Longueur d'Ondes @ Printemps de Bourges 2018 Hyphen Hyphen ©David Poulain

Du 22 au 29 avril 2018 à Bourges

CADRE : Plein air, bars, salles variées et chapiteaux.

MÉTÉO : Variable, si la pluie domine les festivités et se déchaîne même le week-end, le soleil lui pique la vedette les jeudi et vendredi, permettant ainsi de vraiment sentir le printemps.

LES PLUS :

– Une belle diversité musicale comme tous les ans.

– Une véritable parité hommes/ femmes pendant  les concerts.

– La performance de Wilko & NDY aux Inouïs : un rap lumineux et joyeux même s’il reste encore un peu juvénile.

– Une programmation qualitative comme tous les ans qui donne la couleur musicale de l’année à venir…

– Le plus grand rassemblement des professionnels de la musique en France !

– De nombreuses découvertes.

LES MOINS :

– Comme tous les ans l’absence de passe pour les festivaliers qui doivent choisir un unique concert par soir et ne peuvent pas se balader de scènes en scènes.

– Le passage entre le W et le Palais d’Auron les vendredi et samedi : toujours aussi compliqué d’y circuler sans manquer les concerts.

– L’absence de sortie au Palais d’Auron le week-end forçant les spectateurs à emprunter le passage menant au W… Il faut donc compter plus d’un quart d’heure pour quitter la petite salle.

– Certains spectateurs trop alcoolisés au W les soirs de week-end qui fument au milieu de la fosse et se comportent de façon agressive. Il n’y a pas de mal à s’amuser mais ça peut se faire en respectant les autres.

– L’heure de passage de Therapie Taxi, un peu perdus au milieu du reste de la programmation à 1 heure 15…

– La victoire de Inouïes de L’ordre du périph, énième groupe de rap qui enchaîne les clichés comme des perles sur un collier. Pourquoi ?

– La prestation d’Angèle, qui est vendue comme une rappeuse, mais qui fait juste de la variété française à la sauce Brigitte

– Juliette Armanet, cataloguée de « nouvelle Sanson » (vibrato en moins), qui propose à Bourges plutôt une “soirée disco 80’s”, paillettes et boule à tango inclus ! Bof.

LA DÉCOUVERTE : Sélectionné aux Inouïs du Printemps de Bourges dans la catégorie rock c’est Princess Thaïland qui crée la surprise et se démarque de ses petits camarades. Le groupe de Toulouse mélange un rock puissant à des sonorités venues d’orient. Malgré une scénographie trop peu lumineuse qui laisse à peine percevoir le minois de la formation, les musiciens déchaînés assurent une prestation énergique en ombres chinoises. La chanteuse, enceinte qui plus est, offre tour à tour de la voix et des pas de danse envoûtants. Le public happé ne peut détourner les yeux de sa tresse qui vole dans les airs alors que la flûte prend le relais. Temps calmes et pogos se succèdent. Une claque complètement novatrice.

ROCK SAUCE BRITISH : Très attendu aux Inouïs, Tample est sur toutes les lèvres avant d’être enfin sur scène. Trop en retenue pour un live, le quatuor distille du rock à la sauce anglaise. Il y a du Tame Impala et du Klaxons dans ses notes qui flirtent avec l’électro. C’est pourtant la voix aérienne et parfaitement maîtrisée du chanteur qui fait s’élever la prestation et envoûte la foule. Une performance qui reste pourtant trop statique, dommage !

DÉTONNANTE : Claire Diterzi aime surprendre. Et elle réussit une fois de plus. Armée d’une “tragi-comédie musicale” (L’arbre en poche… anagramme du livre Le baron perché qui pose la question de l’émancipation !) elle propose (avec une petite troupe d’acteurs-chanteurs-musiciens-percussionnistes-danseurs et un contre-ténor), une allégorie qui prend sa source dans la religion pour mieux la fustiger, la gangrener de l’intérieur (« Embrase-moi sur le bûche ») et qui s’ancre dans un clair manifeste écologique : « Stabat nature dolorosa », « Je pleure tous les arbres de mon corps ». Du grand art !

L’HABIT NE FAIT PAS LE MUSICIEN : Lorsque Truckks s’empare du 22, toute la salle se met à trembler. Avec ses influences de dark metal à l’ancienne, la formation n’a rien à envier à un Children of Bodom dont ils ont déjà les capacités. La voix se fait dure et pousse de façon énergique et énervée sur de grosses guitares et une batterie déchaînée. Les murs tremblent, le sol suit. Surprise pourtant ! Point de tenues gothiques ni de maquillage pour nos acolytes. Sur scène quatre (très) jeunes garçons produisent cette mélodie si loin de leur apparence soignée. Le décalage est tel que Truckks devient instantanément inoubliable.

PAUSE POP : Présenté aux Inouïs dans la catégorie électro pop, Edgär multiplie ses influences. Le duo joue de son clavier pour évoquer Oasis et s’approprie des mélodies dignes de Justice. Aériens et posés, les morceaux se font parfois dansants, parfois enivrants et ont ce qu’il faut pour devenir des classiques instantanés. Avec une belle gestion de la salle et de son public, Edgär communique avec aisance et douceur, passant en revue les états d’âmes de la pop avec une poésie sans faute. Un joli moment comme une parenthèse rêvée.

PUNK ARC-EN-CIEL : 21 heures 40, Queen Zee débarque sur scène. L’accent de Liverpool à couper au couteau du chanteur n’est pourtant pas la première chose qui frappe. Son mini short noir, son soutien-gorge en cuir type SM retiennent l’attention. A son cou, sa hanse de guitare est aux couleurs du drapeau arc-en-ciel. Sur scène, ses acolytes et lui-même font larsener les guitares. Complètement punk et bien trash, Queen Zee est la révélation internationale du Printemps de Bourges 2018. Évoquant les New York Dolls mais avec une voix à la Johnny Rotten, nos véritables punk, comme on en voit beaucoup trop peu, utilisent l’humour britannique avec un dosage savant. L’occasion de chanter les difficultés à se trouver un conjoint ou dire « merde » à son ex en pogotant. Libérateur.

L’ANECDOTE : Ça va saigner ! Rentrer doucement dans l’univers de Bagarre pour mieux se laisser surprendre. Au W, le samedi soir, le groupe lance les hostilités. La salle se réveille et se déchaîne. L’unanimité fait loi : c’est une tuerie. Le chanteur de la formation finit par entrer dans la fosse sur “La bête”. Il s’allonge sur le sol alors que le public en transe le suit. Des cris bestiaux et érotiques se font entendre. Défendant l’amour universel, sans distinction de préférences, le groupe scande alors avec sérieux qu’à tous ceux qui ne croient pas en ce principe il répond « J’irai bien niquer ta mère mais je ne sais pas où elle habite… mais je sais où est la bête ». Les paroles deviennent un hymne repris en chœur par la jeunesse de Bourges. La bête c’est nous ! Nous le club immense qui devient convivial, nous qui partageons les même valeurs et les défendons babines retroussées prêts à attaquer.

LA CONFIRMATION : A bat les masques ! La Piéta a bien changé. Son identité secrète n’est plus. Alors son traditionnel masque de chat a choisi lui aussi de quitter la scène à pas de velours. La féline chanteuse, bien rodée, propose ainsi aux Inouïs de Bourges un set perfectionné qui ne laisse personne indifférent. À découvert et le corps recouvert d’inscriptions, elle se livre entièrement à son public, osant pousser le débat jusqu’à la liberté des femmes – le thème de Bourges cette année, avec son titre “La fille la moins féministe du monde”. Énergie pure, provocations, punk, rap, et morceaux les yeux dans les yeux avec un maximum de spectateurs, eux sont toujours de la partie. « J’vais me défoncer le cœur » dit-elle sur ses flyers. Promesse tenue.

JEU DE MIROIRS : Avec son nouvel album L’oiseleur, Feu! Chatterton tentait le pari de garder sa ligne entre java, jazz et chanson française à texte tout en sachant se renouveler. Alors prêt à s’envoler sur les routes de France, ce nouvel opus teste ainsi l’épreuve du feu sur le ring du Printemps de Bourges. Entourés d’un décors fait de miroirs, nos dandys d’un autre âge font de la scène une boite à musique géante qui reflète ses lumières. Le suspens ne dure pas, il suffit d’un morceau pour mettre définitivement l’Auditorium debout. Déchaîné, Arthur Teboul, le chanteur, vêtu d’un costume beige, se laisse aller à des pas de danse d’un autre temps et débite ses mots avec une puissance qui met tout le monde d’accord. Toujours aussi bluffant, les musiciens n’oublient pas d’inviter l’audience à faire l’amour, prendre le bateau ou encore à rester à Paname avec La Malinche. Est-ce la faute de ses spectateurs déchaînés si la salle tremble ? Ho Oui!

LE RETOUR DE L’ENFANT PRODIGE : Une seule année, c’est le temps qu’il a fallu à Eddy de Pretto pour passer du statut de découverte des Inouïs à celui de tête d’affiche du festival ! Parfois critiqué, parfois adoré, le chanteur aux tenues inimitables fait un pied-de-nez à ses détracteurs au Palais d’Auron. Acclamé par la foule avec pour simple arme son micro et une configuration scénique minimaliste, Eddy pique avec ses textes acides. Arpentant la salle d’un bout à l’autre, le voilà qui lâche ses maux face à une audience qui les accueille avec douceur et bienveillance. Sur un titre, les flashs des portables illuminent la salle à sa demande, le Palais devient un ciel étoilé face à un chanteur mis à nu qui se révèle de titres en titres. Si son album s’appelle Cure, la scène lui va bien au teint. Jusqu’à “La fête de trop” et les difficiles au revoir d’un Printemps qui voudrait le morceau de plus.

ON APPREND LES BASES : Depuis la sortie de La fête est finie, Orelsan est passé du statut de super star à celui d’idole absolue. Son troisième passage sur le Printemps est des plus attendus côté spectateurs… mais aussi du côté de l’artiste. Après tout, l’événement avait choisi de le soutenir alors qu’il vivait une polémique ravageuse concernant l’éventuel caractère sexiste d’un de ses premiers titres. Aujourd’hui adulé de tous, Aurélien fait une entrée bluffante sur la scène d’un W plein à ras bord. Alors que certains sont contraints de suivre les festivités hors du chapiteau géant, le rappeur balance d’entrée “La fête est finie” pour mieux faire mentir ses paroles. Il ne faut attendre qu’un titre pour enfin se déchaîner sur “Basique”. Avec sympathie et humour, le maître de cérémonie va chercher chaque personne d’une assistance majoritairement adolescente pour lui proposer de devenir une sorte de grand frère qui ose balancer avec bienveillances toutes les vérités qu’il a apprises. “Basique” sera interprétée trois fois, dont une fois en duo avec Ablaye mais c’est bien “La terre est ronde” qui fera chanter toute la salle. Une leçon de vie conclut ce set : “Note pour trop tard”, retour d’expérience du chanteur à l’adolescent qu’il a été, sert ici de plaidoyer adressé à une jeunesse qui reproduit les mêmes schémas. Simple.

UU RHUM COCA ? Il y a un an Therapie Taxi jouait déjà à Bourges, mais devant un public restreint qui ne devait pas excéder les 70 personnes. Une seule année plus tard, le groupe prend déjà possession du Palais d’Auron. Il est 1 heure 15 du mat’ lorsqu’il monte sur scène. En tenue décontractée (le chanteur finira même torse nu), le groupe se donne la réplique et parle à l’assistance. Bourges ou pas, la voilà plongée dans un “Coma idyllique” et de retour à “Pigalle”. L’occasion pour les musiciens d’offrir une grande bouteille de rhum coca à ses convives et de la balancer dans la foule. Branché pile ce qu’il faut, Thérapie Taxi est sans aucun doute le phénomène “mode” des connaisseurs du moment. L’énergie déployée en fin de course sur “Hit sale” et “Salope” côté scène comme côté public ne laisse aucun doute quand à la puissance fédératrice de la formation. Il lui faudra néanmoins continuer à tourner encore un peu pour atteindre le sans faute. Puisque, si la scène est un jeu, il faut savoir s’y révéler et pas uniquement s’y cacher derrière des attitudes fabriquées.

SAUTS ET POLITIQUE : Véritable bête de scène, pas besoin de le dire encore une fois tant c’est un fait prouvé, Mat Bastard réveille le Palais d’Auron. Entre humour et chanson, le rockeur s’attire les faveurs d’un public prêt à tout pour satisfaire ses folies. Au programme des sauts et un peu de politique avec un premier doigt d’honneur à Marine Le Pen mais surtout une excursion dans la fosse pour le chanteur… et ses musiciens. Décidé à faire passer son message pour de bon, il se déplace avec son orchestre au milieu de la fosse, batterie incluse pour dire à son public droit dans les yeux et pas du haut de son estrade que “La jeunesse emmerde le Front National”. Reçu 5 sur 5.

FRONT DE LIBÉRATION DES ANIMAUX : Pendant le concert de Mat Bastard, dans la foule un jeune homme a pensé bon d’accrocher un gros ballon d’hélium en forme de dauphin à son sac pour être facilement repéré par ses copains. Pas de chance, l’initiative cache la vue aux spectateurs dans les gradins qui se mettent à scander « Libère le dauphin ! » en chœur. A tel point que le chanteur est obligé d’intervenir « Tu devrais le libérer, tu t’es fait un paquet d’ennemis ! » Une coutume qui sera reprise plus tard le même soir au 22 Ouest pour qu’une licorne soit elle aussi relâchée!

GRANDES DAMES : Catherine Ringer et Véronique Sanson. La première a retrouvé tout l’allant d’antan (et sa forme svelte aussi) avec une énergie-tornade ponctuée d’une tendresse touchante. La seconde renaît une nouvelle fois de ses cendres avec une pêche d’enfer ; et même si elle ne quitte pas trop des yeux ses différents prompteurs, elle nous embarque dans son univers unique avec bonheur. « Seniors ? J’adore ! »

LE GRAND MOMENT : Le deuxième album d’Hyphen Hyphen, HH, sortira le 25 mai prochain, une bonne raison de se rendre à Bourges pour tester en public les nouveaux morceaux. Et c’est une réussite. Samanta Cotta surprend avec sa voix puissante alors que la formation donne une véritable leçon de maîtrise du live. Les musiciens maquillés d’un trait noir sous les yeux sont très présents au côté de la blonde déchaînée qui n’hésite pas à se jeter dans la fosse. Les minutes passent bien trop vite alors que le Palais d’Auron s’embrase entre les notes pop, rock et électro de la talentueuse formation. Une véritable tuerie!

ROCK IN A CHURCH : Chaque Printemps de Bourges a ses off notoires. Et qui dit grand festival dit toujours Rock in Loft. L’association propose, dans des lieux atypiques et tenue secrets jusqu’au dernier moment, de venir écouter une programmation aux petits oignons en buvant un verre et grignotant un bout. Cette année, fort de ses précédent succès, c’est une jolie chapelle, histoire d’avoir de l’espace, qui a été sélectionnée. Six artistes sont programmés. En avant-scène des fleurs et des cierges ; derrière pizzas, charcuterie, bonbons, fromages, tapenade et même Champagne défilent de mains en mains. La programmation soignée joue la carte de l’éclectisme. Head on Television, I ME MINE, les sœurs de Comme John, les jumelles d’Où est Charlène?, Red Money, Nans Vincent et La Bronze s’y succèdent portés par l’acoustique de ce lieu magnifique. Le parvis permet de profiter du soleil entre deux performances. Une réussite totale !

A CAVELLA : C’est dans la cave d’une maison de particuliers que les concerts se sont poursuivis en off, pour les après-midis Showcaves .  ARM y joue en duo un rap aux accents grave, cherchant à donner corps à son propos. Slim Paul lui succède avec une entrée à capella. Voix grave et chaude transporte alors l’assistance dans le désert américain, les instruments se joignent à la partie pour que  rock, blues et country ne fasse plus qu’un. Le public n’en perd pas une miette.

Ô CANADA ! Tout le jeudi, le Canada est à l’honneur avec l’évènement Spécimens canadiens qui se tient à la Prairie. Au programme: des activités et des showcases prévus à différentes heures de la journée: brunch très complet, goûter et même poutine la nuit pour se donner un peu d’énergie. La programmation elle aussi est aux petits oignons : Avec pas d’casque, Mappe of, La bronze, Milk & Bone se succèdent en journée alors que dés minuit Pierre Kwenders prend les platines pour faire danser la foule. Une immersion totale. C’est bien le fun!

L’AN PROCHAIN : Cette année le festival a compté plus de 80 000 entrées soit un millier de plus que lors de son édition 2017. L’année prochaine le Printemps reviendra du 16 au 21 avril pour sa 43ème édition prêt à battre ce nouveau record. Son mot d’ordre sera européen puisqu’il aura lieu quelques jours après le Brexit !

 

>> Site du Printemps de Bourges

Texte : Julia Escudéro & Serge Beyer

Photos : David Poulain


Publié le