Junior Rodriguez ©ALBERIC JOUZEAU et BENJAMIN LORIOU - Longueur d'Ondes 80

Improvisation au coucher du soleil.

En quête de sens

Pote d’Alain Johannes (Queens of the Stone Age) et de Dave Grohl (Nirvana), l’ex-batteur de Dick Rivers et du groupe LoudBlast est aussi, lorsqu’il est accompagné par The Evil Things, un formidable guitariste de rock psyché. Chronique gonzo d’un disque-film créé en Islande.

 

Défi

« Il y a un peu plus d’un an, j’étais sur la scène du Hard Rock Café de Paris, éternel refuge entre deux tournées de LoudBlast. La maison, quoi. La pause est donc bienvenue et le concert sold out. Cool. Les potes de The Evil Things assurent les arrières. On est bien. Devant ? Des visages inconnus et… une fin de soirée qui n’appartient qu’à nous. Rideau.

Lendemain : le téléphone sonne. Albéric Jouzeau. Connais pas. Dit qu’il m’a vu hier. Est réalisateur et producteur. À envie de travailler avec moi. Ah. Hum. Je… OK.

On se voit. On s’apprivoise. On commence surtout mollo avec le tournage d’un teaser pour sa société, dans lequel j’apparais pour représenter le monde de la musique. Sympa. Malin. Très vite, une relation créative et amicale naît. Comme ça.

Depuis, Albéric me suit avec sa caméra dans les moments forts, documente la progression du groupe, archive quelques bouts de ma vie (les deux étant intrinsèquement liés). Pour voir. Pour tester. Je sens bien qu’il a une idée… Il faudra attendre quelques mois de plus avant qu’il avoue. Ce sera un film. Ce type y réfléchit depuis quelque temps… L’idée est tout aussi géniale que cristallisante : partir à l’inconnu, en pleine nature, pour y créer et enregistrer de la musique. Filmer comment le contexte peut contraindre ou favoriser la création. S’autoriser le pas de côté. Et filmer, archiver, coucher ça sur disque dur, évidemment.

J’y réfléchis. Seul, puis à plusieurs. Après quelques mois de doutes, d’acharnement et de mises en place, on trouve. Ce sera l’Islande. Ce sera surtout un grand inconnu : c’était primordial pour Albéric, histoire de perdre mes repaires. M’isoler du monde. Se fier au hasard et ainsi mieux se trouver. Sigur Rós, Sólstafir, Björk… Ces artistes ont laissé une forte odeur sulfurique sur mon enveloppe créative. Le défi est donc de taille et allait me changer de la Californie ou de Paris. »

 

Alberic Jouzeau ©ALBERIC JOUZEAU et BENJAMIN LORIOU - Longueur d'Ondes 80ALBÉRIC JOUZEAU
Réalisateur / producteur
« Pour mettre ce road movie en images, j’ai choisi d’alterner des plans très larges et très serrés. Il s’agissait autant de montrer Junior au milieu de cette nature immense, que de vivre, au plus près, ce voyage artistique et introspectif avec lui. Le tournage nous a, en tout cas, réservé de bien belles surprises ! »
>> TendanceProduction.fr

 

Junior Rodriguez ©ALBERIC JOUZEAU et BENJAMIN LORIOU - Longueur d'Ondes 80

Une chapelle ouverte, mais vide, trouvée sur notre chemin… Et un orgue.

Matériel

« Dans le camper-van : de quoi dormir, des panneaux solaires, une petite cuisine et même une mini salle de bains. Des toilettes, surtout. C’est parti. C’est grisant : on se jette sur les routes islandaises avec l’envie de quitter les sentiers battus. Pressés de voir cette nature encore si vierge par endroits. Et en perpétuel changement.

J’ai constitué une petite valise avec l’essentiel, pour pouvoir créer et enregistrer n’importe où. En 5 minutes. À l’intérieur : un ordinateur portable avec un logiciel d’enregistrement, une mini carte-son 1 piste, une guitare, deux micros, quelques câbles et des petites percussions…

Au-delà de la nécessité pratique et du manque de place, l’utilisation d’une technologie de poche me séduit. Aujourd’hui, avec peu de choses, il est si simple de réaliser de folles idées. Et ce retour à l’essentiel et l’efficacité a finalement goût de modernité. J’ai hâte. Nous sommes euphoriques. »

Junior Rodriguez ©ALBERIC JOUZEAU et BENJAMIN LORIOU - Longueur d'Ondes 80

Le bon endroit pour enregistrer des guitares aériennes.

Voyage

« C’est fou. Plusieurs jours sont passés. On a pu enregistrer des voix dans une grotte incroyable, face à la mer et au lever du soleil. On a improvisé des bouts de guitare en haut d’un volcan ou en plein champ de lave. Nous avons réalisé quelques prises de chant et de sons stratosphériques au pied des glaciers et des icebergs. On a même utilisé une vieille carlingue d’avion abandonnée comme batterie et capté un orgue dans une chapelle…

Albéric filme tout. Essaie de cristalliser l’instant présent pendant que son assistant, Benjamin Loriou, est aux manettes des drones, en 4K.

Dire que ce voyage et ces paysages ont eu un impact sur la musique que j’y ai écrite serait un pur euphémisme… La splendeur du vide à travers lequel se confrontent la terre, le feu, l’eau et l’air devient vite bouleversante. Il faut y aller pour ressentir avec quelle exactitude Mère Nature nous remet à notre place. On prend vite conscience de notre stade d’éternelle poussière, de notre passage éphémère sur Terre, le temps d’un clignement de cil de l’univers. On s’y sent connecté comme jamais. Avec le même sentiment de transcendance que j’avais ressenti dans le désert de Joshua Tree, en Californie. J’y avais vécu mon épiphanie psyché, quand, ici, je vis une renaissance artistique.

Je suis revenu avec un titre de 20 minutes, scindé en 4 actes. Un morceau cathartique à l’image de l’intensité de cette expérience. Le tout est accompagné d’un film-documentaire onirique et où la création est reine dans ce vaste royaume de l’instinctif. Une ode à la vie, à l’aventure et à l’inconnu, que seules les images pourront vous raconter… en automne 2017.

Encore une fois : on a hâte. »


Junior Rodriguez ©ALBERIC JOUZEAU et BENJAMIN LORIOU - Longueur d'Ondes 80

Actualités

1er album Stellar Dream : printemps 2017.
Tournée européenne à partir de mars.

>> Site de Junior Rodriguez

 

Texte : JUNIOR RODRIGUEZ (+ SAMUEL DEGASNE) / Photo : ALBÉRIC JOUZEAU et BENJAMIN LORIOU

Publié le