Teme Tan ©Clemence Rougetet - Longueur d'Ondes

Le globe-trotteur acousticien

Il est un théorème musical à lui tout seul. Originaire de Kinshasa, Tanguy Haesevoets, alias Témé Tan, a grandi à Bruxelles. Compositeur, multi-instrumentiste autodidacte, auteur et interprète, il puise ses inspirations de ses voyages et de sa famille où la musique a toujours occupé une place de choix. À un mois jour pour jour avant la sortie de son album prévue début octobre, le rendez-vous a été pris le vendredi 1er septembre 2017 à la Fondation Louis Vuitton, où il était l’invité de la “Nocturne Art/Afrique”. Un talent à suivre.

Ses références? Elles sont multiples. De MC Solaar à Papa Wemba, le Belgo-Congolais nous emmène pour un tour du monde. Avec son premier album éponyme, Témé Tan slame, parle, chante et même rappe. Au fil des douze morceaux que compte son opus, ses paroles en français côtoient des sons tantôt zouk, tantôt électros, le tout soigneusement accompagné d’un groove un brin mélancolique.

 

Quels sont tes premiers souvenirs musicaux ? 



Témé Tan : Tout d’abord, il y a l’anthologie de la musique congolaise que l’on mettait aux réunions de famille, du côté de ma famille congolaise : Tabu Ley Rochereau, Zaïko Langa Langa, Papa Wemba, Franco Luambo. Après ça, je me souviens que mon père écoutait les Beatles et avait le vinyle Let it Be. Très vite, cela a été les mix de mes cousines qui écoutaient beaucoup de zouk (Kassav, Zouk Machine, etc.). Rien à voir, elles écoutaient aussi la légende guinéenne Mory Kanté.

 

Quel a été l’artiste qui t’a poussé à faire une carrière musicale ?

Témé Tan : J’avais vu plusieurs concerts de Jamiroquai, parce que c’était un point de ralliement avec mes frères. Mais c’est la tournée Hello Nasty des Beastie Boys à Bruxelles qui m’a vraiment donné cette impulsion. Je me suis dit à ce moment-là que j’avais vraiment envie de partager quelque chose de fort sur scène.

 

Quelle a été ta première scène en France ?

Témé Tan : Je m’en souviens très bien, c’était une organisatrice de concerts qui s’appelle Pauline Miko, qui a sa société de concerts à Bruxelles qui s’appelle Oh my garden. Elle avait fait un échange avec le festival toulousain Les Jardins Synthétiques. C’était en 2013. Pour moi, cela a été un super concert, où l’on s’est bien éclaté.

 

Ton album s’ouvre avec le titre Améthys qui est un hommage vibrant à ta mère. Quelle est son histoire à ce morceau ?

Témé Tan : En fait, j’ai écrit le morceau avant qu’elle nous quitte. J’avais envie de célébrer sa vie. Elle était déjà malade à ce moment-là. Je suis parti d’anecdotes que je partageais avec elle. Par exemple, l’anecdote “Je suis un petit éléphant” : c’est un souvenir que j’avais de moi à Kinshasa où, pour un spectacle de fin d’année, on pouvait dire à la maîtresse en quoi on voulait être déguisé. J’avais alors décidé d’être un éléphant. Ma mère était venue à ce spectacle. Elle avait pris des photos de moi et me les a montrées après. Je n’arrivais pas comprendre comment elle a su que c’était moi, parce que dans mon esprit de petit garçon à ce moment-là, j’étais vraiment un petit éléphant et non son enfant…

 

 

Sur scène, joues-tu plus en solo ou entouré de musiciens ?

Témé Tan : Je suis toujours en solo. Il se trouve que j’ai composé majoritairement mes morceaux tout seul, ainsi que les enregistrements. Pour moi, c’est plus logique de présenter ce premier album tout seul sur scène. Un moment, j’ai tourné un peu avec d’autres musiciens, qui sont fort occupés avec leurs projets solos également. Le jour où l’on aura vraiment le temps, je serai ravi de les réinviter.

 

Tu chantes essentiellement en français. Pourquoi ce choix ?

Témé Tan : À un moment, je me suis rendu compte que c’était plus naturel et plus juste de chanter dans ma langue maternelle. Je ne jette pas du tout la pierre aux gens qui décident de chanter en anglais, c’est vrai que cela a une portée internationale. Je pense que l’anglais sonne rapidement mieux que le français. Je trouve que c’est un défi d’écrire en français, de trouver les mots qui sonnent bien. C’est une langue que je maîtrise mieux aussi, donc j’ai l’impression de pouvoir exprimer encore plus de choses à travers le français que d’autres.

 

Ça va pas la tête ? est le premier single extrait de ton album, que tu as auto-produit et tourné en Guinée, peux-tu m’en dire plus sur son contexte ?

Témé Tan : Je suis parti d’un enregistrement que j’avais pris lors d’un voyage à Kinshasa pour le mariage de mon cousin. J’avais enregistré des enfants qui chantaient dans la cour de l’église où il s’est marié. Je trouvais que c’était magnifique ce qu’ils chantaient. Je ne sais plus si c’était du Lingala ou du Kikongo. Je me balade souvent avec un enregistreur pour capturer des sons que je trouve jolis. J’ai eu alors une espèce d’hallucination auditive, j’ai cru comprendre qu’ils chantaient « Ça va pas la tête ? ». Ce qui n’est pas du tout le cas quand j’écoute la bande originale. Ensuite, il se trouve que j’ai été invité pour créer la musique d’une pièce de théâtre d’un jeune dramaturge Guinéen qui s’appelle Hakim Bah. C’était en pleine épidémie d’Ebola, il y avait beaucoup de gens qui s’inquiétaient pour moi, parce que eux regardaient les informations, qui étaient très alarmantes. Bien sûr, il ne fallait pas prendre l’épidémie à la légère, mais la vie à Conakry continuait et les gens allaient de l’avant. Et, finalement, en plus d’avoir l’épidémie, ils avaient aussi un embargo sur la ville dont ils n’avaient absolument pas besoin. Du coup, j’ai écrit ce morceau autour de samples. C’était ma manière à moi de secouer un peu les gens chez moi et, très modestement, en Occident, pour leur dire d’une part qu’il fallait qu’ils ouvrent les yeux sur ce qui se passait vraiment en Guinée au lieu de la stigmatiser et, d’autre part, pour nous dire à nous occidentaux que parfois on se plaint pour de petites choses alors que mes amis Guinéens faisaient part d’un grand courage.

 

 

Te vois-tu plutôt comme conteur ou comme dramaturge ?

Témé Tan : Je me verrai plutôt conteur, parce que je pense que je raconte mieux en chanson qu’en vrai. Je fais partie d’une famille, du côté congolais en tout cas, où l’on raconte très bien les histoires. Il y a toujours un oncle qui annonce une histoire à table, que l’on écoute tous. Je n’ai jamais fait ça pendant les réunions de famille, donc j’estime que je le fais en musique.

 

Témé Tan – Témé tan

Sortie de l’album le 06 octobre 2017 – Label PIAS

>> Site de Témé Tan

Texte et photos : Clémence Rougetet

Publié le