Oh Tiger Mountain sur Longueur d'Ondes

Toute une montagne

Mathieu Poulain nous revient en projet solo après une escapade électro réussie au sein de Husbands en compagnie de son alter-ego Kid Francescoli. Avec son nouvel album, le Marseillais montre une nouvelle fois tout son talent de joker de luxe de la pop-glam française.

Difficile d’imaginer lorsqu’on écoute toute la luxuriance des productions d’Oh! Tiger Mountain que le jeune homme crée dans un petit studio fait de bric et de broc en haut de la Canebière. Un lieu incroyable, dans une petite rue de Marseille, qu’il serait impossible de trouver si l’on ne connaissait pas l’adresse. Quand Mathieu vous reçoit, il ouvre une petite porte minuscule qui vous fait entrer dans une sorte de tanière avec atelier d’artiste en bas et studio niché dans une petite mezzanine. C’est là qu’il compose et où se trouve l’intégralité de ses instruments : basse, guitares et synthés dont il joue lui-même toutes les parties.

Un lieu dans lequel il a écrit et composé Altered Man, son nouvel opus. Un disque météorite dans le paysage musical français, où les sonorités pop californiennes croisent le glitter anglais des années 70. Il est difficile de concevoir que ce garçon ait grandi à Salon-de-Provence et non pas en Californie ou dans une quelconque banlieue londonienne.

Discuter avec Mathieu est un plaisir absolu tant l’homme est une encyclopédie musicale. Il aime tellement la musique qu’il semble préférer parler de celle des autres que de la sienne. Le multi-instrumentiste est volubile sur Cate Le Bon, Parquet Courts, Captain Beefheart, Ariel Pink, Thee Oh Sees et Television, tout comme sur les groupes locaux : Moondawn, Sunsick, Johnny Hawaii (dont il se dit fan) ou encore Post-Coïtum.

Cette immense culture fait de lui un maniaque de la production, une sorte de Brian Wilson marseillais : « Je suis un obsessionnel, genre bibliothécaire, mais je n’ai malheureusement pas l’ambition de mes moyens. Je suis très attaché au songwriting. La musique que j’aime est celle des outsiders pop, de Phil Spector à Richard Hell. Le dernier groupe moderne sur lequel j’ai bloqué est Broadcast. Ils m’ont emmené dans des trucs que je n’aurais pas imaginé écouter un jour, comme la musique coréenne des années 70. »

« Je considère avoir fait un disque de Roxy Music… drôle ! »

Mathieu Poulain a d’abord été connu sur la scène marseillaise par l’aventure Husbands, un groupe électro, que lui considère pop. « Husbands était drôle, parce que l’on s’en foutait. La musique électro que j’écoute n’est pas de la musique de dancefloor mais des trucs ambiants. J’ai beaucoup appris aux côtés de Kid Francescoli et de Simon de Nasser : construire des boucles, par exemple. » Cette parenthèse Husbands fermée, Oh! Tiger Mountain revient avec un nouvel album, quatre ans après The Start of Whatever. Un disque dans lequel, comme le reconnaît son auteur, on trouve de tout : de la musique de film, du punk-skate des années 90, mais aussi Suicide, Marc Bolan ou les Sparks. « Ce disque est totalement différent de ce que j’ai fait précédemment. J’étais plutôt dans des trucs minimalistes avant. Là, c’est très dense avec plein d’envolées et de traficotages psychés. Le mix et le master ont pris des siècles ! D’autant qu’avoir réalisé tout seul un projet si ambitieux avec un MacBook pro a multiplié les péripéties. Je me suis éloigné de la folk pour aller dans un délire rétro-futuriste-glam assez héroïque, mais qui ne sonne pas vintage. C’est assez ludique, en fait. Les gens auxquels je me suis identifié sont des artistes actuels aux productions un peu décadentes, tels que Flaming Lips, le Beck de Odelay, Ariel Pink (qui enregistre des disques-monde totalement barrés) ou Todd Rundgren pour les trucs plus anciens. Je considère avoir fait un disque de Roxy Music… drôle ! Bref, j’ai mis dans Altered Man tout ce que j’aimais. »Et le pari fou d’Oh! Tiger Mountain est une grande réussite. Son album possède un charme vénéneux irrésistible. Mais si sur disque, Mathieu Poulain impressionne, que dire de ses performances scéniques ? Eh bien, c’est vraiment là qu’il donne la pleine mesure de son talent. À ne pas rater.

Texte : Pierre-Arnaud Jonard / Photo : DR

>> Site : ohtigermountain.bandcamp.com
 
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