Better Person @ Abi Friard

10 au 12 mai 2018 à La Villette (Paris)

LE FESTIVAL : La ligne artistique a été concoctée par Nicolas Chiacchierini, programmateur de l’Espace B, salle de spectacles réputée pour sa programmation pointue où, par exemple, les excellents labels Howlin Banana et Teenage Menopause ont leurs petites habitudes. C’est un festival à la programmation tout aussi recherchée et osée auquel nous assistons, mais qui n’a pas oublié d’être tout de même accessible et d’intéresser tous les âges, afin de plaire au plus grand nombre (un très bon travail de programmateur en somme).

CADRE : L’année dernière à l’Espace B, cette année à La Villette, Paris 19e. Le jeudi à la Petite Halle et sa magnifique verrière remplie de plantes vertes, illuminant la scène jusqu’au coucher du soleil. Les vendredi et samedi au Trabendo pour une ambiance plus sombre, de club, et une une autre, de plage, sous les parasols et à côté du baby-foot géant et de l’aire de pétanque.

PROGRAMMATION : Très audacieuse ! Le but : faire découvrir les musiques de tout horizon (tout genre, tout pays), chercher à dépayser, sortir des zones de confort. Exit la pop consensuelle qui envahit tout l’Hexagone, on va vers du funk 70’s turc, des mix de musiques traditionnelles syriennes, du folk de Dakar, de la cold wave anglaise, de la synth-pop danoise…

LES PLUS :

– la programmation internationale, audacieuse tournée vers la découverte,

– plusieurs artistes jouent en France pour la première fois,

– le jeu de lumières du Trabendo et sa boule à facettes qui émerveille le public… autant que le batteur de Deerhoof !

LES MOINS : l’enchaînement des concerts au Trabendo, pas de répits pour le festivalier, on passe d’un univers à l’autre, sans pouvoir prendre le temps de digérer ce que l’on vient de recevoir.

SLOW 80’s : Séquence émotion avec Better Person et ses peines de coeur. Ses slow 80’s et sa voix nous font immédiatement penser à George Michael, dans un style romantique allemand.

MEILLEUR AMBIANCEUR : La synth-pop et la voix grave du jeune Danois First Hate emballe un public avide de danse.

SESSION KORAS : Duo de kora pour le groupe Stranded Horse. Entre la Normandie et Dakar, le groupe de folk humaniste berce la foule de leur douce musique.

INTÉRESSANT : La pop du groupe En attendant Ana, leur belle énergie et leur trompette.

TOUT FRAIS : Vêtus de peignoirs éponge de couleur recouvrant leur slip de bain et d’un simple pardessus en satin pour le chanteur, dévoilant un maillot très serré et des sandales de plage en plastique bleu transparent, le quatuor Pantin Plage nous régale de sa douce bossa nova. Plaisant, mais encore très frais pour que le set soit tout à fait fluide.

BOULE À FACETTES : Les Québécois de Le Couleur tentent une reprise disco pop de « Osez Joséphine »… pourquoi pas.

ENVOÛTEMENTS :

– Si la funk psychédélique du Grup Şimşek n’avait pas pris possession de nos corps, on resterait là, hypnotisé·e·s, à écouter la voix enchanteresse de Derya Yildirim. Comme une complainte, la main sur le cœur et le visage déchiré d’émotions, la jeune Turque livre un set entre composition originale et reprise de musiques populaires turques. Derya Yildirim & Grup Şimşek est un véritable petit bijou, dans la lignée du funk 70’s, bien groovy, qui a pris d’assaut la Turquie.

– La cold wave du duo Tropic of Cancer captive la foule. Les deux Américaines, élégantes et impassibles (pas un sourire, pas un mot), créent une ambiance sombre et intense. À voir en live pour un envoûtement total.

Le MIX TRANSCENDANT : Wael Alkak et ses musiques traditionnelles syriennes.

CARTON PLEIN : Deerhoof, c’est le groupe fondé par le batteur Greg Saunier qui  entrecoupe le set d’interludes de discours dans le français impec. Foncièrement sympathiques, les Californiens savent communiquer leur énergie. Quel plaisir de découvrir en live leur noise-pop-punk sur le chant et la voix enfantine de Satomi Matsuzaki : un mix détonnant !

FANS : And also the threes et son chanteur charismatique (et dont la gestuelle en dit long sur leur carrière – le groupe en est à son 13e album) ont devant eux un public constitué principalement de fans. La foule se délecte d’une performance aux petits oignons livrée par le groupe de post-punk anglais.

QUELQUES CHIFFRES : 1200 personnes sur les trois jours, 13 concerts et 60 artistes (de Turquie, Syrie, Sénégal, Danemark, Pologne, Canada, États-Unis, Angleterre, Allemagne, Italie, Suisse… et France).

>> Site Le Beau Festival

Texte : Laura Boisset

Photos : Abi Friard


Publié le