©Fabrice Lassort @Coup de Coeur Francophone - Longueur d'Ondes
2 au 12 novembre 2017, Montréal (Québec)

LA CARTE D’IDENTITÉ : L’un des plus anciens festivals du Canada qui met en lumière le francophone dans tous ses états à travers tout le pays. Point culminant : Montréal avec 19 scènes pour 120 artistes. Mais ne pas oublier qu’il y a aussi 45 autres villes qui proposent 175 spectacles dans 75 salles. Un vrai « carrefour des découvertes » !

 

CADRE : Diverses salles de Montréal ouvertes au public (et aux 40 pros internationaux invités).

 

MÉTÉO : Les premiers froids accompagnés de vent tombent sur la ville, mais la neige ne pointe pas encore son museau. Bonnets et écharpes de rigueur !

 

NOUVEAUTÉ : La série “Au cœur de la nuit” dès 22 h pour les musiques émergentes, rock, pointues et “hors conventions”…

 

REVUE ET CORRIGÉE : La salle “L’Esco” sur Saint-Denis qui s’est transformée de bar-rock underground à mini-salle de concert digne de ce nom. Un toilettage que ferait bien d’appliquer aussi son cousin sur Saint-Laurent « Le divan orange »…

 

LES PLUS :
– La diversité musicale qui reflète bien l’état d’esprit de cette ville ouverte !
– L’examen de passage réussi pour la nouvelle programmatrice, plutôt rock, Isabelle Ouimet.
– L’idée du show “J’aurais voulu être un artiste”, ou les chanteurs et groupes sont dans la salle alors que se sont les producteurs, manageurs ou labels qui sont sur scène ! Original et fun.
– Et toujours l’accueil convivial de toute l’équipe du festival, permanents et bénévoles !

 

LES MOINS :
– Certains shows de 20 h ou de 22 h qui démarrent ¾ d’heure plus tard… minimum !
– Le vestiaire « obligatoire » dans certaines salles… alors qu’ils laissent la clim qui balance du chaud comme du vent froid glacial en pleins concerts !

 

LES CONFIRMATIONS :
Saratoga, duo éminemment sympathique dans lequel chacun se reconnaît. Folk doux, tendresse amoureuse, humour en filigrane. De la chanson-dentelle.
Martin Léon en show-concept : il lit, chante, slamme, passe des vidéos en racontant la création de son album Les atomes en Asie.
Ariane Mahrÿke Lemire d’Alberta, toujours aussi à l’aise sur scène et plus rock qu’avant. Ses textes restent à être peaufinés…
Louis-Philippe Gingras de Rouyn-Noranda, rhabille ses “tounes” énervées de violoncelle, piano et violon et ça fonctionne superbement.
Keith Kouna, sorte de Wampas québécois, est une vraie rock-star dans son pays !

 

 

LES DÉCOUVERTES :
Ellemetue : improbable duo de synthés 80’s en nappe et d’une chanteuse en onomatopées au look Mylène Farmer à Halloween…
Mon Doux Saigneur : quintette branché guitares avec chanteur aux yeux fermés.
Tendre : trio distordu, psyché, nonchalant et jouant sur le dissonant.
Aude Maudet : jeune fille moderne qui assure plus dans ses transitions parlées que dans ses chansons poppies.
Vaero de la Saskatchewan : gracieuse, intense, elle chante (à la guitare, aux synthés comme au violon) sa renaissance après un accident de voiture.
Marie-Claire : groupe pop-grungy prometteur aux réminiscences Stinky Toys des eighties.
– Julie Aubé, l’une des trois Acadiennes des Hay Babies qui se lance en solo avec son folk mélodique qui ne demande qu’à mûrir.

 

AUTOCHTONES : Enfin la relève est là ; les musiques d’aujourd’hui se mêlent à celles, ancestrales, des Indiens. Belles preuves : Matiu, excellent mix rock et chanson et Shauit et son band reggae avec section cuivres. On en redemande.

 

 

ON AIMERAIT AIMER Lydia Képinski et sa poésie rock barrée. On l’a vue un soir où elle manquait totalement de communication avec le public, ce qui nous a coupé de son show. Mais on ira la revoir avec plaisir pour changer d’avis, persuadés qu’un vrai talent est là.

 

SOLIDARITÉ : Il y a quelques temps un grave incendie a ravagé la maison centrale du Festival en chanson de Petite Vallée en Gaspésie (sans dommages humains). Un élan de soutien dans le monde du spectacle au Canada, et bien au-delà, s’est aussitôt mis en place (voir ici) pour rebâtir La Vieille Forge et des shows de solidarité se sont mis en place un peu partout (récoltant à ce jour déjà un million de dollars, un bon début). Celui du Coup de Cœur au Lion d’Or (savamment orchestré par Manuel Gasse) est particulièrement réussi grâce à Bori, Antoine Gratton, Klo Pelgag, Moran, Alexandre Desilets ou Joseph Edgar… Un drame qui se transforme en « tsunamour » autour d’Alan Côté et son équipe.

 

 

SUISSE : le trio SANDOR fait revivre la dark-pop énervée des années 80 avec brio alors que le gracieux duo Meimuna offre des chansons intelligentes et raffinées.

 

LE DÉFI VioleTT Pi en demande spéciale : il doit chanter assis en quasi acoustique ! Mélodies dénudées, place aux textes. Voir le reportage de Boulimique de Musique.

 

 

L’AUTRE DÉFI, celui de l’excellente Samuele : elle va devoir apprendre à contrôler ses prises de paroles entre les morceaux car ce soir à La Sala Rossa elle s’emmêle les pinceaux, perd le fil du discours, et du coup tue l’effet escompté. Le trop est l’ennemi du bien.
Belle initiative cependant, elle avait demandé que tout son show soit simultanément traduit en langue des signes pour les sourds et mal-entendants qui étaient conviés au spectacle.

 

 

LE GRAND MOMENT : Julien Sagot. Toute une expérience ! Orgie de synthés et de guitares. Deux batteurs. Une scie musicale. Et un ovni en robe de chambre avec une dégaine pas possible de « Géant Beaupré » faussement nonchalant, sifflotant sans cesse, qui joue les chef d’orchestre au beau milieu de tout ça. On pense à Arthur H par moments. Mais c’est surtout inclassable, iconoclaste et généreux. Ça sent l’impro qui part en live. Ça joue du feu de Dieu. Ça brode autour d’une chanson « qui peut durer une heure si vous embarquez, ou une minute si vous embarquez pas ! » Et on peut dire que le Lion d’Or, debout comme un seul homme, a vite embarqué !

 

 

>> Site de Coup de Cœur Francophone

Texte : Serge Beyer

Photos : Fabrice Lassort

 

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