Regina Demina @Marylene Eytier

Tragédie moderne

 

Quand l’expression d’un geste artistique est une gageure contre le trépas, il est de ces êtres destinés à créer… Une question de sens pour cet ange des ténèbres revenu sur terre, après une expérience de mort imminente (NDE), pour éclairer de sa lumière les arcanes les plus profondes de l’âme humaine. Gratter frénétiquement les détails, là où se cache la bête, saisir les pulsions qui gouvernent les corps, relents de vie, de mort ou bien libidinaux, l’intention de Regina est de faire apparaître au grand jour un monde indicible, de l’ordre de l’invisible. Et pour cela, tous les médiums artistiques se valent : danse, vidéo, théâtre, installations graphiques et maintenant musique, une forme d’expression qui s’est imposée naturellement à cette artiste touche à tout. « Je n’ai pas fait d’école d’art et je n’ai même pas le baccalauréat. J’ai mis du temps à théoriser mon travail, l’art formel n’est pas ce que je recherche. À l’heure actuelle, je me sens mieux dans les arts vivants telle que la musique car ils sont spontanés. » Touchant à des thématiques obscures, la belle apparaît comme l’une des figures artistiques les plus iconoclastes de son temps. Autodidacte jusqu’au bout des ongles, son esprit imagine des mondes où l’étrange tutoie le marginal, sans foi ni loi, ni dieu ni maître. Ainsi, son premier EP, produit par Marc Collin, applique une méthode où la déviance règne en maîtresse, Regina s’en faisant la grande prêtresse. Reprise de “Tandem” de Vanessa Paradis, glaçante et spectrale, ou régurgitant une romance sur “Stockholm” dans laquelle elle incante « Dieu est un sale crevard » sur fond d’électro-indus, impossible de rester de marbre face à cette conteuse d’histoires qui aime étirer et souvent étriller l’humain dans ce qu’il possède de plus tragique (voir le clip fait de bric et de broc pour le titre “Nabilla”). « La narration est ce qui conduit mon art. Je suis intriguée par ces personnes qui deviennent des héros pour beaucoup alors que l’on ne comprend pas toujours bien pourquoi. Les choses fabriquées ont cette dimension tragique d’être broyées par le système qui les a fait naître, à l’instar de cette figure de la blonde hollywoodienne… »

 

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L’été meurtrier / Kwaidan Records

Texte : Julien Naït-Bouda

Photo : Marylène Eytier

Regina Demina @Marylene Eytier


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