Chapelier Fou ©Romain Gamba

Dans l’antre du Chapelier Fou

Depuis bientôt une décennie, le Messin Chapelier Fou balade sa musique instrumentale aux quatre coins du monde. Réédités sous la forme d’un « album jaune », ses premiers morceaux sont au centre du vingtième anniversaire de sa maison de disques, Ici, d’ailleurs… Louis Warynski nous amène directement au cœur de sa création, de ses folles inventions.

Le label : « S’il y a un moment qui a été déterminant, c’est ma rencontre avec Stéphane Grégoire, le boss du label Ici, d’ailleurs… Cela va bientôt faire dix ans. C’est lui qui a voulu me rencontrer, il est venu me voir jouer à Nancy. Presque instantanément, c’est devenu un très bon ami. Il me soutient, c’est peut-être la première oreille de ma musique. Avant cette rencontre, j’étais autoproduit, complètement libre. En signant un pacte avec ce label, je n’ai pas perdu ma liberté. C’était juste une exposition, des collaborations qui m’étaient offertes. C’est ma seule expérience de maison de disques, mais je n’ai pas du tout envie d’en avoir d’autres ! »

 

L’album « ! » : « Moi, je l’appelle l’album jaune, ça simplifie les choses. C’est la réédition de trois EP — Darling, darling, darling (2008), Scandale ! (2009), Al Abama (2012) — dans leur forme originelle. Quand je les réécoute, c’est plein de nostalgie. Cela me fait penser aux gens que je côtoyais, aux premiers concerts. Je ne voudrais pas faire éternellement la même musique, mais en même temps, je n’ai pas à rougir de cette jeunesse. Ça se tient toujours, vraiment ! L’image que j’ai en tête, c’est l’appartement dans lequel je vivais, où j’ai enregistré tout l’album. Ma toute petite chambre de 8 m², avec juste un lit et mes instruments. »

« Dans la vie, c’est soit s’ennuyer, soit être stressé. »

Les machines : « Quand j’en achète une, j’ai lu le mode d’emploi avant, j’ai cerné ses zones d’ombres. À tous les coups, ça ne rate pas : au bout de cinq minutes, j’ai compris les deux trois trucs qui m’énervent et je commence directement à les corriger. Aujourd’hui, il y a pléthore d’offres au niveau du matériel, mais il n’y a quasiment rien qui colle parfaitement avec ce que je veux faire. Cela me hérisse le poil quand je vois certaines machines qui imposent une manière de penser aux gens, ça se ressent dans la création. Je trouve que les fabricants de machines ont une grande responsabilité artistique et une véritable incidence sur le cours de l’histoire de la musique. »

 

Le Centre Pompidou / Metz : « Cela va faire un an et demi que je suis là-bas. J’ai une carte blanche pour faire des actions en galerie. Le parcours se tient dans le cadre de l’exposition Musicircus, il s’appelle Six malentendus. Il y a donc six œuvres, trois jouées en live et trois installations. Il y a par exemple une grande horloge constituée de cloches posées au sol. C’est une horloge qui donne l’impression de faire n’importe quoi, mais elle est régie par le temps qui passe. Elle ne sonne aucune heure juste, mais plutôt les symétries, les relations mathématiques… Ce que j’aime lorsque je m’engage dans un projet, c’est de ne pas avoir les armes pour le réaliser au moment où je dis oui. »

 

La suite : « C’est un peu le drame de ma vie, ce n’est jamais fini. Mais tant mieux, parce que sinon, je m’emmerde. Dans la vie, c’est soit s’ennuyer, soit être stressé. Moi, j’ai choisi d’être stressé. À l’heure actuelle, je viens de terminer mon prochain album. Le concept du disque est basé sur une figure de six notes. C’est une référence à la musique du Moyen-Âge, à ce qu’il y avait avant le solfège. »

 


Ici, d’ailleurs…

Label de qualité depuis 20 ans

Installé à Nancy, Ici, d’ailleurs… a vu le jour en 1997 sur les racines du label associatif Sine Terra Firma. Son point de départ ? « J’avais le sentiment que l’on parlait beaucoup de groupes venant d’Angleterre, des États-Unis, constate son fondateur, Stéphane Grégoire, mais dans la musique que j’écoutais — qui n’est pas vraiment de la chanson française —, il y avait d’excellents groupes de rock en dehors des Anglo-saxons… » La maison prend son envol autour de Yann Tiersen ; en vingt ans, elle réunit des artistes comme Mendelson, Zëro, Matt Elliott ou Michel Cloup. Sans barrières de styles, mais avec des goûts bien tranchés, les Nancéiens s’aventurent dans la noise, la musique concrète ou le hip-hop. Le patron assure : « J’essaie d’avoir la tête dans les nuages mais les pieds sur terre. Avec le temps, je pense que l’artiste doit avoir conscience de ce qu’est « l’industrie » de la musique. C’est important de comprendre comment on peut diffuser sa musique au mieux. » Afin de souffler ses vingt bougies, Ici, d’ailleurs… a entre autres réédité quelques disques clés de son histoire, parmi lesquels le Road movie en béquilles de Non Stop, ou fait paraître l’album « ! » du Chapelier Fou.


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Texte : Bastien Brun

Photo : Romain Gamba

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