@Printemps de Bourges 2017 ©Marylene Eytier sur Longueur d'Ondes

41e édition / du 18 au 23 avril 2017

La continuité dans le changement – ou le contraire ?

 

LES PLUS

– Le festival qui donne le « La » à la saison des festivals en France, et pas simplement à cause de son mécène qui donne le La à la musique
– L’éclectisme et la diversité de la programmation.
Les Inouïs, l’un des meilleurs tremplins musicaux de France.
– La scène hip-hop de la Halle aux blés est une riche idée.
– Les scènes gratuites de la place Séraucourt ont été revues et corrigées… en bien. C’est désormais un vrai rendez-vous pour les festivaliers et les « pros ».
– Un vrai effort sur l’accueil des « pros » de la musique, en coulisses.
– Le point de rencontre de la France musicale.

 

LES MOINS

– Le son du W (la grande scène) n’est toujours pas fou.
– Les files d’attentes interminables pour la soirée Rock’n’beat du samedi, entre les scènes et à l’entrée du site.
– Une panne de courant qui provoque la fin prématurée de la Happy Friday.

 

LE CHIFFRE

70 % des groupes programmés viennent simplement de sortir leur premier album.

 

LE CHŒUR DES HOMMES

Les deux soirées rock et électro du week-end, Happy Friday et Rock’n’beat sont solides. Elles sont à leur place dans ce Printemps. Avec sa musique qui fait sonner les objets, Jacques est sans doute l’une des grosses claques de cette 41e édition.

Parent éloigné et oublié de la French Touch,  Vitalic n’y va pas par quatre chemins. Son électro-disco garde l’essentiel, elle est d’une redoutable efficacité.

Le duo de 20 Syl  et Jason C. Medeiros, AllttA confirme qu’il est taillé pour les gros festivals. Ils se sont mis le Palais d’Auron dans la poche dès le premier beat.

Les garçons au féminin de Placebo font toujours de l’effet avec leur tournée best of.

Pour célébrer les 20 ans de la mort de Barbara, la création « Mes hommes » réunit Dominique A, Pierre Guénard de Radio Elvis, Vincent Delerm, Albin de la Simone, l’acteur Vincent Dedienne ou Julien Clerc autour du pianiste Alexandre Tharaud. L’idée était plutôt bonne, mais avec un répertoire contournant les grands tubes, ça manque de folie !

Peter Henry Phillips vient du froid canadien (il en a gardé le bonnet et la sur-chemise de trappeur… dommage) avec mélodies et guitare rock en avant ; un gros son qui n’estompe pourtant pas la voix somptueuse.

Talisco fait du rock « feel good » sans prise de tête. Leur son est énorme, cela fait lever les bras. On n’irait pas jusqu’à le chanter sous la douche. Mais pourquoi pas ?

 

LE SAC DE FILLES

Camille est de retour en exclu à Bourges. Elle démarre son show couchée sous un drap bleu soyeux qui va devenir sa robe, son châle, son drapeau tout au long de la soirée. L’accompagnent un chœur de trois femmes et trois hommes. Juste des percus, un piano puis les voix. Show dépouillé parsemé de ses nouveaux titres dans la lignée du “Fil”, de vocalises, de danses tribales, d’ombres chinoises et même de bourrée bretonnante !

Jain roule désormais dans la cour des grands : big show avec jeux de films géants en fond et même un groupe pour l’entourer. De plus, elle maîtrise fort bien l’espace (même sous le grand chapiteau) et le public se l’approprie comme une grande sœur dont on est fier !

 

LES INOUÏS

Yamin Alma trio blues-rock mené par un chanteur un brin androgyne. Doit prendre ses marques sur scène.

Le Couleur du Québec poppy, disco avec chanteuse en avant. Gentil et jeune.

Faire font irrésistiblement penser aux Bratisla Boys et leur tube “Stach Stach”, sauf qu’ici pas de second degré. Ils lancent à la foule : « Ça va Bourges ? Nous sommes des Bourgeois qui bourgeonnent ! »… « C’est pas des Bourgeois mais des Berruyers » répond le public informé et lassé par la blague.

L’Effondras trio instru noïsy-rock totalement plongé à fond dans son univers énergique.

SaraSara susurre, minaude, se rêve Björk from Lille, et c’est vrai qu’elle est atypique dans son habit moyenâgeux.

Sandor  Chanson électro en français, mise en scène classe, bon travail sur les mélodies mais le son assourdissant empêche de comprendre les paroles et c’est bien dommage.

T/O quatuor strasbourgeois post-rock à guitares entre hypnose et tension. Bon moment.

Mirage Club duo synthés-guitare où le chant est un instrument supplémentaire. De l’électro-rock à la The Shoes avec une gratte qui crache. Excellente surprise.

Témé Tam est Belge, originaire du Congo Kinshasa.  Ce garçon seul avec ses machines est charismatique. On vote pour ce mélange Europe / Afrique…

Sônge est une fille du hip-hop. Son mélange électro / rap en anglais rappelle M.I.A. Mais elle doit prendre le temps de pousser…

Baja Frequencia amalgame électro et cumbia. Mais franchement cette lecture d’un genre en vogue n’apporte pas grand-chose… ni à Bourges, ni à Bogotá.

Aerobrasil revisite le disco. Le duo électro s’inspire de Georgio Moroder. Mais on ne répond pas à cet appel de la nuit convenu…

Leska, trip tropical, duo électro très organique. Ces Rennais mettent une sacré énergie. C’est notre choix sur un plateau électro, manquant de fortes têtes.

And the winners are…

Eddy de Pretto prend la scène comme un félin. Ses textes sont forts, sa musique très class’. Ce garçon pop moderne a grandi dans le rap et cela se voit. Prix des Inouïs, c’est LA révélation de ce Printemps. Chapeau Eddy, chapeau le jury !

Lysistrata en arrache avec son hard core furieux. Le trio charentais faisait déjà partie de nos vingtenaires qui renouvellent le rock (voir LO n°81 ici), ils sont logiquement consacrés Prix du jury devant un Mat Bastard aux anges !

Ash Kidd est aussi Prix du jury, avec son rap à la PNL. Comme on l’a pas vu et que l’on n’a pas tout à fait l’âme d’une midinette… on ne se prononce pas.

 

LA DOUBLE PEINE

Trois chansons avant la fin, le concert de Deluxe sur la grande scène est arrêté net par une coupure de courant qui a stoppé net la Happy Friday, dans la nuit de vendredi à samedi. « Moindre mal », aurait-on envie de (mé)dire. Leur show a grossi, mais il ronronne gentiment. Les costumes n’ont pas changé depuis la dernière fois qu’on les a vus, il y a quatre ans, et leur funk / r’n’b  manque définitivement de groove. La musique festive ? D’accord ! Comme ça ? Autant faire une fête de la bière !

 

CLÉA PAS COMPRIS

Cléa Vincent a l’air d’une fille sympa. Mais le charme ne passe pas tout, malheureusement. On n’adhère pas à ses chansons pop branchées années 80 au chant pas juste du tout ! Et on est diplomate…

 

LA PETITE PHRASE

Devant un chapiteau archi-plein, Jean-Noël Scherrer ne tortille pas. « On s’appelle Last Train et c’est la troisième fois qu’on joue à Bourges. Pour la petite histoire ils ne voulaient pas nous programmer, mais c’est nos copains de Placebo qui nous ont appelé pour qu’on vienne jouer. » Le fait est que sur le programme, il y a juste trois petits points à la place de leur nom.

 

ON NE POUVAIT PAS ÊTRE PARTOUT

Timber Timbre, Kery James et toute la programmation rap de la Halle aux blés, la pièce de la Comédie Française « Comme une pierre qui… », les lectures chantées de Gaël Faye, Magyd Cherfi, Zëro et Virginie Despentes, Mr. Oizo, et assez étrangement, Vianney.

 

ROCK IN LOFT

Peut-être la meilleure programmation depuis la création de ce concept original qui propose, en marge des grands festivals, une série de show-case de découvertes aux pros de la musique. Cette édition se déroule dans un prieuré ; c’est Carmen Maria Vega qui a été la marraine. Elle offre deux titres de son nouvel album : l’un sur ses origines et la femme qu’elle est devenue, l’autre sur les réfugiés. Totalement raccord avec elle-même, dépouillée, elle est bouleversante.

Avec Yeast de Lyon, pop-folk à l’irlandaise, Kursed unplugged et reprenant Johnny Cash, Betty Argo duo habité, Refuge aux mélopées angéliques et Catfish duo rageur blues-rock tout-à-fond même à deux !

Coup de cœur pour Mini Vague (oubliez La Femme, y’a mieux) et ses pop songs eighties impeccables (entre Daho et Martha and the Muffins), et pour Edgär, duo punchy de synthés-voix à la complicité communicative.

 

LE OFF

C’est partout dans la ville. On y a croisé un show rock musclé (Série Noire) des fanfares de rue, du disco au carrefour des rues piétonnes, pas mal de reggae un peu partout, des bars avec une belle prog et, aux Trois Petits Cochons, le show délirant de La Pietà qui est loin de se calmer : “Je hais les gens”, “Jesuisperdue.com”.

 

EN CONCLUSION

Côté scène, le Printemps de Bourges joue la carte du renouvellement pour cette 41e édition qui a battu un record de fréquentation ; 69 329 spectateurs payant, selon les organisateurs. On notera aussi l’arrivée bienvenue de lectures / chantées et d’une scène hip-hop. En 2017, faire du rock, de l’électro,  du rap, de la world, de la chanson ou de la pop, c’est le faire sans frontières, ni barrières. Derrière le rideau, cette première édition sans Daniel Colling a marqué la véritable prise en main du groupe de télé Morgane production (majoritaire dans la société C2G) sur le festival. Pour l’instant, le changement est dans la continuité, à l’image de la reprise des Francos de La Rochelle en 2005. Mais SVP, merci de faire à Bourges le choix de l’audace plutôt que celui des excès de politesse souvent faits à La Rochelle !

 

>> Site du Printemps de Bourges

Texte : BASTIEN BRUN & SERGE BEYER

Photos MARYLENE EYTIER

Publié le