Enfant de Diabologum, le groupe Summer déverse avec parcimonie une vision épurée et très cynique de la société. Confirmation avec Front wave, un dernier essai qui ne déroge pas à la règle d’un groupe sans équivalent.

Summer ferait donc de la Front wave. « Une radio nous a inventé cette étiquette, indique avec brin d’ironie Jean Thooris, l’âme de Summer, auteur et journaliste. C’est de la cold-wave post-punk, mais avec des textes en français ». Nous y voilà : le groupe jette avec virulence dans la langue de Molière des mots sans enrobage sur des déferlantes de guitares. Particularité, Jean aime brouiller les pistes, tant littéraires que sonores.
Intituler le premier morceau de l’album “Été” n’est donc qu’un troublant concours de circonstance, même si ce titre vieux de quatre ans relate une rupture… estivale. « Nous avons débuté il y a une vingtaine d’années, à l’époque de Diabologum. Peu de groupes chantaient en français. Notre nom, c’était un hommage à l’actrice Summer Phoenix. Elle jouait dans un film d’Arnaud Desplechin, Esther Khan ». Si Summer a alors puisé son inspiration du côté du 7ème art, c’est d’abord parce que Jean et Louis-Marie, la colonne vertébrale de la formation, fréquentaient la même école de cinéma à Montpellier. « Nous avons flashé ensemble sur cette actrice, cela nous paraissait logique de donner un prénom féminin à notre projet musical ».
Issu du conservatoire, Louis-Marie maîtrisait alors déjà parfaitement la musique, pas Jean. « Jamais je ne m’étais imaginé me retrouver derrière un micro. Puis nous avons créé ce groupe. Marion, la cousine de Louis-Marie, nous a rejoints avant de se consacrer à ses projets personnels. Depuis trois ans, Baptiste est notre deuxième guitariste ». Le trio délivre une musique à la noirceur profonde, un peu dans l’air du temps même si Jean s’en défend : « À aucun moment je n’ai écrit les textes en pensant à l’époque. Il y aurait eu le risque de faire des textes engagés, et je déteste cette idée. Pour moi, politique et rock français ne fonctionnent pas ensemble du tout. Je déteste l’engagement en musique ».
Il n’empêche, avec ses lignes mélodiques vrombissantes et ses riffs de guitares imposants, Summer délivre une musique urbaine très noire. « On a un état d’esprit assez sombre » confirme Jean. Un effet renforcé par un non-chant imposé par les limites vocales du chanteur. Celui-ci scande plus qu’il ne chante pour finalement raconter des histoires intimistes qui touchent au cœur. « On essaie que chaque mot ait un sens caché ou renvoie à une émotion précise. Difficile d’aller plus loin dans ce travail d’épure. Nous réduisons les phrases d’une manière stratégique, donc fatalement du sens se perd ».
Si on ajoute à cela un mixage qui ne met pas la voix trop en avant, on obtient la formule savante de Summer. « On cherche le juste équilibre, que l’on entende autant la musique que la voix et les paroles ». Conceptualisé comme un vinyle avec une face A et une face B, à la manière du précédent album, Hot servitude, sorti en vinyle, Front wave adapte les codes ancestraux au digital, en réfléchissant à l’agencement des morceaux selon deux faces. « Cela nous avait permis de trouver une construction qui se tenait, qui révélait quelque chose ».

« Pas très débrouillard pour trouver des dates », Summer va néanmoins se produire avec parcimonie. Avant sans doute d’à nouveau se torturer l’esprit pour retrouver des thèmes d’inspiration dans un objectif « d’épure absolue ».

Texte : Patrick Auffret

Photos : Denoual Coatleven

Front wave

Autoproduction

Musique et cinéma : les huit titres de l’opus ont une même force cinématographique. Plusieurs racontent la relation aux femmes de l’auteur. Wynona est l’une d’elle, retranscrite en hommage à l’actrice Wynona Rider. D’autres, à l’image de “Dieu est mort”, sont des illustrations sonores des films préférés du cinéphile Jean Thooris. « Ce morceau s’inspire du film Possession, d’Andrzej Zulawski. Je suis fanatique de ce film qui questionne sur la part du diable qui sommeille en chacun de nous, avec l’idée de non-présence de Dieu sur terre, d’où l’idée du chaos. Cela m’a fait marré d’appeler un morceau “Dieu est mort” alors que pour moi il n’a jamais existé. C’est assez ironique aussi ».


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