Le chantre du punk hexagonal

Artiste visionnaire, pilier fondateur du groupe culte Les Sales Majestés, Arno Futur est toujours en pleine expansion. En mode solo, l’homme libre file à plein régime dans son bolide et se fait le porte-voix de sa génération. Celle qui depuis les années glorieuses du punk n’a jamais lâché la bride de la révolution.

En 2016, il se décide à former son “garage band” de rêve et fait appel à des musiciens solides comme le rock béton dont il est composé. L’album Cannibal… Tout ce qui nous dévore (Rusking Records) en sera la pure concrétisation. Complice des Hurlements d’Léo et de Napo Romero, frères de sang du projet Hommage à Mano Solo, le prolifique créateur prêtera sa voix et sa formidable expérience lors d’une conférence au FGO Barbara, à Paris, le 3 février dont le thème semble conçu sur mesure : Réussir dans le punk.

Le punk, mort ?

Cette conférence est organisée par deux sommités en matière d’histoire du punk en France : la musicologue Solveig Serre et Luc Robène, historien et guitariste à la feuille de route bien remplie, ex-membre de Noir Désir, du groupe Kick et de l’École du Crime dans les années 90. Ce dernier porte également le chapeau de Président fondateur de l’Association pour l’évolution de la musique (AEM). Le projet mené par ces deux érudits à qui l’on doit l’étude Le punk est mort, vive le punk ! La construction médiatique de la nostalgie punk dans la presse spécialisée française (L’âge d’or. Médias, mémoires, nostalgie, septembre 2014) bat son plein depuis un an déjà, sous l’évocateur acronyme PIND :  Punk is not dead !

 

 

Une rencontre au sommet pour raviver la flamme du courant musical né il y a quatre décennies avec de dignes rebelles du mouvement… et réfléchir à sa continuité. C’est en 1976 et 1977 que se propage en France la fièvre punk. Et en français dans le texte ! La grogne et la contestation résonneront lors du festival de Mont-de-Marsan, par le concours de groupes devenus culte dont Kalfon Rock Chaud, The Police, The Clash, Asphalt Jungle, Marie et les Garçons ou Strychnine.

Quelle révolution au 21e siècle ?

En conviant Arno Futur au tournant de sa carrière, le tandem a visé juste. Il y déballera son expérience et ne manquera pas d’offrir une performance live, propulsé par son rugissant “Cannibal intérieur”. L’auteur-compositeur-interprète secoue toujours autant les esprits, avec de fracassantes réflexions sur l’ingérence du numérique et du Web (“Big brother”), la montée de la droite et son intolérance (“Je suis un problème”), la malbouffe (“Junk food”) et la violence urbaine (“Serial killer”). L’artiste s’invective avec lucidité sur l’emprisonnement d’un système cloisonné par l’emprise des banques, des entrepreneurs, patrons, politiques, et les marasmes de la surconsommation. Sa mise en garde est alarmante : « Attention à ne pas se faire dévorer par des choses qui nous paraissent très attractives et nous conditionnent dans un système d’auto-dépendance. » Ses références ? Parabellum, Les Cadavres, Sheriff et même un certain Mozart, premier punk selon lui, abandonné à la fosse commune, “anar” en son temps.

 

 

Arborant une tenue de scène noire sur laquelle est gravée “Survivre, c’est mourir au ralenti”, empreinte laissée par son pote Vérole, voix des Cadavres, formation déterminante du punk émergeant en 1979, Arno Futur y puise sa philosophie de vie, son phare dans la pénombre. Une adhésion renouvelée du “No Future” de sa fratrie anti-bourgeoisie. L’adepte d’aïkido affiche une mine de Jedi, prêt comme jamais à défendre son art, celui de la contre-culture, sa courroie existentielle. Il en a d’ailleurs fait la démonstration en suivant les pas de Mano Solo et l’hymne des Frères Misères “La Révolution”. Dans son gosier enflammé d’idéal et lucidité, ces paroles trouvent une paroi rugueuse où s’immortaliser : « Et mourir, ça fait du bien, quand t’attends vraiment plus rien ».

>> Site de Arno Futur

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Texte : Hélène Boucher

Photos : Christine Foulon

Publié le