Chocolat @Audrey Canuel sur Longueur d'Ondes

 

Chocolat… frappé

Déjà bien perchés en temps ordinaire, les Québécois sont particulièrement déphasés, débarqués le matin même de Montréal. Résultat, 25 minutes de fous rires et une confession du chanteur Jimmy : « C’était ben l’fun »…

La première formation du groupe s’est rapidement séparée après un album inaugural en 2008, une pause mise à profit par Jimmy pour son projet solo : « Pendant un temps j’ai cru que j’allais faire la balance entre solo et groupe. Mais en ce moment ça se passe plutôt bien entre nous, on a fait deux albums en trois ans, on a envie d’en faire un autre et la tournée se passe bien. J’apprivoise le fait de travailler en groupe, ce que je voulais faire depuis longtemps. Jouer solo est la traduction d’une peur de collaborer avec les gens ; monter un projet collectif est plus enrichissant parce que ce n’est pas facile. Être capable de commander le navire donne un sentiment supérieur, plus élevé en termes de relations humaines. On est ensemble, on travaille pour nous, il ne faut pas s’enfermer dans une bulle, une vision du monde. »

 

 

Le nouvel album commence avec une affirmation forte : « On est meilleurs qu’REM » ! On laissera chacun juger selon ses goûts, en tout cas une chose est sûre, le registre du groupe est particulièrement étendu du punk au rock progressif. Un instrument résume à lui seul la chose : le saxophone. Il est utilisé parfois dans des ambiances progressives à la Soft Machine ou, à l’opposé, au service d’une agressivité punk pas si éloignée des Stooges (époque “Funhouse”). Christophe, l’homme au sax, s’en explique : « On a utilisé un son growl, le son de la voix passe à travers le saxophone comme un cri humain, avec un rendu assez agressif. » Une autre caractéristique est la nostalgie qui se dégage de la musique à travers l’utilisation de sons électroniques évoquant de vieux jeux vidéos, Christophe a visiblement planché la question : « En fait il s’agit de stations ID, des indicatifs très brefs utilisés par les chaînes de télévisions ou les stations de radios dans les années 70 et 80. J’ai fait des recherches là-dessus. Ces bandes sont aujourd’hui détraquées, le support est désuet ce qui procure ce sentiment nostalgique même si tu n’as pas connu cet époque… ce qui est mon cas. »

 

Chocolat @Audrey Canuel sur Longueur d'Ondes

 

S’exporter en France n’est jamais aisé pour les artistes québécois, on pense notamment à Ariane Moffatt ou Pierre Lapointe qui ont multipliés les tournées sans jamais vraiment s’imposer dans le cœur du public : « On s’exprime dans la même langue que vous, mais on n’a pas du tout la même culture ni la même réalité. C’est un autre monde, les gens sont différents, on ne croit pas aux mêmes choses. » Jimmy affine le propos sur le plan musical : « En France, l’engouement n’est pas le même que chez nous, l’intérêt pour la musique est différent. Ici on s’intéresse à notre approche musicale alors qu’au Québec on est perçus comme un groupe de rock francophone et c’est tout. » Une différence qui se fait particulièrement sentir au moment de monter sur scène : « Notre dernier concert à Montréal, c’était bousculades et body surfing, un gros bordel ! Ici le public va bouger vers la fin du concert. En fait les gens viennent pour nous écouter. » Une dernière question reste en suspens : alors les gars, vous êtes vraiment meilleurs qu’REM ? « Clairement, nous on le pense » affirment-ils dans un dernier éclat de rire…

 

> Album : Rencontrer Looloo / Teenage Menopause Records

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TEXTE : RÉGIS GAUDIN

PHOTO :  AUDREY CANUEL

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