TH da Freak ©Guendalina Flamini Photographe

Jeunesse éternelle

C’est par une flopée de morceaux rock (tous balancés gratuitement sur le Net) que ce marin d’eau douce à la chevelure bleutée aura émergé des eaux troubles de la Garonne. S’il côtoie depuis son enfance la Gironde, c’est aux terres de l’Oncle Sam version 90’s que Thoineau Palis a juré fidélité, jusqu’à ce que mort s’en suive…

Le serment unissant le jeune homme de 24 ans à cet âge d’or de la musique crasseuse, miroir de tous les loosers, semble avoir été prononcé il y a bien longtemps. Car si à l’époque des Beck et autres Dinosaur Jr, le garçon n’en était pas encore au stade du miroir, force est de constater que l’élève fait plus que réciter sa poésie, il la réinvente. Ravivant ainsi une certaine idée de la création, D.I.Y. corps et âme, l’opinion a vite affublé le Bordelais d’une image de slacker qui, sans faux semblants, ne révèle pas tout du personnage. Non, Thoineau ne s’alimente pas de céréales petit dej’ par flemme (il déteste ça au contraire), oui il a le look d’un mec qui fait du skate dans sa tête, mais peut-être que ce dernier est en fait le nouveau punk romantique que tout le monde attendait depuis Kurt Cobain. L’habit ne fait pas le moine certes et les apparences sont dans le cas présent aussi trompeuses qu’éloquentes, comme le confirme l’intéressé. « La presse nous a affichés comme des branleurs, mais on n’a jamais prétendu être des slackers. Après c’est peut-être à cause de nos dégaines de clodos qu’on nous a collé cette image. À y réfléchir, je suis plutôt un romantique dans l’âme, un peu écorché et à la recherche du beau. »

Un esthète qui semble marcher à contre-temps des tendances, comme il le précise : « J’ai passé 4 ans de ma vie dans une chambre d’étudiant à Toulouse à n’écouter que du rock lo-fi. On est aujourd’hui submergé par les sons électroniques, mais la musique fonctionne de manière cyclique : quand la pop musique des années 80 a fini par faire chier les gens, le grunge a explosé comme une réponse à cette déferlante. » L’heure de la reconnaissance a donc sonné pour cette bande d’adulescents, sans plan de carrière et dont le plaisir de créer se fait pour l’instant seul argent comptant, même face aux enjeux matériels de la vie. « On se lance le pari de sortir trois disques en 2018. On fonctionne avec des challenges, King Gizzard and the Lizard Wizard ou Ty Segall le font bien ! » Sylvain, son frère aux cheveux rouges décolorés, précise : « Cette frénésie créatrice doit être expulsée, il faut arrêter de penser stratégique, car ça tue la magie d’une production. Et puis les gens se lassent plus vite de la musique avec l’offre qui augmente. Notre but est aussi d’aller vers de plus gros cachets, on bosse en interim à côté de notre musique. Quand tu tiens des panneaux de signalisation durant une journée entière, ça te fait réfléchir sur ton avenir… »

TH da Freak ©Guendalina Flamini Photographe

Un futur qui ne semble pourtant pas trop prendre la tête à ces ados retardés, jouissant d’une  insouciante source de vitalité. « On peut nous voir comme des bourges bouseux de Bordeaux, c’est vrai. On a vécu dans un milieu cool, cela ne nous empêche pas de faire du bon rock ! Tous les gars qui font du rock à Bordeaux s’entraident et ne se tirent pas des balles dans les pattes, c’est une chance, il y a une vraie émulsion. Et puis il faut essayer de rester ado le plus longtemps, la vie est plus intense. »

Quid de la survivance du rock indé face aux fermetures régulières de salles dans les caves, de bars pas aux normes ? Thoineau jette un regard incendiaire sur le traitement de ce style musical, qui ne cesse de renaître de ses cendres face aux politiques publiques qui œuvrent pour le bien-être du vivre ensemble. « On dit que le rock est mort car des salles historiques favorisant le passage de groupes noise ferment. Ce genre de musique n’est pas aidé par les politiques car ça fait du bruit. Espérons que les « voisins » arrêteront de faire chier avant que cette culture du concert dans les caves ne disparaissent des centres urbains ! »

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THE HOOD

Howlin Banana Records

Succédant à une pelle d’EP au travers desquels bon nombre de genres auront été visités (noise, garage, folk, psyché), ce premier long format marque instantanément par une maturité de songwriting qui en dit long sur le talent mélodique de Thoineau. Ouvrant sur une piste convoquant Kurt Vile et Ty Segall, country-folk sur une rythmique héritée de l’univers du rodéo « Techno bullshit », ou lyrique sur la ballade lo-fi « I don’t understand », ce disque est un concentré de l’espace musical Americana, sublimé par un Frenchy ! Le moment est venu de franchir l’Atlantique ou la Manche, autant de talent se doit d’être partagé, et puis en live c’est démoniaque !

 

Texte : Julien Naït-Bouda

Photos : Guendalina Flamini


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