Incendié Volontaire ©Biarneix

LA LITTERATURE EN CHANTANT

Ils sont six. Ils poétisent la politique, ou l’inverse. Ils font quelque chose d’atypique à la jonction du spoken-word, du rap et du rock. Après l’extinction de leur ancien groupe, Bruit qui court, voici leur nouvelle formation, Incendié Volontaire.

UN LIVRE QUI PREND FEU

Incendié volontaire, c’est un bidon d’essence de musique garage dans lequel on jette un paquet d’allumettes littéraires. « Les textes de Nicolas sont des concentrés de sensations, de la micro-littérature. C’est plaisant. Ça nourrit notre musique. », affirme Zedrine, le nouveau venu derrière lequel se cache le terme bâtard de “machines”. L’intéressé, leader et chanteur, de répondre : « Une personne qui décide d’écrire évolue en prenant des claques en lisant des livres. Il y a des étapes. Plein d’auteurs m’ont marqué. Dernièrement, Sartre et Camus. Leurs idées révolutionnaires. Des pensées lumineuses. Quand j’ai écrit ce disque, je ne cherchais pas à faire une copie, à faire camusien, il y avait simplement dans ma tête sa manière d’écrire. Une radicalité absolue, peu de fioritures, de l’impact, du temps court. Un souffle. » Approchant dangereusement du sujet qui fâche, Nicolas met les pieds dans le plat. « La chanson est-elle de la littérature ? Ce débat dure depuis des décennies… Gainsbourg te dirait que ce ne sont que de petites blagues. Honnêtement, je n’ai pas d’avis tranché. Il y a des auteurs de chansons que je respecte autant que de très grands écrivains. Jacques Brel faisait de la littérature. »

« NOUS SOMMES DES MUSICIENS DE LIVE »

Il est l’heure. Sandra, la claviériste, l’annonce : « C‘est le début de l’aventure. Le moment est venu de porter notre album sur scène, le faire entendre, nous faire voir. » Nicolas explique que « le mot d’ordre a toujours été le même. Tout ce que nous faisons, c’est pour passer sur scène. Nous ouvrir le bide. Nous faisons une musique d’émotions. Ce n’est pas de la danse, pas du pogo ; ce sont des émotions qui circulent. » Zedrine voit cette aventure comme « un risque qu’il faut prendre. On se brûlera forcément. L’important est qu’il se passe quelque chose. Personne ne sait quoi. La surprise, c’est le principe, peut survenir partout, quel que soit l’endroit. » « Il y a des lieux où la mise en danger devient extrême, poursuit Nicolas. Des cafés-concert où tu montes devant des gens qui ne veulent pas t’entendre. Comme si tu roulais à toute allure en voiture sans les phares. » Leurs yeux à eux sont bien allumés. Sandra conclut : « On trépigne d’impatience. »

D.I.Y.

Avant de prendre la mer, les six moussaillons ont dû bâtir un navire. Des clous, du bois, du fer, des mains, des bras et des neurones qui turbinent. « Nous sommes partis en aventure. Ne pas avoir de label, de soutiens financiers et se retrouver seuls, se débrouiller. Nous nous inscrivons dans la scène indépendante, à connotation Do It Yourself » admet Nicolas. Selon Zedrine « Appartenir à cette scène est avant tout une réalité. Celle de 99,9% des musiciens en France, et dans le monde. Libre à nous de rêver de grands moyens, d’albums furieux, d’immense diffusion de nos morceaux. La réalité est que l’essentiel des musiciens vit en dehors de ce système ». Le sourire malicieux, Sandra nuance : « Cette culture ne va pas nous empêcher d’accepter des premières parties qui ont de la gueule… »

SOUS LES PAVÉS, LES VERS

« En mai, les gens ont voté pour la fin de la poésie, tempête Nicolas. Derrière le pragmatisme, c’est la défaite de la beauté et de la colère. » Le sextet s’inscrit clairement dans la direction contraire. Zedrine : « L’acte poétique est le cœur de la démarche artistique, il est son essence. L’acte poétique est un acte éminemment politique aujourd’hui. Pour nous, c’est fondamental. On en a le ventre rempli. Nous nous battons pour conserver quelque chose de cet ordre. Quitte à se faire mal avec… Ce n’est pas simple d’emprunter ce chemin. » Alors… avons-nous affaire à un groupe engagé ? Nicolas n’en est pas sûr : « Nous ne collons pas d’affiches, nous ne faisons que de la musique, des chansons entre copains. Nous ne sommes donc pas vraiment un groupe engagé. Malgré ça… créer, faire de l’art, tout ceci est un acte politique. »

 

Incendié Volontaire

Autoproduction

Se brûler pour mieux se voir. Le saxophone lancinant, le piano égraine le temps, la batterie affolée, la guitare gronde, l’environnement sonore pèse, la voix joue au funambule sur une unique corde vocale. Avant de cramer les planches, le sextet produit son premier album en toute autonomie. Il trace un sentier, à sa gauche l’étendue musicale, à sa droite les bosquets littéraires. Au devant : les tripes. « Se retrouver face à sa rage adolescente, qui est là et qui regarde » (“À la recherche du doute”).

 

>> Site d’Incendié Volontaire

 

Texte : Valentin Chomienne

Photos : Thomas Biarneix


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