POLO&PAN

Cœur d’artichaut

Au-delà des idéaux, certains aspirent encore au bonheur. Preuve en est faite avec ce premier disque perché entre rêve et réalité, tissant les mailles d’une musique généreuse et bienheureuse. Bienvenu dans un monde formulant une échappée belle vitale au commun des mortels.

On aurait tort de se focaliser sur l’univers un peu agaçant de ces deux garçons que l’on imagine sans mal ambiancer un club sur une plage de Biarritz, arrosée au son d’un Spritz surchargé en glaçons. Car dans un passé encore peu lointain, ces deux DJ habillaient de leur mix le très noble sol du Baron, club huppé de la rue Marceau. L’habit ne fait pas le moine certes, même s’il renseigne ici sur l’esprit animant ce duo, festif. Et grand bien leur en fasse, car rares sont ces artistes capables de répéter les mélodies entêtantes de la sorte, comme l’assignaient ces quelques titres inscrits depuis dans le marbre de la chanson francophone “Cœur d’artichaut” et “Plage isolée”. Réactivant de cette manière une langue de Molière plus pop que jamais, le duo rappelle, expérience à l’appui, que oui, notre cher français sait aussi être musical. « Depuis longtemps, beaucoup de groupes français cherchent à écrire en anglais notamment car cette langue est très fluide, qu’elle sonne bien et qu’elle peut toucher le plus grand nombre de gens sur notre planète. Mais le français est une langue incroyablement riche et très rythmique. Lorsque nous allons à l’étranger, nous voyons que nos textes ne sont parfois pas compris mais que la musicalité du français suffit pour faire adhérer les gens à nos morceaux. »

 « L’optimisme est le nouveau punk spirit. »

Certes faire de la pop enracinée dans un héritage musical anglo-saxon en aurait poussé beaucoup à se saisir de la langue de Shakespeare, mais Polo&Pan voit plus loin, bien plus loin. Le voyage est en effet une clé de voûte essentielle dans la réalisation de ce premier disque. La cumbia électronique diabolique de “Mexicali” ou la cavalcade extatique de “Kirghiz” renseigneront vite l’auditeur à cet effet. Porté dans la luxuriance végétale de la canopée, le duo navigue tel un explorateur vers des terres inconnues, source d’un émerveillement constant, comme le rappel d’un utopisme primordial… « On se répète souvent que l’optimisme est le nouveau punk spirit. Du spleen des romantiques jusqu’au plus déglingos des rockstars, le message était clair : tu trouveras ton inspiration dans le mal-être, les déceptions amoureuses, le temps qui passe outrageusement, etc. Nous n’avons pas choisi l’axe obscur et nous pensons que ces valeurs optimistes sont une fabuleuse source d’inspiration. »

Alors quand on leur demande s’il existe une recette pour trouver le bonheur, le binôme la joue philosophe. « Ah le bonheur… Un bien grand concept que l’on cherche à définir depuis la nuit des temps. Tiens cette histoire : trois personnes cherchent à gravir une montagne ensemble. Arrivé à mi-chemin, le premier dit “Je préfère redescendre maintenant retrouver le confort de mon logis”. Ce à quoi le deuxième rétorque “Moi je vais rester ici et contempler ce beau spectacle.” Le troisième finit “Je ne serai heureux qu’après avoir gravi la cime de cette montagne, peu importe qu’il vente ou que je me perde”.  A priori, le bonheur pourrait être un subtil mélange de ces trois décisions, à savoir le confort, la contemplation et la persévérance. » Être heureux est donc un choix et in fine un moyen pour atteindre ces fins ou l’inverse. À l’être humain de rester maintenant son propre maître.


Polo&Pan CaravelleCaravelle

Hamburger record / Ekler’O’Shock

Envisagé depuis trois ans et une poignée de maxis, le divin enfant est enfin arrivé. En résulte 12 sucreries chargées en glucose qui n’ont qu’un seul but, faire du bien et rapidement. Tel serait le mantra du duo parisien que l’on suspecte d’être touché par un épicurisme cutané. Maîtrisant parfaitement la formule de la chanson, associant cette dernière à un exotisme revigorant et se rappelant aux instants dancefloor chers à son essence, Polo&Pan livre un disque touché d’une poésie naïve et déliquescente, troublante.


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Texte : Julien Naït-Bouda

Photo : B&S

Publié le