Des dunes ensablées de Lacanau à celles autrement plus étendues du Sahara, un groupe a tenté le grand écart. En résulte une dream pop kaléidoscopique, dont l’esthétique sonore chasse les idées noires, formulant de fait une ode à l’espoir.

Perchés entre rêve et réalité, les deux tourtereaux de Sahara ont fait vœux d’épouser la liberté, et quand l’amour donne des ailes, le bonheur n’a plus rien d’artificiel, comme le confirme Blandine Millepied, dont les vocalises éthérées résonnent comme un appel à lâcher du lest. “L’amour est incontestablement le sentiment récurrent de notre album. On pourrait presque dire que chaque chanson en est une déclinaison : faire l’amour, le partager mais aussi la peur de le perdre. L’espoir et la quête d’un monde meilleur sont aussi des sentiments qui nous ont porté durant l’élaboration du disque”.

Le binôme a pris son temps pour composer son premier long format, s’éloignant ainsi des logiques industrielles en vigueur et s’affirmant artistiquement dans une indépendance source d’oxygène. “Le fait de distribuer gratuitement notre disque sur Bandcamp part d’une volonté de le rendre accessible à tous. Si les gens veulent nous supporter financièrement, ils viendront à nos concerts ou achèteront nos vinyles. De même, nous n’avons pas recherché de label pour la sortie du disque. Il est certain que cette indépendance nous a permis toutes les libertés”.

Une conduite qui aura mené les Bordelais loin de leur terre d’origine, dans le désert du Sahara, un lieu reflétant les aspirations créatrices du couple. “Le Sahara était un fantasme. On aimait l’idée d’une parenté entre notre musique et celle d’une vaste étendue ouverte et sans limites. Cela nous ramène à cette imagerie du sable infiniment petit comme composant de l’infiniment grand. Les dualités les plus extrêmes peuvent se côtoyer dans ce genre d’espace. On tenait absolument à le découvrir avant la sortie de notre premier album”.

Si le réel tient une place importante dans l’élan artistique du groupe, la recherche d’un onirisme comme échappatoire est aussi un arcane prépondérant dans la formulation de ce premier disque, tel que le précise Jérémy Lacoste : « Dans notre vie quotidienne, la rêverie se lie à nos divertissements ; la musique certes, mais aussi les jeux vidéo indépendants comme FEZ, Braid ou Undertale. Ces jeux sont très poétiques et influencent notre univers musical. Dans le titre “Child”, nous crions notre volonté de conserver notre âme d’enfant afin de s’étonner de tout. Il faut garder son innocence face au monde et continuer à croire aux mythes et aux fables”.

Ainsi naquit ce disque haut en couleurs, tel l’arc en ciel qui surgit spontanément d’une ambivalence météorologique. Sans contrastes les formes disparaissent et avec elles les reliefs, aboutissant au final à l’uniformité des goûts et des couleurs. Mais qui voudrait d’un tel monde ? Certainement pas ces doux rêveurs qui en baptisant leur premier opus Colibri font acte d’un certain geste totémique. “ “Colibri” est la première chanson que nous avons composé, elle existait avant la création de Sahara. C’est donc le point de départ de l’aventure. C’est une sorte de berceuse, la première phrase qui en est tirée est issue d’une chanson traditionnelle lettone. Elle parle d’une personne fuyant sa misère actuelle par la mer. Elle se confie à un colibri et lui demande de veiller à ce que sa barque l’emmène dans un monde meilleur. Cet animal est ici le symbole d’une fuite de la réalité, de la quête d’un monde meilleur. L’actualité et l’universalité du message ainsi que la qualité intemporelle des berceuses ont été décisifs pour faire de cette chanson notre hymne”. Un message qui ne saurait pas mieux rappeler les dires de Shakespeare tirés d’Un songe d’une nuit d’été : “Nous sommes de l’étoffe dont les rêves sont”. Rêver c’est donc être, sachons y consacrer tout notre temps…

Texte : JULIEN NAÏT-BOUDA

Photos : FLORIAN DUBOE

Colibri

Autoproduction

En huit titres Sahara parvient à exploser de nombreux codes musicaux. La recette, un songwriting décousu mais qui ne perd jamais le fil, mis au service d’un psychédélisme dont les formes changeantes glissent sur l’oreille avec calme et volupté. Jamais redondants, les morceaux déployés se refusent à tous carcans, embrassant à plein poumon l’air de la liberté. « Notre musique est très liée au live », explique Jérémy. « On pousse généralement l’impro jusqu’à la perte de contrôle, l’oubli de soi-même, on se met dans une sorte de transe. J’aime savoir où l’on va sans savoir comment. » Cet oiseau se refuse donc à toutes cages si dorées soient-elles…


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