Suzanne Combo ©Patrick Auffret sur Longueur d'Ondes

Drôle de GAM

La Guilde des artistes de la musique (GAM) veut défendre les auteurs-compositeurs auto-producteurs. Elle les invite, par exemple, à refuser les contrats d’artistes… Explications avec sa déléguée générale.

Association loi 1901 chargée de défendre les intérêts des artistes, la GAM a été fondée en 2013 par Axel Bauer et Suzanne Combo. Kent (l’ancien leader de Starshooter) et le pianiste jazz Issam Krimi étaient aussi à la base du projet. « Nous nous sommes aperçus que l’on ne gagnait plus rien ! Tout est parti d’une chute totale des revenus des artistes. Notre volonté a été d’utiliser la GAM comme une voix collective pour défendre les intérêts d’une corporation. »

Rapidement, Suzanne Combo prend position comme déléguée générale. « Je dirige l’association : je coordonne, gère la trésorerie, les financements, le site Internet, les relations publiques, voire les négociations avec les différents acteurs. Bref : presque tout ! »

« L’objectif est surtout de faire des propositions aux pouvoirs publics, d’influencer la vie politique en faveur des intérêts des artistes. » Alors que de nombreuses sociétés civiles, comme la Sacem ou l’Adami, parlent déjà au nom des auteurs et des compositeurs, un manque est apparu du fait de l’évolution de la société et des comportements car « aujourd’hui l’artiste est aussi producteur ! Pour être adhérent à la GAM, il faut être auteur-compositeur mais aussi auto-producteur. Nous sommes tantôt des salariés, tantôt employeurs. »

La GAM est donc un groupement d’intérêts partagés. Reste à savoir desquels on parle… « Nous avons remarqué que la parole des artistes était utilisée pour défendre un certain nombre de sujets. Nous étions instrumentalisés par les producteurs, les sociétés de gestion de droits d’auteurs… par tout le monde, quoi ! L’idée était donc de protéger les artistes individuellement pour ne pas qu’ils aillent sur le front recracher des paroles qu’on leur aurait demandé de transmettre. Nous voulons maîtriser l’information, en mode think tank [groupe de réflexion]. »

Dominique A, Olivia Ruiz, 1995, Yodelice ou encore Arthur H sont quelques-uns des 360 artistes ralliés à la GAM. « C’est un vrai succès. Il y a un vrai élan. » Certes, mais les gros vendeurs de disques rechignent à intégrer le mouvement : « Les générations qui ont bénéficié du succès de l’industrie musicale pendant de nombreuses années ne veulent pas aider les jeunes générations à s’en sortir. C’est un peu déstabilisant. » Conflit de générations ? « Ils n’ont pas les mêmes problématiques et ont peur de perdre des prérogatives en se mouillant dans un combat collectif. Mais ils regardent de près et s’intéressent quand même… » Le combat du moment ? « Les plateformes de streaming [écoute à la demande] pour une redistribution transparente. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui ! La répartition bénéficie surtout aux majors… Les artistes ramassent les miettes. »

La GAM n’a pas de concurrent en France et a même réussi à se fédérer à l’international avec des mouvements équivalents. En Angleterre par exemple, la FAC (Featured Artists Coalition) a une très forte influence. Logique car, contrairement à l’Hexagone, le marché des indépendants est dominant…


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Suzanne Combo a connu, dans les années 2000 avec le groupe Pravda, un vrai succès d’estime. Elle a tourné avec Placebo ou Indochine et vendu 10 000 albums. Également membre du girls band Tu seras terriblement gentille, elle a finalement eu envie de se recentrer sur un projet solo pour « exprimer des choses plus intimes… Je suis en train d’enregistrer en studio à Biarritz. Je compose, j’écris, je produis, je réalise. C’est un peu long ! » L’impressionnant “I hate you” est déjà visible en version live sur YouTube. L’EP est prévu pour janvier 2018. L’impatience gagne.


>> Site de la GAM

Texte et photo : Patrick Auffret

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