Emile Bilodeau ©Louis Jalbert @FME - Longueur d'Ondes

Du 31 août au 3 septembre

À Rouyn-Noranda (Abitibi-Témiscamingue), Québec

LA MÉTÉO : C’est l’hiver le premier soir et plutôt un doux printemps le reste du temps.

 

LE CHIFFRE : 1, 4 millions de dollars canadiens de budget pour 32 000 entrées.

 

LE CADRE : Le Festival de musique émergente se tient à Rouyn-Noranda, une cité minière de 40 000 habitants, érigée par des pionniers. La ville a son usine de traitement du cuivre, des lacs tout autour. Le rendez-vous investit la rue principale et les 7e , 8e et 9e rues dans tous les lieux : du moindre bar, jusqu’au garage chez l’habitant, notamment avec des concerts secrets.

 

L’HISTOIRE : Ancien manageur du groupe Karkwa, à la tête du label Simone Records, Sandy Boutin est l’un des fondateurs du FME. Il explique : « On voulait s’offrir la musique que l’on aimait. La philosophie de départ était de faire découvrir, à un territoire à sept heures de voiture d’un grand centre ; et à la population de cette région la musique qui ne passait pas à la radio. » Novateur, le FME est devenu en quinze ans un festival où convergent les programmateurs des meilleurs festivals de France et d’Europe.

 

UN CAS À PART : Dans une province où la langue française est un combat, le rendez-vous d’Abitibi fait le pont entre les scènes francophone et anglophone. Et ça se comprend quand on aime à la fois le rock et la langue française.

 

LES PLUS :
– La programmation à tendance indie rock, pointue.
– L’éclectisme du programme, qui va du metal à un concert piano solo.
– On découvre plein de choses.
– Des concerts partout dans la ville, qu’il faut dénicher.
– Toute la scène montréalaise se retrouve à Rouyn.
– Une science de l’organisation pas croyable, cela passe autant par un barbecue géant que par les bars où se retrouvent les professionnels de la musique.

 

LES MOINS :
– C’est une tendance lourde des festivals axés sur la découverte musicale :  il y a des bons groupes d’accord, mais au final, pas tant de grosses claques que ça.
– Pour un festivalier quel qu’il soit, aller à Rouyn-Noranda, c’est un gros budget !

 

LA RÉVÉLATION : Kroy est un trio électro-pop qui tourne autour de Camille Poliquin, moitié de Milk & Bone. Avec une couleur bien dans l’époque, ses morceaux en anglais évoquent le trip-hop. Chouette découverte au coin de la  rue.

 

ÇA ENVOIE DU BOIS : Les belges d’It, it Anita jouent fort, très fort. Toutes guitares dehors, ce punk sent la bière et la transpiration. Le groupe va bien au « Cabaret de la dernière chance » (sic), le club où ils ont joué. En plus garage et moins brutal, les Duchess says s’en sortent aussi pas mal…

 

LE CAS : Julien Sagot  produit une chanson Gainsbourienne bien barrée. Dans ses titres hors format, il ne s’embarrasse pas des convenances, ni de facilité. Si vous cherchez de la musique d’ambiance, passez votre chemin, nous on reste.

 

LA CONFIRMATION : Autant ses reprises des enregistrements d’Alan Lomax nous avaient laissé sur notre faim lors de sa dernière venue en France, autant elles groovent sacrément en terrain nord-américain. Oo-oh, black Betty Bonifassi !

 

POURQUOI PAS : Jean-Michel Blais joue en piano solo. Ses mélodies évoquent Yann Tiersen à ses débuts plus qu’Erik Satie. Et effectivement, ce pianiste classique pop – ou le contraire- qui a fait sensation aux USA voisins, accompagne notre fin du festival.

 

NI POUR, NI CONTRE (MAIS ON N’EN FERA PAS DES FOLIES NON PLUS) : Geoffroy fait de l’électro-pop dansante à tendance disco. C’est bien, mais cela ne nous fait pas décoller. Quant à The Franklin Electric, c’est du pop-rock à l’américaine tout ce qu’il y a de plus standard. Qui aime, suive…

 

ÇA DEMANDE À POUSSER : Zen Bamboo ressemble furieusement à Malajube. Cela tombe bien, ces quatre jeunes garçons travaillent en studio avec l’un des anciens membres du groupe montréalais.  Mais ils  ont encore tout le temps de se défaire de leurs (p)références.

 

LA DÉCEPTION : On n’avait rien contre, a priori.  Juste, après l’avoir vu, on n’a rien pour. La multi-instrumentiste Emily Wells fait tout, toute seule, mais cela ne suffit pas à produire de la bonne pop planante. Une bonne idée, sur le papier.  

 

LE MOMENT DE COMMUNION : Quand Richard Desjardins apparaît sur scène à la fin du spectacle / hommage qui lui est consacré en clôture de festival, c’est une communion incroyable. L’enfant du pays est un monument au Québec, comme Renaud reste un classique chez nous. Ni plus, ni moins.

 

ON N’A PAS VU CETTE FOIS-CI, MAIS ON APPROUVE : Le chansonnier pop Philippe B, Klô Pelgag, qu’on ne présente plus, le rock psychédélique de Chocolat ou le rap bien barré d’Alaclair Ensemble.

 

EN CONCLUSION : Pour sa quinzième édition, le Festival de Musique Émergente a présenté une fois de plus la jeune garde de la scène montréalaise, et un peu plus aussi. Le festival d’Abitibi détone, défriche, et il se porte bien. Sa programmation à tendance indie rock est d’un éclectisme rare. Du fan de hip-hop au metaleux pur sirop d’érable, en passant par le rockeur à guitare, chacun aura ses raisons de converger vers « le bout de l’asphalte », comme le dit Desjardins. Le Québec a quand même des bouts du monde très singuliers.

 
>> Site du FME

Texte : Bastien Brun

Photos : Thomas Dufresne, Louis Jalbert, Christian Leduc, Dominique Mc Graw

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