Tout feu, toute femme

Et si en incarnant divers visages de la femme, la pop détropicalisée de Kristel pouvait réconcilier l’occident avec la périphérie africaine ? C’est en tout cas le pari brûlant de cette artiste malgache. Top 4 des raisons pour lesquelles son histoire impossible pourrait créer la surprise...

 

#Pays

Loin de la carte postale du film d’animation du même nom, Madagascar parade sur le podium des pays les plus pauvres et corrompus du monde… Pas étonnant que s’y côtoient le tourisme sexuel, un président ex-comptable de trafiquants de bois rose ou encore certains flics louant leur kalachnikov aux voyous… La survie est partout. Et la musique ? Quelle musique ? Avec des droits d’auteurs inexistants, des styles endémiques, des groupes pouvant atteindre jusqu’à 15 musiciens sur scène, le coût exorbitant du transport aérien, l’attention médiatique captée par la voisine réunionnaise et un pays (1,5 fois la France) électrifié qu’à 23%… Hum. Il y a des terres plus propice à l’émergence.

 

 

#Producteur

Ancien prisonnier politique et producteur du 1er film malgache présenté à Cannes (Tabataba, 1988), Gilles Lejamble est pourtant pharmacien de profession… Mais même son métissage franco-malgache n’a eu raison de sa douce obsession : la reconnaissance de l’ancienne colonie française, boudée par la communauté internationale. Après donc avoir monté la seule industrie de médicaments pharmaceutiques de l’île, le sang-mêlé a lancé son propre festival en 2013 : Libertalia music. L’idée : redonner confiance et espoir grâce à des repaires culturels. Une volonté déclinée ensuite via un label, un studio d’enregistrement… et un partenariat avec Solidarité Sida (le pharmacien, toujours).

 

#Pionniers

Vous connaissez Les Surfs ? Mais siii, ce tube des 60s : “À présent, tu peux t’en aller“. Hé bien les six frères et sœurs du groupe étaient malgaches. Mieux : ils ont fait le tour du monde et partagés l’affiche avec des Claude François, Sheila, Sacha Distel, Dalida… Depuis, Madagascar a produit de grands jazzmen, certes, mais trop érudits pour passer le cap de la niche. Jusqu’en 2015… The Dizzy Brains, une des premières prods Libertalia, balourde un rock resté dans son jus, avec une contestation à fleur de peau et des formules qui claquent (« Nous ne sommes pas punks, c’est le pays qui nous oblige à l’être »). De quoi squatter les Trans Musicales où ils seront adoubés  « révélation de l’édition ».

 

 

#Artiste

Loin de l’esprit léger/yé-yé des Surfs ou du garage revendicateur des Dizzy Brains, la bassiste Kristel incarne une 3e voie/voix pertinente : celle d’une pop-électro internationale ne reniant pas ses racines. Fêtarde, croqueuse d’hommes, mère de famille et leader de son trio… L’artiste explose les clichés et s’inscrit autant dans la tradition que dans le renouveau de la figure féminine africaine. Après un passage sur Arte et au maMA event (Paris), que dire de plus quand on sait que le projet s’est réalisé sous le parrainage de Marc-Antoine Moreau (Amadou & Mariam, Africa Express, Manu Chao…) avec Jean Lamoot (Bashung, Noir Désir, Dominique A…) aux manettes ? Du bigger than life. Rien que ça.

 

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TEXTE : Samuel Degasne

PHOTOS : David Poulain

 


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