Un nouveau souffle lumineux

Après quelques années d’absences, le duo toulousain composé de Nina Goern et Yohann Hennequin revient les bras chargés d’un deuxième album, Neon (Tôt ou tard). Un retour placé sous le signe d’une pop lumineuse aux mélodies élégantes et mélancoliques que les interprètes de “Sirens call” présenteront dans une prochaine tournée. Récit de confessions félines en 7 variations.

 

 

Tube(s) fluorescent(s)

« Cet album est le résultat d’une évolution profonde pour Yohan et moi. Nous n’avons cessé de composer des morceaux pendant la tournée précédente, enregistré des petits bouts d’idées dans nos téléphones. Chaque idée correspondant à un instant de vie, une émotion, une image, une rencontre. À la fin de la tournée, la fatigue aidant, nous avons naturellement regardé ailleurs et laissé ces petits instants dans un coin bien au chaud. Nous avions ce besoin presque viscéral de nous retrouver séparément et ensemble différemment. Lorsque fut venu le temps de se remettre au travail, nous avons réécouté chaque morceau, mis en commun des idées nouvelles avec un regard complètement différent. Nous avions envie de couleurs, de danser, chanter en chœur, de battre le rythme, d’aller au bout de chaque idée même la plus farfelue, chanter nos histoires avec une émotion pure et revenir à l’essence même du projet. Le piano, le chant, le rythme, l’authenticité étaient au centre de tout. C’est pour cette raison que nous sommes partis des idées les plus simples. Il ne sert à rien de se perdre dans des couches d’arrangements pour donner vie à une chanson. Il faut qu’elle égaye dans un premier temps l’oreille et le cœur dans son plus simple appareil. Notre directeur artistique et ami Pierre Rougean nous a poussés et aidés à cela. Ce n’est qu’après cette première étape que nous avons décidé de mettre deux ou trois chansons dans les mains d’autres « artistes producteurs » comme Angelo Foley par exemple et partager d’autres visions. Pour le reste de la production, nous nous sommes fait confiance (avec nos quelques sons un peu désuets parfois) peut-être pour la première fois. Il est tellement difficile de donner une couleur à cet album. Au premier degré, je dirais qu’il est bleu. 🙂 »

Inspirés de faits réels ou pure fiction ?

« Chaque chanson raconte une histoire vraie. Mais nous nous plaisons à les transformer en histoire onirique. Un peu comme une fiction inspirée de faits réels. Nous parlons de tout, d’amour, de famille, d’amis, d’histoires d’amis. La méthode de composition est restée presque la même. Sans ego, chacun propose une ou plusieurs idées et nous allons au bout de chacune d’entre elles. L’écriture des textes se fait aussi à deux. Nous sommes très proches et n’avons aucun mal à raconter l’histoire de l’autre. »

13.11.15

« Ce jour-là nous nous produisions en concert à Toulouse. Tout le monde savait et il fallait jouer malgré les visages tristes et inquiets autour de nous. L’ambiance était effroyable. Et pourtant, il fallait continuer. “ Keep on dancing ”, c’est cela. Ne pas s’arrêter de jouer, ne pas s’arrêter de danser, c’est un moteur quotidien qui ne doit pas s’arrêter de tourner. Il ne fait pas revenir en arrière, mais aide à aller de l’avant. Nous avons confié la réalisation du clip à Beatrice Pegard-Ferry. C’est une fille talentueuse et solaire. Nous avions adoré le clip qu’elle avait réalisé pour Grizzly Bear à la fois dans son scénario et sa texture. Et avec la liberté que nous lui avons laissée, elle a réinterprété la chanson et l’a emmené dans une autre époque. »

Carnets de route

« Nous avons toujours vécu nos live avec beaucoup d’intensité. La générosité du public nous a toujours poussés à rester nous-mêmes, avec nos qualités et nos défauts d’humains. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai oublié des paroles, où nous nous sommes trompés dans la setlist. Nous sommes un peu dans les nuages dans la vie et cela se ressent sur scène. Mais nous ne pourrions pas faire autrement. Nous vivons notre live comme une discussion avec les gens. Nous parlons avec la musique, mais aussi avec des sourires et nos émotions. Pour ce deuxième album, nous nous sommes entourés de trois musiciennes hors pair. Deux violonistes et une violoncelliste qui se sont volontiers essayées aux chœurs, claviers et percussions. Nous voulions que tout soit joué ou réinterprété. Nous avons poussé les contrastes, sommes allés un peu plus loin dans la création du « spectacle », mais je ne peux trop en dévoiler… »

Réminiscences félines

« Elle est loin maintenant cette signification de Cats on Trees… On a toujours décrété que nous nous appelions ainsi parce que nous étions complètement perchés. Je pensais que cela s’arrangerait avec le temps, mais nous sommes toujours autant sur orbite. Quelque part. Par là-bas… Lorsque nous sommes ensemble, l’addition de lui + moi génère parfois des situations socialement intéressantes : coincés à La Paz en Bolivie, des gaffes monumentales lors de dîners importants, des fous-rires sur scène, ce moment incroyable où j’ai demandé au public les paroles de “Flowers”… Notre label s’arrache parfois gentiment les cheveux avec nous. Des moments comme cela j’en compte par centaines. Mais c’est aussi cela qui nous lie et fait que nous nous comprenons si bien. Des souvenirs partagés, si j’écrivais le début d’une liste :

  • Les montagnes colorées du Pérou au retour d’Uyuni,
  • Le « windy » festival du Great Escape, 
  • Ce riff de “Black lips” trouvé par hasard en jouant sur la molette du Nord Piano,
  • Time Impala, Beach House, Radiohead, Daughter au Primavera Festival,
  • Les arrangements de “Keep on dancing” trouvés soudainement dans ma chambre,
  • Les après-midis passés à écrire nos textes au café le Concorde à Toulouse, 
  • La genèse de “Tikiway” dans un club en Allemagne,
  • La fête du clip de “Keep on dancing” à Los Angeles où nous avions perdu l’endroit où nous dormions,
  • Le point de vue sur Cape Town en Afrique du Sud, la nuit… puis le matin,
  • Les ballades en vélo pour nous réconcilier. »

Pop music ou musique pop ?

« Pour nous, faire de la pop, c’est composer une chanson unique après avoir regardé des films, vu des expositions, après s’être ouvert à tous les styles musicaux. La pop c’est avant tout un bon morceau, unique en son genre, qui dévoile l’artiste qui l’a écrit. Je pense à Sufjan Stevens par exemple. Lorsque tu écoutes une de ses chansons, tu voyages à travers les modes musicaux, les époques, les genres. C’est sublime. Je pense aussi aux magnifiques chansons de L (Raphaële Lannadère), Foé ou encore The Blaze. Quand nous avons commencé à créer tous les deux, l’anglais s’est plus ou moins imposé à nous, car au-delà d’être une langue universelle, elle était surtout pour nous au service de la mélodie. C’était donc évident. Pourtant, un morceau de Cats existe en français, “Les Bateaux ”. Ce sera peut-être le premier morceau d’un nouvel album multilingue… Qui sait… »

Et demain ?

« Demain… Il nous tarde demain, car il annonce le début de la prochaine tournée. Nous avons pensé le spectacle comme une histoire, un film avec un début, un milieu et une fin. Cette tournée sera encore l’occasion de découvrir des artistes et vivre les prochaines histoires que nous raconterons dans l’album suivant. »

Une série de concerts est d’ores et déjà annoncée dont une date à la Cigale, le 16 mai 2018, à Paris.

>> Site de Cats on Trees

Propos recueillis par : Sébastien Bance

Photos : Louise Carrasco


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