KillASon ©Benjamin Pavone @Krakatoa - Longueur d'Ondes

Le son qui tue

Qu’il soit danseur, graphiste, mannequin ou rappeur, l’ex-Poitevin a fait de l’hybridation son moteur. À raison : son hip-hop — en anglais dans le texte et sous ordinateur — est une des meilleures ripostes à l’hégémonie américaine.

Ce n’est habituellement pas son côté touche-à-tout perfectionniste que souligne en préambule les médias, mais bien son âge : 22 ans. Comme si le nombre d‘années rendait plus étourdissant sa virtuosité. L’intéressé s’en étonne souvent : « L’important c’est le contenu, pas les infos satellites. Je suis un adulte, pas un jeune prodige ». Impossible de deviner si l’amorce des confrères est mal prise, tant Marcus (son vrai nom) n’est pas seulement capable de mettre à genoux la nonchalance de la West Coast (1) ou les saccades de la trap (2) : l’artiste est affable, réfléchi. Pertinent dans ses réponses comme dans ses propositions sonores ou visuelles. Et s’il reconnaît avoir besoin d’expériences pour écrire, l’étudiant admet aussi sans fard ses ambitions : « Il faut passer sa vie à se construire et non à la subir. J’essaie donc de fuir les mécanismes… D’où le fait d’avoir créé ma structure pour produire les clips et éditer les disques. »

D’autant que KillASon n’a jamais eu le fantasme du producteur, à la P. Diddy, Dr. Dre ou Timbaland, ces ex-voyous devenus rappeurs puis hommes d’affaire bedonnants. Lui, avait plutôt celui d’être « artiste », ce qui ne l’empêche pas d’être aussi entrepreneur qu’entreprenant. La production, justement ? « Une obligation dans l’air du temps », s’amuse-t-il, reconnaissant avoir été bien entouré.

« Je ne suis pas un jeune prodige. »

Avec une mère danseuse, chorégraphe et manageuse, puis un beau-père mentor et directeur artistique, c’est toute une entreprise familiale qui s’affaire en coulisses. Pas de quoi « apporter une pression supplémentaire », assure-t-il. Au contraire : « Le dialogue est plus franc ! » Exit donc les orgies de groupies ? « Hé hé. Je fais ce que je veux à l’hôtel… », lâche-t-il, faussement innocent.

L’omniprésence de Marcus à toutes les étapes de production n’est donc ni l’aveu d’un esprit solitaire, ni celui d’un élan tyrannique : « C’est important de collaborer. C’est même le principe de l’art ! Par contrôle, il ne faut donc pas comprendre celui des gens, mais bien de son destin… »

S’il reste cependant un dernier frein à l’esthète, c’est bien celui de ne pas « se sentir chanteur » ou, plus précisément, d’éprouver « le besoin de se former ». La rapidité de son flow pourrait pourtant donner quelques complexes à certains… Mais voilà, pour Marcus, le chant reste avant tout un rythme plutôt qu’une mélodie. Conséquence de ses 7 ans de batterie ? Probablement. Lui se sent surtout musicien et assumerait davantage l’étiquette si elle n’était pas, à tort, parfois comprise comme simple instrumentiste…

Même lorsque l’on s’étonne de son attache particulière avec les États-Unis, KillASon nuance, avançant une « ère de la digitalisation » et reconnaissant de mêmes accroches avec l’Angleterre et la Jamaïque : « La différence avec la précédente génération, c’est que nous choisissons notre contenu. Rien n’est imposé ! Ce qui explique que je peux aussi trouver intéressant des mouvements afros ou les costumes utilisés dans la k-pop (3)… »

Preuve qu’au-delà du recyclage et de la passion, l’art de la synthèse, c’est avant tout puiser dans les différentes grammaires pour créer son langage. Question, aussi, de génération.

 

(1) Mouvement californien mélangeant hip-hop, funk et paroles sulfureuses (2Pac, Dr. Dre, Snoop Dogg…).

(2) Dérivé du sud des États-Unis avec synthés et grosse caisse (T.I., Lex Luger, Dj Toomp…).

(3) Pop sud-coréenne, mixant dance, électro, hip-hop et r&b (BTS, Super Junior, Red Velvet…).

 


La suite ?

« Faire du cinéma ! J’adore le jeu, l’émotion. Ça se conjugue avec ma vision de danseur. Le corps est parfois délaissé à l’écran. Or, il y a moyen de mêler forme et fond. Bref, participer à un blockbuster d’auteur… Mais pour l’heure, j’ai déjà conscience de ma chance, de cette dynamique qui s’internationalise. Je ne sais pas ce qu’il y a au-dessus de nos têtes, mais je crois en la spiritualité et remercie chaque jour ma bonne étoile. »


>> Site de KillASon

Texte : Samuel Degasne

Photo : Benjamin Pavone

Publié le