Shaka Ponk ©Denis Rouvre - Longueur d'Ondes

Pour un monde meilleur !

Après deux ans d’absence, Shaka Ponk, le combo emmené par Sam et Frah au chant, est de retour avec un nouvel album et un nouveau défi… réussi ! Le groupe étonne et surprend là où on ne l’attendait pas…

Les Shaka ont donc tout remis sur la table, tout en conservant quand même Goz, le petit singe « porte-parole ». Le chantier est énorme. Un seul petit mois de repos et un déménagement. Fini le parc Monceau et son immeuble résidentiel, la Shaka Factory a déménagé dans un endroit aménagé par le groupe en lieu de travail mais aussi en lieu de vie. Pour le collectif : « Pas question de faire autrement, ne pas relouer un studio à chaque nouvelle idée ! » Il veulent un lieu permettant aussi bien de créer, d’enregistrer, de mixer, de préparer et de répéter leurs concerts avec un écran qui simule la scène, de faire venir des freelance pour des petites missions genre « mettre des poils à un singe » mais aussi tester tant la musique que les créations vidéos.

 

 

Très vite, un thème est trouvé, celui de l’évolution selon Darwin. Il va donner son nom à l’album, The Evol, soit Love à l’envers. Pour porter le message, le groupe a choisi une belle androgyne, mi-singe, mi-humain. Une image pour le moins ambiguë mais de laquelle le groupe évacue d’emblée tout ce qui peut y avoir de « dégueulasse » dedans. Pas de pédophilie, pas de zoophilie, pas « un truc sale », mais une créature de rêve inspirée en partie par les films Avatar et La planète des singes, bref une image tout à fait « poétique et subversive ». Le groupe n’est pas pour autant dupe des mauvaises interprétations. « Tant mieux si cela secoue. L’homme, l’être le plus évolué, est aussi celui qui a détruit plus que n’importe quel autre être sur la planète. » souligne Frah.

 
Steve Shaka Ponk ©Denis Rouve - Longueur d'Ondes
 

Le singe, emblème fort du collectif, reste donc au cœur du nouvel opus et de ses déclinaisons. « On est dans un truc un peu plus dark, une jungle réelle. » Il faut rappeler ici que Shaka Ponk a acquis sa notoriété à force de spectacles conceptualisés en vidéo. Sur scène, cela donne presque de la 4D, avec un vrai bestiaire qui défile sur les notes endiablées du groupe. Tout ici aura été recréé : personnages et décors. Seuls quelques codes et quelques images ont été conservés. « Le but c’est d’avoir autant de gens qui viennent voir Shaka en live et que l’on retrouve autant de gens qui écoutent les disques » précise Steve, claviériste.

 

Shaka Ponk ©Denis Rouvre - Longueur d'Ondes

 

Visiblement, il n’est pas question de changer une formule qui gagne mais bien de la renouveler, quasi-entièrement. « Nous sommes à 50 % dans le son, à 50 % dans les images. Et l’on peut dire que la création de l’album a pris environ six mois, sa réalisation visuelle un an et demi. » Au départ, pas de ligne directrice mais plutôt « l’anarchie complète » dans le choix des morceaux, le travail s’est réparti ensuite par petits groupes avant, à nouveau, de se concerter : « C’est un travail collectif et un circuit fermé, on a pris le temps de poser les morceaux, de revenir dessus, de changer des choses. C’est en fait la première fois que l’on a le temps de prendre ce recul, de faire comme font tous les autres groupes. » explique Frah,

À l’arrivée, les treize nouveaux titres sont autant d’uppercuts avec une instrumentalité variée, riche et soignée. L’album, très cohérent, s’ouvre avec “Gung Ho”, chanson très réussie thématisée autour du travail en commun, selon une vieille tradition chinoise. Avec une longue introduction qui ouvre sur un cri de guerre et des guitares presque heavy metal, ce titre reste empreint d’une vraie sensibilité lance avec majesté les hostilités musicales et visuelles. L’opus semble avoir été conceptualisé pour la scène. Au fil des plages, on découvre également un groupe concerné, en phase avec l’actualité. « Nous avons eu envie de nous engager un peu plus. L’actualité nous a touchés. »
Le résultat est endiablé, et la réaction est particulièrement incisive, à l’image de l’énergique “On fire”.
« Tout le monde a eu envie de réagir, car tout le monde est en colère par rapport à ce qui se passe. Cela se ressent forcément sur la musique. Dans notre pays, nous n’avons pas l’habitude de vivre des attentats. Désormais, on ne peut plus faire de la musique comme si rien ne s’était passé. » Mais plus que simple spectateur d’une situation qui les dépasserait, les Shaka se revendiquent désormais comme des acteurs de leur vie quotidienne. « Tout se passe comme s’il fallait que cela nous arrive pour que l’on se sente concerné. Il vaut mieux œuvrer pour essayer de trouver ensemble le bonheur dans une consommation quotidienne. » On ne parle plus là des attentats, que le groupe a subit comme tout à chacun mais bel et bien d’une prise de conscience écologiste déjà aperçue dans les albums précédents. « Nous sommes prêts à changer nos habitudes, cela peut marcher ! »

 

Shaka Ponk ©Denis Rouvre - Longueur d'Ondes

 

La musique au service d’une conscience écolo, c’est le nouveau créneau des Shaka : « Les politiques se combattent entre eux et finalement ne changent pas grand-chose. Il ne faut plus juste attendre qu’ils fassent des lois mais s’interroger sur ce que l’on peut faire dans notre quotidien. »
Le groupe a en fait eu envie de se retrousser les manches et est allé prêcher sa bonne parole auprès des autres artistes pour que le message porte. « On regarde ce que l’on peut faire ensemble, sans obliger personne. »

Concrètement, le groupe va dévoiler, avec le soutien de la fondation Hulot, en début d’année 2018, 50 gestes à intégrer dans sa vie pour améliorer les choses. Rien de politique, juste une prise en compte citoyenne. « Nous, nous le faisons, alors nous allons montrer comment nous le faisons. C’est l’impact écologique de chacun, une manière de s’engager à ne plus être pollueur. » Déjà, avec à leur pied la même paire de baskets Vegetarian Shoes, Frah et Sam, tous les deux végétariens, montrent l’exemple sans pour autant imposer leur précepte, notamment en direction des nouvelles générations qui ne savent pas forcément « tout ce qui s’est passé avant et qui ne savent pas que ce n’est pas normal de faire certaines choses. C’est très difficile de faire évoluer les gestes du quotidien ».

 

Shaka Ponk ©Denis Rouvre - Longueur d'Ondes

 

Un titre, le dernier de l’album, pointe et dénonce les maltraitances animales. Une cause, une de plus, à laquelle les cinq Shaka sont sensibles. Visiblement « décalé » dans le monde de la musique actuel, le groupe a néanmoins su rallier à sa cause un nombre conséquent de personnalités. Nul doute que la tournée qui démarrera en janvier prochain lui donnera l’occasion de faire passer le message.

Edouard Baer est invité sur le morceau “Slam & Slam’ed”. L’humoriste s’en donne à cœur joie sur les riffs massifs des Shaka. Il n’est a priori pas prévu qu’il suive le groupe sur scène, mais Frah n’exclut pas d’intervenir à l’improviste dans l’émission de l’animateur, sur Radio Nova. « On l’adore, il a un côté décalé qui nous correspondant bien. On ne le connaissait pas alors lorsqu’on l’a rencontré, on lui a proposé de passer. Il est arrivé avec un truc d’impro ; c’est vraiment la magie d’un moment durant lequel nous étions tous ensemble. »

La déferlante Shaka Ponk ne fait que recommencer, avec en leitmotiv l’envie de rassembler le maximum de monde dans une prise de conscience globale et citoyenne.

 

Shaka Ponk ©Denis Rouvre - Longueur d'Ondes

Tournée à partir de janvier 2018. Album : The Evol (Tôt ou tard)

>> Site de Shaka Ponk

Texte : Patrick Auffret & Valérie Billard

Photos : Denis Rouvre

Shaka Ponk ©Denis Rouvre - Longueur d'Ondes

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