Sidilarsen ©Katerina-Yakyamseva - Longueur d'Ondes 80

« On a toujours 20 ans »

Cette année les Toulousains de Sidilarsen fêtent leur vingt ans de carrière. Les Parisiens de Mass Hysteria et No One Is Innocent ne sont pas loin des vingt-cinq. En les rencontrant, on a voulu découvrir la recette qui fait durer le rock énervé made in France, ce qui les unit et ce qui les révolte.

 

LE SECRET DE LA LONGÉVITÉ

Sidilarsen : « Il n’y a pas de recette, mais le ferment c’est l’amitié. Je connais notre guitariste depuis l’enfance. Ensuite, le fait qu’il y ait une bonne communication à l’intérieur du groupe. À Toulouse, on nous dit souvent que notre parcours est respectable. Ça fait plaisir. En tout cas, je suis fier de ce que nous avons accompli et heureux que l’on puisse vivre de notre passion. »

Mass Hysteria : « Nous traversons le temps par passion. Nous réalisons chaque jour la chance que nous avons. C’est ainsi qu’un groupe peut durer. Il y a eu des changements de line-up depuis nos débuts mais nous sommes restés amis avec ceux qui partaient. »

No One Is Innocent : « Nous tenons parce que nous savons qui nous sommes. Parce que nous voulons faire de la musique pour parler de ce qui nous emmerde. C’est même l’ADN de ce groupe, un truc que l’on a dans la peau et qui fait que nous sommes toujours là. »

 

L’INDUSTRIE MUSICALE

Sidilarsen : « Pour nous, les choses sont plus faciles aujourd’hui qu’à nos débuts. Mais je pense que pour un groupe qui démarre, c’est plus compliqué en 2017 qu’il y a vingt ans. Si je ne devais donner qu’un conseil à un groupe qui débute, c’est d’arriver à se démarquer, non pas tant dans sa musique que dans sa communication. »

Mass Hysteria : « C’est beaucoup plus dur. Les choses se passent bien lorsque nous sommes en tournée, mais lorsque nous arrivons au moment de composer, c’est difficile car les ventes de disques ne sont pas suffisantes pour vivre. Nous sommes intermittents et avons des boulots à côté. »

No One Is Innocent : « Je me sens bien dans mes baskets aujourd’hui et pour moi, c’est là l’essentiel. J’ai envie d’écrire de bonnes chansons et je ne me préoccupe pas du passé. L’important, c’est d’avancer. »

No One Is Innocent ©Benjamin Pavone - Longueur d'Ondes 80

L’ENGAGEMENT

Sidilarsen : « Nous assumons ce côté engagé. Nous avons donné un concert en soutien au Larzac, des concerts pour venir en aide aux familles touchées par le drame d’AZF et fait une BD d’entraide citoyenne pour les SDF. Pour moi, c’est important de l’être. Après, nous ne sommes pas des donneurs de leçons mais je sais qu’entre droite et gauche, il y a une vraie différence. »

Mass Hysteria : « Engagés ? Non mais nous encourageons les gens à se bouger les fesses. Nous n’avons pas envie de faire la morale. »

No One Is Innocent : « Nous le sommes depuis le début du groupe mais nous ne sommes pas des militants. Ma révolte passe par ce que j’écris dans mes morceaux. Je m’engage dans des trucs comme par exemple Rock for Vote en 2012 pour inciter les jeunes à voter. Cela avait marché puisque Sarkozy avait été battu. L’important est de rester en marge des célébrations officielles. Lorsque je vois que pour les attentats du Bataclan, on invite Nolwenn Leroy à chanter au Panthéon, ça me rend fou. Les mecs, on les assassine deux fois. »

 

LE CHOIX DU FRANÇAIS

Sidilarsen : « C’est le reflet de ce que l’on est à 100%. On ne peut pas tricher. Nous avons fait un titre en occitan par rapport à nos racines du Languedoc-Midi-Pyrénées en invitant Fabulous Troubadors sur l’un de nos morceaux. Mais je ne suis pas choqué qu’un groupe comme Gojira chante en anglais car ils possèdent une double culture, leurs mères étant Américaines. »

Mass Hysteria : « Les premières maquettes du groupe étaient en anglais, mais lorsque nous avons signé chez Sony, ce fut avec “Donnez-vous la peine”, un morceau en français. Du coup, toute notre carrière s’est faite dans notre langue. C’est ainsi que nous avons forgé notre identité. »

No One Is Innocent : « La France, c’est le pays des chansonniers, des Brassens, Ferré, Barbara. Pour se faire comprendre, je trouve logique de chanter en français. Il est important d’avoir cet équilibre entre le modèle anglo-saxon pour l’aspect musical et le chant dans sa langue maternelle. Pour moi, il en va de sa crédibilité. »
Mass Hysteria ©Lou Winckler - Longueur d'Ondes 80

LA PLACE DANS LA SCÈNE FRANÇAISE

Sidilarsen : « Au départ, on s’est sentis à part à l’intérieur même de la scène métal qui avait du mal à nous reconnaître, mais heureusement les choses changent. Notre genre musical entre métal et électro n’est pas très commun et en plus, les médias français sont très codés. »

Mass Hysteria : « Dans Mass Hysteria, nous venons d’univers musicaux très différents. Nous étions influencés par le métal bien sûr, mais aussi par des trucs électro comme Prodigy. Mêler métal et boîtes à rythmes a été accepté très vite par le public. »

No One Is Innocent : « Clairement à part. Exemple : après la tragédie de Charlie Hebdo, on a été invités à France Inter par Didier Varrod car nous avions écrit le morceau “Charlie”. Et là que se passe-t-il ? On nous pose dans un coin et on fait parler Julien Doré qui pleure au piano. On a été combien à écrire des morceaux sur le canard ? Deux, trois, pas plus. Ces morceaux ne passaient même pas à la radio. Quand tu fais du metal ou du rock énervé, tu es ostracisé par les médias. »

 

L’AVENIR

Sidilarsen : « Nous avons dit récemment que l’on repartait pour vingt ans. Il y a de bonnes vibrations dans le groupe alors pourquoi pas… »

Mass Hysteria : « Avec le groupe, on s’était dit : on fait au minimum 10 albums. Nous en avons fait huit. Ça nous laisse 5-6 ans. J’aimerais continuer encore longtemps. »

No One Is Innocent : « Pas dans ce genre musical qui demande d’être au top au niveau énergie, mais j’espère que je ferai encore de la musique dans vingt ans. Du blues à la Johnny Cash. »

Sidilarsen s’est créé en 1997. Leur dernier album Dance floor bastards, sorti cette année, est sans doute le meilleur du groupe à ce jour, développant cet efficace électro-métal qui a fait sa renommée. Les textes cristallisent une intéressante critique de la société de consommation.

Mass Hysteria a connu le succès dès son second album studio, Contraddiction, sorti en 1999, vendu à plus de cinquante mille exemplaires. Le groupe n’a eu de cesse depuis d’arpenter ensuite toutes les scènes de l’Hexagone et a sorti il y a un an leur meilleur album à ce jour, Matière Noire.

No One Is Innocent est revenu au meilleur de sa forme en 2015 avec l’album studio Propaganda, suivi d’un live, Barricades, l’année suivante, démontrant toute la puissance scénique intacte du groupe.

 

Texte : Pierre-Arnaud Jonard / Photos : Lou Winckler / Benjamin Pavone / Katerina Yakyamseva