prix du billet d’un festoche plus vite qu’un thermomètre délaissé en plein cagnard. Deux mots viennent ainsi à l’esprit au regard de l’affiche et des noms qui sont accolés à cet évènement breton : paradis et ténèbres.

 

Bénéficiant d’une esthétique dark sculptée jusque dans la typo aux accents horrifiques, la programmation étalée sur trois jours et trois scènes, proposant quelques 60 artistes, prendra place dans le cadre insulaire et moyenâgeux du fort de Bertheaume situé dans la commune de Plougonvelin, de quoi envisager une expérience sonore totale.

 

Fort de Bertheaume

 

De la techno hardcore, de l’électro minimaliste, du punk-rock souillé, de la musique méditative, autant de dimensions d’un spectre musical que vous ne retrouverez pas aisément via les algorithmes de vos chères plates-formes de streaming. Visions Festival, c’est le genre d’évènement où l’humain reprend ses droits sur l’android, les centrales d’achats et tutti quanti… Le festival le plus weirdo de l’année mais aussi l’un des plus alléchants durant lequel le terme « industriel » est plus un genre musical qu’un schème économique ; ça fait bizarre…

 

Visions Festival

 

Et pour aller plus loin, six questions à Mondkopf, histoire que vous jugiez des énergumènes en présence du 3 au 5 août sur cette pointe bretonne, extrémité géographique de la France…

 

Pourquoi certains genres musicaux poussent-ils plus à la transe que d’autres, techno, rock, afrobeat ? Penses-tu que c’est une question de rythme avant tout ?

 

« Je pense que le rythme est important mais le travail sur les fréquences l’est tout autant ! C’est ce qui crée une hypnose psycho-acoustique. Remplir puis rétrécir, onduler ou entrecouper le spectre des fréquences sur le long terme peut faire vriller le cerveau comme  une drogue. Et ça la techno y arrive mieux car les sons y sont plus précis que dans le rock par exemple. »

 

>> Son dernier disque en date : They Fall But You Don’t

 

Pour continuer sur le rythme, est-ce là une des notions les plus fondamentales de la musique ? Cette notion est-elle prioritaire dans  ta composition musicale ?

 

« Le rythme est très important en effet. J’ai toujours été attiré par celui-ci depuis que je suis jeune. Les séquences rythmiques du hip-hop par exemple m’ont de suite marqué lorsque j’étais en primaire. Et je ne suis pas le seul, regarde la popularité du genre maintenant… Ce style musical a ce groove qui n’a pas forcement pour but de faire danser, mais de déclencher quelque chose de physique. Il peut ainsi être agressif comme chaloupé ou plus posé.  Les rythmes que j’utilise à présent ne passent pas forcement par des percussions, mais par les pulsations de fréquences de mes synthétiseurs. Mes compositions sont beaucoup plus minimalistes et trouvent leurs influences dans la musique contemporaine, expérimentale, le drone, le black metal ou le stoner. Des musiques qui peuvent être très répétitives jusqu’à provoquer la trance. »

 

Ton expérience sonore la plus extatique, la plus folle et la plus dérangeante ?

 

« Je me dois de citer Sunn O))). Ils jouent à un volume très élevé et s’amusent avec la pression acoustique en balançant surtout des basses fréquences. Les ondes créées le sont comme une deuxième partition non pas pour les oreilles mais aussi pour le corps. Le Festival Echos est aussi une des plus belles expériences musicales que j’ai pu vivre. Un festival dans les Hautes-Alpes, sans scènes ou système de diffusion classique, mais juste avec une trompe qui répercute le son sur une falaise et qui l’amplifie sur des dizaines d’hectares à la ronde. Tout ça en pleine nature dans la montagne, c’est une expérience mystique et humaine magnifique. »

 

Une personne sensible à la musique bruitiste possède un sens du réel plus développé selon toi ?

 

« L’humain devrait avoir peur de la musique bruitiste en vrai. Je pense que les sons agressifs le sont pour nous prévenir d’un danger, les animaux le comprennent bien. Être sensible à la musique bruitiste est donc une manière de quitter notre condition animale peut-être… Trouver de la poésie dans quelque chose de potentiellement dangereux, c’est une manière d’accepter la réel différemment. »

 

MONDKOPF

 

Tes morceaux exercent souvent une pression de manière progressive, le niveau des fréquences augmentant crescendo et créant de fait une matière sonore qui semble s’épaissir au fil des secondes, comme si des murs sonores se créaient (je pense notamment au morceau “Ease Your Pain”)… Comment t’es venue cette manière de faire ? Cela s’est-il défini en amont ou en aval de la scène ?

« J’ai toujours était attiré par les fréquences basses. Jouer avec c’est comme avoir un pouvoir sur les choses. On peut faire vibrer une pièce ou des organes à distance. Ça peut paraitre mégalo mais j’aime cette puissance qu’elles permettent. Mais je n’essaie pas d’en faire une simple expérience physique, je veux qu’elle soit émotionnelle aussi. La musique extrême m’a toujours plu du moment qu’elle offre des sentiments forts. Quand des harmonies se distinguent du bruit cela peut faire ressentir des choses profondes. »

 

En termes de création, existe-t-il un fantasme sonore que tu n’as donc pas encore réalisé ? Par exemple un morceau réutilisant le bang émis par un avion supersonique ?

 

« J’aimerais beaucoup recréer la puissance d’une détonation électrique, comme les coups de tonnerre par exemple… »

 

>> Son disque le plus techno : Ease Your Pain

  

Texte : Julien Naït-Bouda


Publié le