Dix jeunes pousses

Le rock a des elles part.2 - Longueur d'Ondes


BILLIE BRELOK : L’OVNI DU HIP HOP


Bellie Brelok ©Olivier Ravoire - Le rock a des elles : Longueur d'Ondes N° 79Originaire de Nanterre mais tirant ses racines de Lima, la rappeuse hispano-française a fait de sa double culture une force qu’elle n’hésite pas à utiliser concrètement au micro en passant d’une langue à l’autre. Issue du milieu théâtral, elle expose d’abord ses textes de rap en 2011 et donne son premier concert un an plus tard qui la conforte dans sa voie artistique. Cagoule péruvienne sur la tête, textes qui claquent, flow atypique, Billie Brelok est l’ovni que l’on attendait dans la galaxie du hip hop francophone. Et ça fonctionne : en 2014, la jeune femme sort un premier disque intitulé L’embarras du choix et devient lauréate des Inouïs du Printemps de Bourges. Le beatmaker Guts enfonce le clou un an plus tard en l’invitant sur sa compilation Fines bouches aux côtés de plusieurs pointures comme Hippocampe Fou. « Là, je bricole avec mon équipe. Je fais de la cuisine lente. Je prends mon temps sans regarder le montant. Et on devrait pas tarder à donner des nouvelles. »

>> Site de Billie Brelok | Texte : Alexandre Sepré | Photo : Olivier Ravoire


XARAH DION : L’UNDERGROUND MONTRÉALAIS


Xarah Dion ©Yannick Fornacciari - Le rock a des elles : Longueur d'Ondes N° 79Productrice et auteure-compositeure-interprète depuis plus de 10 ans, la jeune Montréalaise s’est faite une place dans le style minimal wave. Après un premier album (Le Mal Nécessaire) en 2014, elle en sort un nouveau pour la rentrée (Fugitive). C’est dans le documentaire Je suis dans un band – réalisé par Thomas Griffin et qui propose une immersion dans la scène musicale underground de Montréal – que nous l’avons découverte. « L’underground est l’épicentre d’une contre-culture vigoureuse qui tend à devenir la culture même. Se côtoient des musiques de tous genres ; c’est un heureux mélange de mélomanes qui soutient cet univers en constante ébullition. Cette scène souterraine a forgé une tradition d’entre-aide et de fusion des genres enracinée dans une politique grassroots, DIY. » Avide de poésie et de chanson française, elle écrit ses textes dans sa langue maternelle. « Ces jours-ci, je suis particulièrement intéressée par la french disco funk et les écrits de jeunesse de Gilles Vigneault. »

>> Site de Xarah Dion | Texte : Laura Boisset | Photo : Yannick Fornacciari


MATHILDE FERNANDEZ : ÉGÉRIE NOUVELLE


Mathilde Fernandez ©Raphaël LugassyEn apparence, Mathilde Fernandez est la seule à savoir où elle va. On la soupçonne fort — à tort ? — de venir d’un ailleurs inconnu. Née à Nice et expatriée à Bruxelles, les voyages réels de son enfance ou ceux de son imaginaire actif (Las Vegas en hommage à Céline Dion) ainsi que les écoutes familiales font d’elle une artiste complète (performeuse et ventriloque). On citera pour tenter de la cerner (sans entraver sa liberté), côté féminin : Lene Lovich, Nina Hagen, ou La reine de la nuit de Mozart. Côté masculin : Klaus Nomi ou Freddie Mercury. Malgré ces références datées, cette jeune fille, à la tête bien sur les épaules, embrasse son époque avec joie, à la façon d’une héroïne de cinéma “couillue” et intemporelle. Ces histoires, aussi étonnantes soient-elles, pourraient être imprimées dans le journal. Lyrique, pop avec ou sans électro, pour jeunes filles aux lèvres rouges, pas sages et pas folles, assurément faite pour durer, telle est Mathilde Fernandez à découvrir avec impatience.

>> Site de Mathilde Fernandez | Texte : Olivier Bas | Photo : Raphaël Lugassy


LA BESTIOLE : TOUCHÉE DE PLEIN FOUET


La Bestiole ©Gerard Roussel-Terrasson - Le rock a des elles : Longueur d'Ondes N° 79Avoir comme batteuse une chanteuse, la situation n’est pas courante. C’est pourtant le cas du groupe formé par Delphine Labey et Olivier Azzano. « J’ai souvent souffert de la place de la chanteuse dans un groupe, souligne Delphine. Quand je me suis mise à faire des compos, j’ai joué d’un instrument pour conjurer le sort de la belle plante, seule, devant. » La formule duo fonctionne à merveille, avec ou sans l’adjonction d’un bassiste. Il n’y a qu’à écouter le très réussi Les grands rapides pour s’en convaincre : le potentiel est là, la qualité aussi. Manque de chance, sa sortie était programmée le 13 novembre dernier, le jour des attentats : « Cela nous a coupé les ailes. Et nous n’avons pas pu monter la tournée prévue. » Heureusement, ils ont su se ressourcer avec des plasticiens ou en faisant des musiques de films et travaillent désormais à la sortie d’un album instrumental, mais aussi à un prochain opus de chansons. Des projets qui pourraient aboutir en 2017. On a hâte ! »

>> Site de La Bestiole | Texte : Patrick Auffret | Photo : Gérard Roussel-Terrasson


LÉOPOLDINE HH : CABARET SAUVAGE


Leopoldine HH ©Calypso Baquey - Le rock a des elles : Longueur d'Ondes N° 79« Je me sens plus comédienne que chanteuse », affirme Léopoldine Hummel. Il est vrai que cette artiste multidisciplinaire est une habituée des planches : spectacles sur Godard, Sylvia Plath ou Manset, pièces de Shakespeare et collaborations littéraires. Chanteuse d’envergure, Léopoldine, après un bref passage à La Nouvelle Star (« un mauvais souvenir »), a d’abord publié, en 2013, un Mini Cédé qui imposait un univers furieusement anticonformiste. Premier album de la demoiselle, Blumen im Topf (fleur en pot, en allemand) est une anomalie dans le paysage musical français. Un objet aussi complexe que limpide, entre chanson et cabaret, état d’esprit punk et folie douce. L’une des nombreuses particularités du disque consiste à mettre en musique certains textes fétiches de Léopoldine (Gwenaëlle Aubry, Topor, Gildas Milin). Une forme de réappropriation : « J’aurai du mal à chanter quelque chose que j’ai écrit car ce serait impudique. Là, je donne un peu de moi mais avec les mots des autres. »

>> Site de Léopoldine HH | Texte : Jean Thooris | Photo : Calypso Baquey


METRO VERLAINE : POP SAUVAGE ROMANTIQUE


Metro Verlaine ©Patrick Auffret - Le rock a des elles : Longueur d'Ondes N° 79Metro Verlaine est ce qui se fait de mieux actuellement sur l’axe Londres-Paris. La chanteuse Raphaëlle tient le devant de la scène et les textes et les compositions sont l’œuvre d’Axel, le guitariste, son compagnon à la ville. « Le groupe, c’est forcément notre histoire d’amour, reconnaît-il. Je n’écris que pour Raphaëlle. » Désormais en quatuor après avoir longtemps été à géométrie variable, ces Normands portent en eux un héritage anglo-saxon, longtemps l’apanage du Havre ou de Rouen. Mais le couple a écumé la rue et les salles anglaises avant de revenir se poser à Evreux pour déverser son rock à la fois punk et provocateur, entre The Clash et The Kills. Une version prolétaire glamourisée de l’indie way of life, sous forte influence de The Cure ou de Joy Division. « Nous jouons de la pop sauvage car nous ne nous reconnaissions dans aucun style. On écrit des chansons pop avec beaucoup d’énergie, de fougue et de simplicité. » Ce genre de chansons, il y a en plein dans leur premier album, un petit bijou à découvrir à la fin de l’année.

>> Site de Metro Verlaine | Texte et Photo : Patrick Auffret


MESPARROW : LIBRE MADEMOISELLE MOINEAU


Mesparrow ©Fabien Tijou & Izumi Idoia - Le rock a des elles Longueur d'Ondes N° 79« Miss sparrow » (Mademoiselle Moineau) ou Mesparrow : un joli nom d’oiseau que s’est donné Marion Gaume. Etudiante aux Beaux-Arts de Tours, elle approche la musique en s’essayant à des performances voix / vidéo. Guidée par un désir d’anonymat et de liberté, elle s’envole pour un voyage déterminant à Londres en 2011. Avec son home studio rudimentaire, elle compose les morceaux de son futur 1er album. Puisant dans ses tripes, elle sample et boucle ses chants, ses cris et respirations, à la recherche de la performance physique. Sa rencontre avec la scène se fait avec des musiciens de collectifs indé, proches de ce qu’elle appelle sa « bored generation » (la génération de l’ennui), celle qui veut expérimenter des choses pour lutter contre la vie facile et retrouver la magie. « Mon rapport au rock est intimement lié à la performance scénique. L’instant où toute l’énergie animale se libère, où le corps et la voix sont dans l’urgence de l’expression. » Son nouvel album Jungle contemporaine vient de sortir.

>> Site de Mesparrow | Texte : Marie Bihan | Photo : Fabien Tijou & Izumi Idoia


ORTIES : LES ANTI-BRIGITTE


Orties ©DR - Le rock a des elles : Longueur d'Ondes N° 79Actives depuis presque une décennie, ces deux ovnis du hip-hop féminin roulent à contresens sur l’autoroute du Rap Game, accompagnées par le chanteur Christophe qui témoigne, par sa simple présence sur un morceau, de leur ouverture d’esprit musicale. Et pour cause, Kincy et Antha, enfants de la balle issus du 91, n’hésitent pas à qualifier leur musique de « nouvelle chanson française ». Loin du cliché de la rappeuse ultra-masculine imprimé dans nos cerveaux depuis longtemps, les jumelles assument clairement leur féminité dans un monde d’hommes, allant même jusqu’à se revendiquer Plus putes que toutes les putes pour couper court à toute critique prévisible. Issues des Beaux-Arts, elles aiment renouveler les codes et cela se ressent dans leurs clips : ils ont l’allure de cris de guerres arc-en-ciel, autotunés jusqu’à l’inaudible, qui nous emmènent dans un futur bien moins proche qu’il n’y paraît. On pourrait définir leur style comme une sorte de punk-rap-électro même si dans le fond, il est plus difficile à classifier. Et c’est tant mieux.

>> Site d’Orties | Texte : Zit Zitoon | Photo : DR


LIOR SHOOV : CLOWN TRISTE


Lior Shoov ©Marylene Eytier - Le rock a des elles : Longueur d'Ondes N° 79Depuis quelques années, l’Israélienne a choisi « Paris comme port d’attache », gardant en boussole « la volonté de faire de chaque concert un moment unique ». Toujours en mouvement (elle tourne également avec la compagnie La Bocca Abierta quand ses expérimentations lui offrent un répit), la tout juste trentenaire est seule sur scène. Sans autre artifice que le détournement d’objets du quotidien pour enrichir son vocabulaire musical : un sac plastique accompagnant un harmonica, une sanza ou un hang, une bouteille en écho aux clochettes ou au ukulélé… Peu importe l’approche tant que « l’émotion naît de la simplicité ». Après plus de 150 concerts en 2 ans et une rencontre avec Grégoire Gensse (Cirque Plume, Loïc Lantoine, Orties — hélas décédé en avril —), Lior sort un album au printemps, prenant à contre-pied son « dénouement habituel » grâce à la participation de quelques « compagnons de voyages » (parfois jusqu’à 18 au sein du même morceau !). On a hâte.

>> Site de Lior Shoov | Texte : Samuel Degasne | Photo : Marylène Eytier


SAMUELE : PLUME PARITAIRE


Samuele ©Julia Marois - Le rock a des elles : Longueur d'Ondes N° 79« Après plus d’un an à jongler entre monoparentalité, travail et musique, fatiguée de promouvoir des pièces que je n’avais pas le temps de fignoler avec un band que je n’avais plus les moyens de payer, j’ai abandonné la chanson, puis, sans attente, j’ai lentement renoué avec elle. » Les autoproductions du maxi Le goût de rien en 2011 et de Z’album (zine artisanal + album numérique) en 2015 ont forgé la réputation de l’artiste montréalaise. Après des spectacles qui laissent spectateurs pantois et critiques enthousiastes en chemin, séduisant le jury des Francouvertes 2015, raflant le grand prix au Festival de Granby en 2016, la chanteuse fait ses marques avec une approche folk-blues-rock combinée à une touche slam. Elle se démarque par sa verve rare, sa poésie audacieuse, sa fougueuse présence scénique et une authenticité peu commune. Récemment, ce talent assumé lançait une campagne de socio-financement pour réaliser son premier album complet, à surveiller prochainement.

> Site de Samuele | Texte : Pascal Deslauriers | Photo : Julia Marois